Interview avec JEAN-FRANÇOIS LHERETE
Une banque citoyenne, c'est le capital humain, le service et les réalisations économiques, financières culturelles et sociales. Crédit du Maroc, l'une des plus anciennes filiales du Crédit Lyonnais dans le monde, est tout cela à la fois. Ses 70 ans fêtés en 1999 avec l'installation d'une nouvelle direction conduite par l'énarque Jean-François Lhérété * , CDM veut aller encore plus loin dans son ambition et ses projets.
Sa décennie quatre-vingt-dix a vu l'apparition de grands combats comme les droits humains, la lutte contre la pauvreté, l'environnement, le patrimoine et l'entreprise citoyenne... Comment se situe le Crédit du Maroc dans tout cela ?
En termes de temps et de technologie, le Crédit du Maroc est l'une des plus anciennes banques du Maroc. L'ex-Crédit Lyonnais du Maroc, implanté localement en 1929, est devenu aujourd'hui la banque la plus moderne au niveau technologique. Elle a été la première à créer la banque en ligne (e-banking) en misant sur les nouvelles technologies de l'information : Internet et la téléphonie mobile. Sur le plan humain, un tiers des postes de direction sont occupés par des femmes. Nous sommes soucieux d'accompagner concrètement l'émancipation du statut de la femme marocaine qui a naturellement toute sa place dans la société. Nous sommes même la première et unique entreprise dont le conseil de surveillance est présidé par une femme.
Quid de l'environnement, du soutien des artistes, de la sauvegarde du patrimoine culturel, bref du mécénat en général ? Avec la Lyonnaise de Casablanca et Redal de Rabat, nous menons des actions dans le domaine de l'assainissement. En matière d'énergies renouvelables, nous avons apporté notre contribution au parc éolien de Tétouan. Nous soutenons des opérations caritatives et philanthropiques comme la lutte contre la cataracte. Nous nous intéressons aussi à la restauration des monuments historiques : nous participons actuellement à un projet de rénovation d'un ancien palais de la médina Fès. Tout comme nous avons l'habitude d'acheter des toiles à des artistes afin de les aider. Nous avons soutenu également l'Orchestre philharmonique du Maroc...
S'agit-il d'opérations ponctuelles ?
Non. Le mécénat a toujours fait partie des activités du Crédit du Maroc. C'est un état d'esprit. Nous tenons à continuer sur cette voie avec davantage de détermination et selon notre vision du mécénat. D'ailleurs, nous sommes en train de créer une Fondation Crédit du Maroc qui traitera spécifiquement nos interventions dans les domaines du mécénat et de la citoyenneté.
Vous êtes sur tous les fronts du mécénat. Mais pourquoi entend-on rarement parler de ces actions ?
La déontologie nous empêche de mélanger notre métier central, la banque et la finance, à des opérations de mécénat. Le Crédit du Maroc est une banque solide dont l'actionnariat est essentiellement institutionnel. Pour nous, le mécénat culturel et écologique s'inscrit dans le cadre du concept de « l'entreprise citoyenne ». Le Crédit du Maroc est une banque marocaine. Elle entend participer au développement du pays, sans pour autant le crier sur les toits.
Comment votre expérience dans l'e-banking peut-elle booster l'économie marocaine ?
La proximité géographique et les affinités culturelles du Maroc avec l'Europe, dues à son histoire singulière dans la région (le pays n'a pas connu l'influence ottomane), et bien d'autres facteurs comme la jeunesse de la majorité de la population, la disponibilité d'une main-d'oeuvre travailleuse et qualifiée, la présence d'une infrastructure économique de qualité, font du Maroc une terre de délocalisation et de sous-traitance pour les entreprises du Nord et un pont vers le Sud. Nos efforts de développement de l'e-commerce et l'installation d'un système de paiement sécurisé par Internet s'inscrivent dans ce cadre. Nous avons créé une filiale de paiement sécurisé dont les premiers clients sont une coopérative d'artisans exportant notamment vers la France et les États-Unis, avec catalogue et paiement sécurisé sur le Net.
Des exemples concrets...
Il y en a plusieurs, notamment celui d'un ingénieur électricien qui a une entreprise d'ingénierie électrique en France. Il a délocalisé sa société et décidé de l'installer au Maroc en travaillant avec des ingénieurs marocains en faisant des plans pour la France, la Grande-Bretagne, 1a Pologne, les États-Unis... Il utilise Internet pour conclure des marchés, recevoir des cahiers des charges, etc.
D'autres projets en cours ou à court terme ?
Sur le plan boursier, nous réfléchissons actuellement à la mise en place d'un Fonds de capital-risque et d'un système de prêt pour les étudiants marocains à l'étranger.
Allez-vous communiquer sur ces actions ciblées?
Nous réfléchissons au lancement d'une campagne de communication institutionnelle pour parler de l'ancrage du Crédit du Maroc dans le royaume, de l'image d'une banque moderne qui accompagne un Maroc qui bouge très vite, même si cela n'est pas toujours très visible. En somme, la campagne sera axée sur le thème d'une banque enracinée dans la tradition marocaine et en même temps ouverte au progrès et à l'innovation qui accompagnent la mondialisation.
Une image déjà esquissée par ce portail marocain suggérant l'accueil, l'ouverture et la tradition locale qu'on voit sur toutes les affiches publicitaires... L'artisanat est un élément essentiel <le notre politique de communication. En plus du système sécurisé mis à la disposition de l'artisanat à l'export, nous avons demandé à des artisans de nous créer des objets symbolisant chacun l'un de nos produits financiers. Par exemple, une bande d'entrelacs en bois sculpté centrés par de jolies rosaces pour représenter « l'Assurance Perte d'Exploitation », un tapis berbère pour figurer le « Crédit Mounassib »...
Jean-François Lhérété est lauréat de l'ENA. II a intégré le Crédit Lyonnais en 1990 après avoir été diplomate en Iran. I] est aussi historien. II a publié deux livres au milieu des années 90 chez Nathan, l'un sur l'histoire des États-Unis et l'autre sur l'histoire de Grande-Bretagne. C'est un féru de musique andalouse et gnaoui et aussi d'artisanat marocain.

