Le rayonnement du Cheik Ma El Ainine au Sahara
Grand érudit, d'une profonde culture religieuse, un de ses auteurs lui attribue au moins 314 ouvrages dont les sujets sont aussi variés qu'intéressants : droit, rhétorique, grammaire, tradition, théologie, météorologie, calcul et autres sujets scientifiques. Mais ses spécialités sont la magie et les sciences occultes, goût hérité probablement de son père. Il tient des discours sur les faits surnaturels et, dans ce sens, confirme les croyances des nomades qui pensent que les miracles sont « des actes porteurs de foi ». L'utilisation très habile de ces pratiques renforce son prestige auprès de ses fidèles. Un explorateur français célèbre, Camille Douls, qui le rencontra, raconte :
« Sa sainteté était si évidente qu'il possédait le droit de miracle. C'est ainsi que le mois précédent, il avait rendu la vie à une chamelle dont la mort avait occasionné une lutte terrible entre deux factions de tribus. C'est du moins ce que m'affirmèrent mes compagnons, bien qu'aucun d'eux n'aient été témoin oculaire et qu'ils se taisaient l'écho des bruits circulant dans le Sahara ! »
Sur le plan politique, son approche facile et sa compréhension de la conjoncture de l'époque lui permettent de s'enrichir honorablement. Il possède beaucoup de Zaouias à Fès et Marrakech et des chameaux en grand nombre.
11 a eu surtout plusieurs femmes et consolida ses alliances par le biais de ses mariages tribaux. On lui attribue cent seize alliances matrimoniales qui ont engendré vingt et un fils et trente filles !
Dans une région comme le Sahara où les nomades sont plutôt monogames (pour des raisons économiques avant tout), il faut être riche pour avoir de nombreuses femmes à qui on doit attribuer des chameaux pour veiller à leur confort lors des déplacements, une tente et de l'argent.
C'est vers trente ans qu'il se fixe pour diffuser son savoir dans la région de la Seguiet El Hamra (la Rivière Rouge), une des principales régions du Sahara marocain.
Le combat de l’homme du sahara contre les occupants
Les raisons qui le poussent à s'installer dans cette région sont familiales (pour ne pas empiéter sur les territoires de ses demi-frères) et pour son opposition à un autre marabout prestigieux, le Cheikh Sidia, de la confrérie Quadria.
Il sait aussi que la situation au nord de l'Adrar mauritanien lui laisse le champ libre, les Reguibat étant occupés à détruire Tindouf, tandis que les Teknas au Nord sont plus intéressés par le commerce que par la propagation de l'Islam.
C'est alors qu'il analyse avec lucidité les visées des puissances coloniales sur le Sahara. A la suite de nombreux naufrages de vaisseaux sur les côtes, des explorations ont lieu au XIXe siècle. En 1840, le lieutenant de vaisseau Bouet tente d'établir un protectorat sur l'Oued Noun (ancien royaume de la puissante « Reine Blanche » selon une légende, mais ceci est une autre histoire). En 1880, l'Anglais Mac Kenzie à Cap Juby (Tarfaya) accentue les appétits mercantiles de l'Europe en s'installant sur le rivage pour commercer avec les Maures. L'Espagne a aussi effectué ses premiers pas coloniaux au Sahara, poussée par l'industrie catalane de Barcelone. Elle crée le « poste » de Villa Cisnéros (Dakhla) où vingt-cinq hommes d'un détachement militaire défendent un territoire limite, sans ose pénétrer à l'intérieur.
Ma El Aïnine voit le Sahara menacé de partout, autant par la surenchère des puissances coloniales que par le décli rapide du commerce transsaharien. Déclin accentué par la concurrence
maritime (qui fait disparaître les Caravanes) et par l'ouverture de nouveaux débouchés comme Saint Louis du Sénégal.
Le Maroc subit de plus en plus l'influence de la France et de l'Angleterre, surtout depuis la mort du Sultan Moulay Hassan. Les contacts du Cheikh Saharien avec les sultans successifs ont toujours été très fructueux, avec une forte communauté d'intérêts. Ma El Aïnine, par sa ferveur religieuse et son aura guerrière, apparaît comme un rempart à la pénétration française. Le Sultan, par sa puissance, est aussi, pour le grand Saharien, le seul capable d'aider à l'édification de son grand projet, créer une ville commerçante à partir de rien dans le désert : Smara !
Face à la résistance de Ma El Aïnine, la France commence bientôt à réagir et envoi Coppolani qui, par sa connaissance du pays et de sa langue, opère très habilement et recrute des personnes favorables à la pénétration française au Sahara. Mais il est assassiné le 12 mai 1905 par une vingtaine d'hommes dans son camp de Tidjikja. La France accuse Ma El Aïnine mais le prestige de ce dernier en est augmenté auprès de toutes les tribus sahariennes.
Cette même année 1905, des armes rentrent au Sahara venant des Canaries. Le sultan envoi le Cheikh Moulay Idriss pour juger de la situation et tenter de faire quitter pacifiquement le pays aux Français. Après une victoire du Cheikh à Niemelane en 1906, ils reçoivent des renforts du Sénégal qui l'obligent à se retirer. Contraint d'abandonner ses bons offices auprès de Ma El Aïnine, le Sultan en vient à faire attaquer ses hommes qui venaient chercher un chargement d'armes à Cap Juby. Ils laissent sur le terrain plusieurs morts, plus de cinq cent chameaux et tout leur chargement !
Malgré l'avènement du Sultan Moulay Hafid qui dénonce les compromissions européennes de son prédécesseur, les six cent guerriers de l'Adrar, fidèles aux Sahariens, se démoralisent et retournent dans leur région. Les Hommes Bleus de Ma El Amine sont de plus en plus mal accueillis par les populations et les dons du Sultan diminuent également. L'Adrar est devenu le lieu de prédilection des « dissidents » et le colonel Gouraud est envoyé, en janvier 1909, pour les défaire à Atar. La situation devient intenable à Smara. Un arrangement entre le Sultan et M. Pichon, Ministre des Affaires Étrangères Français, stipule que le gouvernement chérifien doit empêcher la contrebande des armes dans les régions du Souss et de l'Oued Noun.
Ma El Aïnine marche une dernière fois sur Fès, brûlant ses dernières cartouches. Il n'y parvient jamais, empêché par le Général Moinier dans le Tadla, le 23 juin 1910 ! Il se retire alors dans le Souss, épuisé, contraint à vendre les quelques biens qu'il possède encore. Il erre dans le Souss, puis dans le Tafilalet, et déçu du mauvais accueil qu'on lui réserve, il rentre à Tiznit ayant perdu tout son prestige, malade et fatigué.
Le Cheikh Ma El Aïnine meurt le 28 octobre 1910 à Tiznit.

Des articles complémentaires à consulter :
- Livres de Alain libera
- « Le retour » de Nour-Eddine Lakhmari
- Combat du Cheik Ma El Ainine el à sahara
- Marathon des sables au Maroc
- Organisation de la coupe du Monde 2006
- Maroc : Huile d'olive
- Smara et Michel Vieuchange
- Mona Saber, d'abdelhai Laraki
- Moulay ismaiel et louis XIV
- Biographie de Moulay Ismail (167 - 1727)
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