Spécial cinéma :
Avec « Le Retour », son premier long-métrage en cours de réalisation, le public attend de Nour-Eddine Lakhmari qu'il tienne les promesses de ses courts-métrages. Tourné en deux parties (l'une en deux semaines, en juillet 2001, qui relate le passé, le temps douloureux du Protectorat français, et l'autre en huit semaines, en octobre 2001, qui montre le temps présent, le retour sur place du photographe), il faudra attendre encore quelques mois avant que le cinéaste ne signe la fin de son film.
Nour-Eddine Lakhmari, qui a déjà conquis un public, attiré l'attention des cinéphiles et des critiques, fait partie de ces cinéastes vivant à l'étranger dont on attend un autre regard, peut-être une autre façon de raconter.
C'est avec un vif intérêt que nous sommes allés sur le plateau de Lakhmari. Le tournage de son film prend place dans la région de Safi, ville portuaire sur l'Atlantique. « Je reviens à Safi car je connais les lieux, les gens, le climat, la lumière qu'on y trouve ». Nour-Eddine inscrit l'histoire de son premier long dans sa ville d'origine, « une terre où Juifs et Berbères cohabitèrent durant des siècles », raconte le cinéaste. Il ajoute que « la ville de Safi a beaucoup aidé financièrement ».
Mais dans cette séquence tournée ce 20 juillet 2001, il y a aussi des acteurs français. Ces derniers, Nour-Eddine Lakhmari les livre à notre désir de montrer et de dire. D'abord, il y a Florian, de grands yeux qui s'ouvrent et se fixent sur le monde et les choses. Florian Cadiou, vingt ans, étudiant en khâgne, et qui partage son temps entre sa prépa de philosophie et le théâtre. Un casting, l'espoir d'un premier long-métrage : Florian sera Albert. Nour-Eddine Lakhmari voit un visage parmi tous les visages, le sien: « ce qui m'a fasciné chez Florian, c'est ce mélange de naïveté et d'intelligence. Quand je l'ai vu sur la cassette d'une agence de casting, je me suis dit que c'était lui, Albert. Et plus je travaille avec lui, plus je découvre un grand talent ». Albert est soldat. Muni d'un appareil photo, il sera témoin d'exactions et de violences perpétrées par l'armée française. Ne pouvant intervenir dans le cours des événements, tentant vainement de refouler une culpabilité pesante, il reviendra sur les lieux quarante ans plus tard pour confronter cette part obscure du passé. Florian incarne le jeune Albert, ce mélange touchant de fragilité et de force, de cette fragilité qui fait la force. Il y a dans le regard, dans l'expression tendue et le physique de Florian cette alchimie mystérieuse qui donne corps au sentiment d'Albert, à sa présence sensible et vulnérable au monde. À côté d'Albert, des militaires, Michel, Carl, Marcel, Freddy qui sont interprétés par Pierre Zaoui, Guillaume Lanson, Laurent Schneider, et Augustin Legrand. « Des gueules » comme on dit dans le milieu. Hormis Freddy qui tourne avec Albert, aucun d'eux ne tourne ce matin. Mais ils sont prêts depuis sept heures. Tous prêts. Les acteurs français comme les acteurs marocains. Ils attendent, assis sous une des tentes dressées ou sur les pierres qui entourent le puits du village. Le vent continue de fouetter les corps et les visages. Les lèvres se gercent. Les peaux noircissent sous une couche de poussière.
Il y avait quelque chose du « Désert des Tartares » ce jour-là dans l'attente, dans le retrait et la désolation du lieu, dans la présence des tenues militaires. « J'ai pensé la même chose quand je suis arrivé ici », s'exclame Pierre Zaoui, « j'ai pensé au texte de Buzzati ». Dans le métier d'acteur, il y a cette dimension incontournable de l'attente. Elle fait partie du métier. Il faut patienter, savoir patienter des heures pour quelques instants de jeu. Alors que le réalisateur et les techniciens sont pris dans la fièvre du « faire » et des mille et un problèmes à résoudre, l'acteur, lui, vit un autre rythme, une autre fièvre. Et chaque acteur, selon sa personnalité et sa méthode, vit et gère son attente à sa façon.
Albert apparaît dans une ruelle du village. Une peur diffuse dans le corps, une inquiétude exacerbée dans le regard. Des enfants du village courent et passent à côté de lui, il s'approche d'une ouverture de porte, entre et ressort aussitôt. Freddy, une arme sur la nuque d'Omar, prisonnier (interprété par l'acteur Hamid Torchi), sort. Albert, hagard, le regarde sans rien dire. Freddy ironise en continuant son chemin. C'est la première scène qui est tournée ce matin. Caméra à l'épaule, le chef opérateur norvégien, Kjell Vassdal, s'avance vers Albert. Lakhmari contrôle la scène sur son moniteur. C'est une équipe internationale qui est réunie autour du film : la Norvège, la Suède, l'Angleterre, l'Algérie et le Maroc. Et la France avec les acteurs. On entend parler toutes ces langues et Nour-Eddine Lakhmari passe avec aisance du norvégien au français puis à l'arabe. « C'est assez fantastique de voir toutes ces cultures ensemble sur un même plateau qui arrivent à communiquer sur la même idée ». Quelques prises sont faites. À chaque fois, Florian vient interroger Lakhmari du regard. Et le cinéaste trouve le mot pour le rassurer, le mot ou l'accolade.
Menu :
Des articles complémentaires à consulter : :
- Livres de Alain libera
- « Le retour » de Nour-Eddine Lakhmari
- Combat du Cheik Ma El Ainine el à sahara
- Marathon des sables au Maroc
- Organisation de la coupe du Monde 2006
- Maroc : Huile d'olive
- Smara et Michel Vieuchange
- Mona Saber, d'abdelhai Laraki
- Motorola - Nouveau portable haut de gamme T720
- Moulay ismaiel et louis XIV
- Biographie de Moulay Ismail (167 - 1727)
- Cinéma Marocain : Nabil Ayouch
- Cinéma Marocain : Narjiss Nejjar
- Découvrir les omeyyades
