VOYAGE MAROC

Similitudes et discordances :

Comme tous les grands chef d'État, le sultan Moulay Ismaîl, qui régna sur le Maroc de 1672 à 1727, a la passion de construire. Loin de se contenter d'ériger quelques grands monuments à sa gloire, c'est toute une ville, Meknès, qui acquiert sous son règne son statut de ville impériale. La coutume compare à ce sujet le Chérif à son contemporain Louis XIV, avec qui il entretient des relations diplomatiques et commerciales parfois houleuses. Et les dépliants touristiques d'aller vite en besogne pour faire de Meknès, à tort, le « Versailles marocain »

Tandis que louis XVI déclarait :

en son palais de Versailles, « L'État, c'est moi », Moulay Ismaîl, tout aussi puissant et autoritaire que 1e Roi Soleil, fut décrit par ses contemporains comme « un fauve puissant au tempérament de feu.' » Si l'on compare souvent les deux monarques, c'est qu'en effet, tous deux partageaient la même conception absolutiste du pouvoir. Dans une lettre à son homologue français, datée de 1682, Mouiay Ismaîl soulignait lui-même le parallélisme : « Vous este le maistre absolu dans l'exécution de vos volontés et (...] personne ne peut assembler de parlement dans vostre royaume pour les contredire ni y donner aucune atteinte ou empêchement par paroles ni effet ; et vous
ressemblés en cela aux rois des Maures. »
« Jamais aucun sultan du Maroc classique ne fut aussi promptement obéi que lui », écrit également l'historien marocain Brahim Boutaleb. a Pour un prince du XVIIe siècle, en Europe comme en Afrique, le pouvoir était absolu ou bien il n'était pas. »

Affinités et ressemblance

Sans doute est-ce cette similitude de tempérament et cette même appréhension du pouvoir qui fit que peu de sultans eurent, comme Moulay Ismaîl, une telle renommée auprès des chrétiens d'occident. Pourtant, plus que sa très haute conception de l'État et sa ferme volonté à vouloir unifier le royaume, les historiens n'ont souvent retenu de lui que la construction du « Versailles marocain », son prestigieux harem, son innombrable progéniture et sa fameuse demande en mariage d'une fille de France à Louis XIV Un détail douteux de l'Histoire que les guides marocains se plaisent à raconter aux touristes étrangers qui viennent visiter le pays. A cette demande en mariage, Louis XIV aurait, selon eux, répondu : « Vous qui avez déjà plus de 500 femmes dans votre sérail, qu'avez-vous encore besoin d'une française ? » Ce à quoi le Chérif aurait rétorqué : « C'est que 500 marocaines ne valent pas une française ! »

Charles-André Julien, plus sérieusement, s'érigea contre ces légendes « dont le pittoresque convenu exerce, peut-être encore, son action sur les historiens. » Mais il confirme : « il aimait les femmes avec fureur. II en fit une terrible consommation. Le sérail de Dar el-makhzen en abritait 500, de toutes teintes et de toutes origines, qui macéraient dans l'huile et l'oisiveté en attendant de satisfaire les désirs du maître (...]. On lui attribuait 700 garçons et un nombre de filles indéfini. » Avec trois maîtresses seulement, Louise de La Vallière qu'il fit duchesse, Mme de Montespan qui finit par s'enfuir dans un couvent, et Mme de Maintenon qu'il aima passionnément durant quarante ans, Louis XIV soutient plus difficilement la comparaison.

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