Fins lettrés et mélomanes
Parallèlement à ces manifestations, qui ont toujours un caractère non lucratif, mais qui toutefois nécessitent du temps et des moyens matériels, Jaafar Kansoussi entreprend également un travail de recherche sur l'oralité. Jemaâ el Fna lui doit l'introduction de trois contes. Ainsi la halqa de Mohamed Bahriz s'enrichit de récits relatant la vie d'Ibn Rushd, la risala d'Ibn Toufail, ainsi que la Maqqama d'Ibn Khattab. C'est pour la première fois que la célèbre place, qui devrait être consacrée premier patrimoine immatériel de l'humanité, accueille ces textes appartenant à la haute culture arabo-musulmane. Et les adapter de manière orale, c'est aussi, d'une certaine façon, vulgariser des notions réputées élitistes auprès d'un public qui n'aurait sans doute jamais eu l'occasion d'accéder à de pareils joyaux du legs intellectuel arabo-musulman.
En recréant un tissu culturel solide, au sein de la perle du Sud, Diwan al Adab, porté par une noble ambition, cultive non seulement son propre jardin, mais également celui des autres. Même si, d'apparence, les majalis font figure de cercles restreints, celui de Dar el Bacha intéresse finalement l'ensemble de la cité. Certes, son rayonnement pourrait encore s'étendre, si des moyens financiers venaient soutenir ses actions méritoires. Par exemple, il serait bon que la jeunesse marocaine francophone se penche sur cette expérience originale. Elle découvrirait ainsi des pans entiers de sa propre culture, qu'elle a un peu trop facilement tendance à dénigrer faute de les connaître, afin de les apprécier à leur juste valeur. Non seulement ce public devrait faire l'effort de se rendre, ne serait-ce que par curiosité, à l'un de ces majalis, mais Diwan al Adab devrait peut-être aussi leur faciliter la tâche en traduisant simultanément (en intégralité ou en synthétisant) certaines communications qui se font dans une belle langue arabe, difficilement accessible pour une majorité de gens. Ainsi, un nouvel équilibre culturel pourrait s'instaurer.
En attendant, les majalis littéraires et les salons de musique se succèdent pour le plus grand plaisir des fins lettrés et des mélomanes. Au coeur de la Ville Rouge, Diwan al Adab redonne vie aux lauriers fanés d'une culture qui a subi un travail de sape durant des décennies.
Nullement passéiste, l'action de ces majalis est au contraire bien ancrée dans son siècle. Elle puise seulement sa force dans la mémoire d'exemples illustres qui agissent comme un élixir de jouvence. En apparence défunts, ils continuent de veiller en secret et de manière subtile. Loin des effets de mode, une vraie filiation spirituelle s'opère. Elle possède la force des origines capable d'insuffler un souffle nouveau aux générations successives.
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