Cinq questions à jean-marie pelt, président européen d'écologie :
Professeur de biologie végétale et de pharmacognosie à l'Université de Metz, Président de l'Institut Européen d'Écologie, Jean-Marie Pelt a publié de nombreux ouvrages sur les plantes et l'écologie. Humaniste et philosophe, il a depuis longtemps tiré la sonnette d'alarme et signalé les dérives du monde contemporain.
Au fil de ses ouvrages, Jean-Marie Pelt n'a de cesse que de rappeler l'importance de l'ouverture spirituelle, de la tolérance, de l'écoute. Valeurs fondamentales dans notre monde bouleversé. Car l'ignorance peut mener aux pires i drames. C'est en Afghanistan, où il était enseignant, que Jean-Marie Pelt a rencontré l'Islam pour la première fois de sa vie. « Je me souviens parfaitement de mon approche du monde musulman. Le 14 juillet 1963, à quatre heures du matin, j'étais à Kaboul. Il y avait un minaret, la lune en croissant juste au-dessus, et le muezzin appelait à la prière... À Kaboul, un Occidental n'entre pas dans les mosquées. Mais, à Damas, j'y allais malgré tout. C'était très émouvant... La foi faisait partie intégrante de la culture. Et ça n'a pas changé. Tout le monde musulman est ainsi. L'Islam est la religion de la foi. Or la foi est un ciment profond de la société. Voilà comment j'ai eu cette forte attache à l'Islam. En Occident, on associe l'Islam à l'islamisme extrême, et ce n'est pas la vérité ».
L'Occident doit-il retrouver l'ouverture spirituelle?
En Occident, l'inculture religieuse est extraordinaire : la culture religieuse élémentaire manque. On s'en aperçoit a contrario quand la société n'a pas ce ciment, comme chez nous en Occident. La diversité des êtres, des croyances, des convictions, des idées, est immensément respectable, mais il faut aussi un minimum de cohésion sociale qui ne peut se baser que sur des valeurs. En Occident, le divin est complètement parti, il y a l'humain, mais encore faut-il que l'humain ait des références. Il y a alors des dimensions qui manquent. N'avoir aucune ouverture spirituelle est une des causes du mal-être aussi bien individuel que social. Dans notre société occidentale, des codes élémentaires font défaut. Il y a l'argent, le capitalisme triomphant... Je suis très dur pour la société dans laquelle nous vivons. Elle a tendance à détruire l'humain...
Comment sauvegarder la beauté de l'environnement?
Aujourd'hui, on n'a pas le respect de ce qui est beau. Les gens ne s'en rendent pas compte. Je me suis préoccupé d'urbanisme pendant douze ans, lorsque j'étais maire adjoint à Metz, et j'ai voulu que l'environnement, le cadre de vie des gens, soit beau. Certaines « zones à urbaniser en priorité » sont invivables! La beauté de la nature, des paysages, du construit, des bâtiments, de la musique, des êtres, corps et âmes... la beauté nous élève. Quand on fait quelque chose de laid, on aggrave cette incohérence. Heureusement, la dimension du beau existe encore dans le monde de la Méditerranée et l'Islam, dans le sens de quelque chose qui élève les êtres humains. Je suis devenu très sensible aux ambiances, aux environnements. Cela se cultive, de même que l'amitié se cultive comme un jardin. Comme l'amour. Quand on perd le beau, on perd Dieu, car Dieu est beauté.
Faut-il combattre le transgénidue ?
Le combat contre le transgénique est un combat d'urgence. Il faudra aller vers une agriculture respectueuse de la nature et des gens. Respectueuse des cycles naturels et qui n'abusera pas de la chimie. Aujourd'hui, la qualité de l'alimentation n'est pas bonne. Au sujet du transgénique, il faudrait appliquer cette sage formule : « Dans le doute, abstiens-toi ». Nous n'avons aucun recul. On peut créer d'ici à dix ou vingt ans de nouvelles maladies. Les génomes bricolés vont se comporter dans la nature ou dans l'intestin différemment des autres. Les laboratoires n'ont rien dépensé pour voir ce que ces plantes transgéniques donnent dans l'environnement ou par rapport à la santé.
On ne sait pas ce que cela peut devenir. Savez-vous que les animaux consomment de la lécithine de soja transgénique depuis au moins cinq ans?
Il est plus aisé d'évaluer les risques du nucléaire que les risques transgéniques...
Qu'en est-il de la pharmacopée marocaine traditionnelle?
À l'Institut Européen d'Écologie, nous avons traditionnellement des étudiants marocains. Ainsi, Jamal Bellakhdar qui a publié sa thèse chez Ibis Presse. Pendant vingt ans, il a rencontré les guérisseurs du Maroc et travaillé sur le sujet. J'ai écrit la préface de son ouvrage. C'est une oeuvre majeure qui durera. On ne fera pas mieux.
Quel message adresseriez-vous aux jeunes?
Je voudrais dire aux jeunes de prendre très au sérieux « les appels de l'être » pour paraphraser Dürckheim. C'est justement là l'essentiel. Qu'ils ne deviennent pas sourds et muets à cause du tapage de la société, de ses gadgets et de ses modes... Aussi rappellerai-je aux jeunes qu'on a besoin d'aimer et d'être aimé et que l'ouverture au spirituel est nécessaire. Tout le reste, nous l'avons par surcroît, mais le surcroît a remplacé le fond. La vie nous apporte des signes, il faut savoir les lire! Il faut savoir décoder les messages qui nous viennent et être soumis à Dieu - être « Musulman ».

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