Rencontre avec le Président du Festival de Paris :
Producteur, ancien directeur de Gaumont, président d'Unifrance et de nombreux festivals, Daniel Toscan du Plantier fait partie du Comité Exécutif du Festival International du Film de Marrakech. Son expérience et son enthousiasme laissent présager le succès de la manifestation.
Comment est né le projet du Festival ?
Le projet est né conjointement. Il y a dix ans, j'ai eu l'occasion de rencontrer Sa Majesté le Roi Mohammed VI, alors qu'il était Prince héritier, pour la projection de Cyrano de Bergerac en présence de Gérard Depardieu. C'est un souvenir fort. Nous nous sommes rencontrés à nouveau, il y a un an. Sa Majesté m'a fait part de sa volonté d'aider le cinéma marocain. Développer et encourager la production, c'est une façon d'aborder la modernité et de se tourner vers la jeunesse. Le cinéma a besoin d'être soutenu. Des festivals traditionnels qui ont très bien fonctionné jusqu'alors, comme celui du Caire, de Carthage et de Beyrouth, sont en déclin pour des raisons autres que cinématographiques. Pour des raisons politiques, religieuses... Il y a d'ailleurs un phénomène assez curieux. Quand un cinéma disparaît, personne n'en parle vraiment. Il y a une conspiration du silence. En Algérie, par exemple, des centaines de cinémas furent construits pendant la colonisation. À présent, il n'en reste qu'une dizaine.
Quel est le concept du Festival?
Le concept, c'est la qualité internationale. Il y aura des premières, des avant-premières et des films inédits.
Quels sont les critères de sélection?
C'est l'innovation, l'ambition artistique. Nous voulons rester un festival populaire. Nous ne ferons pas un festival de Deauville à Marrakech, ni un cinéma élitiste. Nous n'avons pas les mêmes ambitions culturelles que le Festival de Venise ou de Cannes.
Qu'entendez-vous par « populaire » ?
Que les jeunes puissent entrer, avoir accès aux films. Nous voulons faire ce festival avec la jeunesse marocaine. Nous tenons à une présence large du public. Ce qui ne veut pas dire qu'on proposera un seul genre de film. Il y aura les films en compétition, les avant-premières et les découvertes. Le degré de sophistication pourra monter en fonction des différentes sections proposées.
En marge des projections, un colloque est prévu...
Nous allons faire un colloque le lendemain de l'ouverture. L'option, c'est une idée du philosophe français Bernard-Henri Lévy qui réside souvent à Marrakech. Après la guerre, Jean-Paul Sartre posa sa célèbre question : « La littérature, pour quoi faire? ». Alors ici, la question posée et qui se pose aujourd'hui, c'est : « Le cinéma, pour quoi faire? ». Et de quel cinéma parle-t-on? Il y a des images partout. Pourtant, pèse la menace de la disparition de certaines cinématographies. Faire du cinéma reste un acte culturel et politique majeur. Le cinéma doit continuer d'exister. Il y a ces pays sans politique cinématographique, sans industrie cinématographique. Ce qui ne veut pas dire sans cinéastes, mais ils restent isolés. Au Maroc, il y a un système de soutien, le Fonds Spécial d'Aide à la production nationale qui a permis un progrès notable dans la production nationale. Et cette volonté de se dire que c'est un bien mondialement connu et reconnu.
Selon les informations révélées lors de la conférence de presse, il y aurait une cinquantaine de films projetés dans différentes sections.
Il y aura trois sections. Dix films internationaux (notamment un marocain, un français, un italien, un asiatique, un italien et un américain) dans la Compétition Officielle seront soumis au suffrage de deux jurys. Un premier jury de personnalités présidé par Charlotte Rampling et un jury grand public composé d'une cinquantaine de spectateurs marocains qui voteront aussi par bulletins. Il y aura une section des films du monde qui rassemblera des films d'Inde, d'Égypte, du continent africain et du Maghreb. Ce seront des films qui ont connu un succès public lors de leurs sorties dans leurs
pays respectifs. Beaucoup de films indiens sont déjà distribués ici, mais nous tenterons de proposer des films différents, de grands films indiens populaires. Enfin, il y aura une section de films « découvertes » qui seront à l'inverse de ceux de la section des films du monde. Je rappelle qu'une journée sera dédiée au cinéma marocain. Puis comme tout festival, il sera rythmé par des rencontres, des débats...
Derrière le festival, peut-on imaginer l'existence d'un marché?
Nous l'espérons. Il y a au Maroc des structures de production, le pays est équipé par rapport à ses voisins. Mais il faut noter la faiblesse de la distribution. C'est l'un des problèmes majeurs. Je le vois d'ailleurs dans la diffusion des films français sur les écrans marocains. Nous essayerons de voir comment développer le système de distribution. Car nous souhaiterions bien sûr que les films soient distribués au Maroc de la même manière que nous voudrions que des films marocains puissent intéresser les professionnels qui seront là.
Quelles sont les personnalités invitées à cette première rencontre?
Une centaine de personnes invitées doivent confirmer leur arrivée. Mais, parmi les stars, on peut déjà annoncer la présence d'Omar Charif et Carole Bouquet.
Combien de prix seront délivrés?
Quatre. Le Grand Prix du Festival de Marrakech, le Prix Spécial du Jury, le Prix d'interprétation féminine et le Prix d'interprétation masculine.
Quels seront les films d'ouverture et de clôture?
Pour l'ouverture, sera projeté « Silence on tourne », le dernier film de Youssef Chahine, en avant-première, au Palais des Congrès de Marrakech. Quant au film de clôture, ce sera « Tosca » de Benoît Jacquot, également en avant-première.
Êtes-vous optimiste?
Nous voulons faire un festival International ouvert à la fois aux professionnels et au public. Nous avons l'expérience du Festival de Paris. Mais le Maroc, c'est un autre public, d'autres données. Il faut trouver le juste équilibre, sans pesanteur. Le dosage n'est pas simple. C'est une première. Nous essayerons d'ajuster tous les éléments avec intelligence.

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