VOYAGE MAROC

Promouvoir l'agriculture biologique au Maroc :

Abdeljalil Belkamel est un poète. À l'écouter, on pressent un monde qui ressemble au paradis, un univers paisible où les hommes et la nature vivraient en harmonie. Utopie de doux rêveur? Pas seulement, car Abdelj alil Belkamel est aussi un homme d'action. Il a ainsi fondé l'association MaghreBio afin de promouvoir l'agriculture biologique et l'alimentation saine. Et son Jardin de l'Ourika témoigne de son engagement permanent.

Né en 1956 dans la médina de Marrakech, Abdeljalil Belkamel se rendait souvent à la campagne, à Sidi Othmane, chez ses - grands-parents. Il garde de son enfance, de ce contact privilégié avec la nature, de merveilleux souvenirs : « j'aime la nature depuis que je suis tout petit. Autour de chez nous, il y avait beaucoup de plantes aromatiques, sauvages. J'avais dix-onze ans, je les ramassais, j'en emplissais mes poches. Je les gardais avec moi. J'aurais voulu conserver leurs parfums. Pourquoi s'échappaient-ils? Je me posais ce genre de questions... » Voilà pourquoi il entreprendra des études de botanique. Aujourd'hui, il se pose des questions d'adultes auxquelles il n'a pas toujours de réponses, mais il poursuit ses recherches avec une curiosité d'humaniste. Abdeljalil Belkamel étudie en France, obtient son DEA de biologie à la Faculté de Pharmacie de Nantes. En 1989, son doctorat en Sciences de la Vie et de la Santé porte sur l'huile essentielle de sauge officinale et son travail permet même d'en établir la norme internationale. Devenu enseignant, il passe un Master en informatique industrielle et s'intéresse à la notion de qualité. Après seize années en France, il rentre en 1992 au Maroc, où il enseigne en université la gestion et l'assurance qualité.

Le Jardin bio-aromatique de l'Ourika

Avec son frère, qui possède une pharmacie à l'Ourika, et un ami, Jalil concrétise son rêve d'un jardin bio-aromatique, dans la vallée de l'Ourika, à 35 kilomètres de Marrakech. Leur idée : « faire découvrir la culture de la région à travers la culture biologique des plantes ». Ils désirent également intégrer la population à leur démarche. Dans le jardin, symboliquement, toutes les parcelles prennent la forme de gouttes. Leur but est de montrer aux gens qu'il est possible de cultiver sans pesticide, par exemple la menthe qui appartient aux plantes spongieuses qui n'ont plus aucun intérêt si elles sont traitées... Dans ce jardin, de nombreuses étapes sont prévues : pergola construite en poutres de bois, pilier de terre, afin de préserver les matériaux locaux, aire de relaxation des pieds avec la camomille, four à pain traditionnel, également en terre... Des stages sont organisés pour mieux connaître la botanique ou la gastronomie marocaine...

De Nectarôme à MaghreBio

Fondée il a trois ans, la société Nectarôme vise la production des huiles essentielles biologiques. Si les banques marocaines se sont montrées frileuses, un organisme américain, intéressé par leurs produits dérivés leur a offert une donation pour les lancer. Depuis, Jalil Belkamel et ses associés développent également une gamme de produits de bien-être : huiles de massage, soins pour le corps... La culture des plantes aromatiques est leur second axe. Ils se consacrent à la recherche et au développement, étudient par exemple les caractéristiques des plantes aromatiques médicinales de la région, déterminent les périodes de coupe en fonction des besoins industriels. Ils portent un intérêt particulier au développement du tourisme vert, ainsi qu'à l'éveil, la formation et la sensibilisation à la protection de la nature en intégrant les cinq sens.

MaghreBio, association pour l'agriculture biologique et l'alimentation saines, a été créée par Jalil Belkamel avec des amis, il y a deux ans et demi, afin de promouvoir le bio : « le bio, c'est une question de conviction. Il faut voir en Europe les dégâts créés par les pesticides. Aujourd'hui, parce qu'ils ont constaté la dégradation de leur environnement, les Européens font marche arrière. Il faudrait profiter de cette expérience européenne pour ne pas faire les mêmes erreurs au Maroc ». Une fois par mois, l'association organise des conférences sur des sujets essentiels : pollution de l'air et de l'eau, organismes génétiquement modifiés (OGM)... Par ailleurs, la production d'agriculture bio au Maroc représente un enjeu économique certain. La demande, notamment en Europe, est exponentielle et le Maroc pourrait exporter de nombreux produits. D'autres pays comme l'Égypte et la Tunisie ont déjà relevé ce défi et consacrent de plus en plus d'hectares à cette production lucrative.

Les pesticides :

Y a-t-il de gros consommateurs de pesticides au Maroc? À cette question cruciale, Jalil Belkamel répond: « il y a deux cas. Ceux qui ont de l'argent et qui croient que le modernisme est d'utiliser des pesticides en quantité incroyable pour augmenter la rentabilité. On en rencontre surtout dans la région d'Agadir, ou vers Béni-Mellal. À l'opposé, l'autre cas est celui des fellahs sans argent. Comme ils n'en ont pas les moyens, ils n'achètent pas de pesticides. Grâce à cette situation sociale et économique,
l'environnement a été préservé. Prenons l'exemple de la culture des melons. Les terrains sont loués pendant deux ou trois ans. Ensuite, lorsque le sol est épuisé, les exploitants partent ailleurs. Les pesticides peuvent perdurer dans la terre cinq ans ou plus... Il ne faut pas négliger non plus l'importance de la rotation. Ainsi, le sésame épuise le sol en 2 à 3 ans. L'idéal est de le cultiver une année seulement en ajoutant un apport organique. Les pesticides permettent de tenir un rendement. Hélas, le visuel joue un grand rôle chez les consommateurs. Seulement, il faut savoir qu'un fruit produit avec de l'engrais chimique est gonflé d'eau. S'il grossit, c'est pour évacuer l'engrais. Les fabricants affirment que les pesticides offrent un rendement intéressant qui permettrait de nourrir tous les hommes sur notre planète... Mais ce n'est pas pour autant que moins de gens meurent de faim! En fait, cette production ne vise que l'intérêt des laboratoires. Il y a eu surproduction, ce qui nous oblige aujourd'hui à instaurer des quotas et on doit finalement verser dans les égouts du lait, des pommes de terre, ce qui n'est ni honnête ni humain... »

Études et solutions simples :

Des études sur des parcelles dans la région de l'Ourika et à Agadir ont été faites sur cinq plantes. « À Agadir, nous avons pu constater que l'environnement est complètement pollué. Parmi les insectes, on rencontre beaucoup plus de faune ravageuse qu'utile, alors qu'à l'Ourika on observe le phénomène contraire. conclure que ce n'est pas parce avec les pesticides qu'on a moins
Nous pouvons donc en qu'on a beaucoup traité d'insectes ravageurs. Ceci à cause de la résistance qui se développe ».
Les solutions pour remplacer les insecticides sont simples. Jalil envoie des enfants chercher des coccinelles et lâche ces dernières dans son jardin... « On peut également employer des macérations de plantes comme les orties. J'invente! Depuis trois jours, mes rosiers sont attaqués par la rouille.

Je vais trouver une solution, comme de l'eau savonneuse pour combattre les pucerons. Du savon beldi fabriqué à l'Ourika... »
Jalil Belkamel insiste : il faut prendre au sérieux la baisse des nappes phréatiques et leur pollution. « Heureusement, nous sommes encouragés par le Gouverneur. Les plantes aromatiques qui ne demandent pas beaucoup d'eau et peuvent rapporter au pays et à la population représentent une alternative. Il faut s'adapter à la situation! Actuellement, avec l'Institut Agronomique d'Agadir, nous étudions le stress hydrique chez le thym. C'est le genre de recherches qui peuvent et qui doivent être faites systématiquement au Maroc ».

Sensibiliser les jeunes :

« L'homme appartient un écosystème. Il a commencé à le détruire et oublie qu'il se détruit ainsi lui-même parce qu'il fait partie de la chaîne. Voilà pourquoi j'organise des ateliers pour les scolaires afin de les sensibiliser à la botanique. Les filles de l'Ourika sont très concernées. Elles se sentent valorisées et prennent donc confiance en elles. Leur parler des plantes qui les entourent et que leurs parents commencent à oublier donne des résultats très positifs. Comme exercice, je leur demande de chercher de leur côté quelles sont les utilisations qu'en faisaient leurs parents, leurs grands-parents. Ensuite, grâce à ces renseignements, nous réaliserons des parfums, des crèmes avec les produits locaux ». Par ailleurs, Jalil Belkamel crée un jardin potager au sein d'une école de Marrakech...

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