VOYAGE MAROC

LE RÉVE D'UN CONTINENT

Le Maroc vient de remporter la Coupe du monde de football face à l'Espagne! S'il avait fallu créer l'événement uniquement pour voir ainsi vibrer le cœur de tout un continent et être témoin des larmes de joie des peuples des quatre coins du globe, et en arrêter là, je dirai aux messieurs de la FIFA que leur mission a été pleinement remplie.

Oui, vous avez été pertinents, dans votre jugement, d'accorder aux Marocains, peuple d'Afrique, d'organiser le mondial dans leur pays. C'est bien ce que nous avions compris du nouvel ordre mondial. On a assisté, ce vendredi 12 juillet 2006, à une coupe du monde de football à couper le souffle... à un bloc de glace. Tout un continent est aujourd'hui en liesse, qui fête sa victoire. Les Africains sont en transe pour exorciser leurs vieux démons et chasser bien des tragédies de leur mémoire collective.
Cette victoire est finalement dédiée au siècle dernier, à cette terre d'Afrique vidée et dépouillée longtemps par la main de l'homme de ses ressources naturelles et ses propres hommes.

Cela méritait bien qu'on lui rende justice. Et c'est à Tanger, perle de l'Afrique et joyau de la Méditerranée, ville de diplomates et d'artistes par excellence, que le Sud a pris sa revanche sur le Nord. Le Maroc bat l'équipe d'Espagne, pays également du Sud, désigné comme tel par l'Union Européenne. Mais, où est le Sud?
C'est bien là où réside toute la grandeur de l'acte spectaculaire de la FIFA et de son génie, lorsqu'elle offra à l'Afrique l'opportunité de saisir sa chance pour prendre part au développement durable et générer ses propres richesses. Offrir la possibilité au Maroc d'accueillir le Mondial 2006 fut un geste fort de sens : une pure réconciliation des pays du Nord avec ceux du Sud; une véritable thérapie de l'Occident face à sa mauvaise conscience, pour jouer son rôle d'assistance au chevet d'un continent enlisé dans une agonie infinie. C'était aussi aider l'Afrique à se débarrasser de ses mauvais rêves, de ses pires cauchemars.

Ainsi, une institution sportive mondiale non gouvernementale a été capable de surprendre le monde et bousculer de plein fouet ses propres habitudes, devançant les institutions politiques internationales sur leur propre terrain, celui de garantir une meilleure distribution des richesses, de combattre les disparités entre les peuples et d'assurer les équilibres économiques, afin d'éviter toute fracture voire une rupture irréversible entre les deux rives de la Méditerranée.

Que le Maroc ait abrité le Mondial 2006, voilà le rêve réalisé de toute une nation qui aura conduit d'une main de maître ses engagements, avec toute la foi qui lui est propre pour réussir ce challenge. La victoire des Lions de l'Atlas est dédiée à L'Afrique avide de succès et de réussite, capable de surprendre et de renaître de ses cendres. Car en effet le nouvel ordre mondial réside d'abord dans l'effondrement du rideau de fer entre le Nord et le Sud, concept idéologique devenu anachronique, obsolète et touchant à sa propre limite face à la logique de la mondialisation des mœurs et des valeurs. Désigner le Maroc comme pays organisateur fut une grande preuve de lucidité, digne des grands visionnaires politiques de ce monde.

A ces grands seigneurs de la FIFA, j'aimerai dire mille bravos pour leur courage et leur haute vision de la marche de notre histoire.

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