On n'écoute jamais les optimistes:
Et pour cause. Ils empêchent les aigris, les calculateurs, les pernicieux, les profiteurs et les pessimistes de tous poils de vivre heureux. Dès qu'il y a un optimiste dans un dîner en ville, dans un salon huppé, dans un cénacle pertinent, il jette un froid. L'intervention de l'optimiste quand les gens jouent à l'auto-démoralisation, à l'auto-dénigrement, à l'auto-sabotage et à l'auto-invective fait tout de suite désordre. Mais qu'a-t-il cet imbécile heureux à vouloir flanquer en l'air notre soirée? Nous sommes entre nous, des gens bien, on râle, on pleurniche, on se lamente, on dissuade les autres d'investir, on doute, on se prépare à aller vivre au Canada, on critique -Abderrahmane-Youssoufi (en un seul mot), on déplore l'absence-de-visibilité (en un souffle inspiré) et voilà que ce crétin d'optimiste nous contrarie. C'est un comble.
D'abord on accole toujours le mot béat à l'optimisme. Comme si l'optimisme était une régression mentale, une démission de l'esprit ou une faillite du bon sens. L'optimisme est une disposition mentale suspecte. Elle est moins exigeante intellectuellement que le pessimisme qui, lui, nécessite un esprit complexe et torturé, une bonne dose de doute morbide et une propension naturelle à se passer du bonheur. L'optimiste, lui, est primaire, imbécile, aveugle, inconsistant et irresponsable. Il n'est ni sérieux, ni crédible. Pour être socialement et politiquement correct aujourd'hui, il faut être pessimiste. Sauf que le pessimisme se travaille. Je vais vous aider...
Face à une bonne saison de pluie, il faut dire « cela ne sert à rien, l'année prochaine il ne pleuvra pas ». Il faut ajouter pour être bien que « quand la pluie tombe au Maroc, elle nous empêche de faire les réformes nécessaires pour déconnecter l'économie marocaine de l'agriculture ». Vous disposez aussi d'une autre variante : « une bonne récolte nous ruine car le blé importé est moins cher » ou encore « une tomate exportée, c'est de l'eau que l'on vend, c'est un drame pour un pays chroniquement sec ». Avec ça, votre effet est garanti.
Face à une découverte de pétrole, dites toujours que l'on nous a menti. Ça fait bien. Ajoutez « ce n'est pas aujourd'hui que notre État va devenir transparent, il nous ment tout le temps. Le pétrole, je n'y crois pas ». Si quelqu'un avance quelques arguments solides pour étayer la découverte, rétorquez que « ça sera toujours un malheur. Un pays qui n'est pas à niveau économiquement, qui est rongé par la corruption et les rentes ne doit pas trouver du pétrole dans son soussol. Cela va polariser toutes les déviances structurelles, surtout si les dossiers de l'administration, de la justice, du fisc, de la police, des collectivités locales, de l'environnement de l'entreprise, du code du travail, de la charte de l'écologie, de la pollution des oueds ne sont pas réglés. Il faut assainir et mettre à niveau avant de trouver du pétrole! ». L'optimiste ne pipera plus un mot. Vous devenez une star au firmament des aigris. Vous aurez le ton juste.
Pour la privatisation de Maroc Télécom, dites que « personne n'achètera ce machin ». Si elle se fait, affirmez que « les dés étaient pipés ». Ajoutez plus tard que « Vivendi n'a pas de sous, son chèque est en bois ». S'il paie, dites que « l'argent ne va aller à l'investissement ». Et s'il va à l'investissement, annoncez à vos amis « je suis obligé de partir, j'attends un coup de fil de mon fils qui étudie à Madagascar ». Et voilà, vous aurez toujours raison. Et l'optimiste sera toujours enfoncé.
À propos de la démocratie, de l'avancée de l'État de droit, des progrès de la moralisation de la vie publique, dites toujours que « le pays n'est pas gouverné », stigmatisez la démocratie porteuse d'anarchie en ajoutant que « les Marocains ne sont pas prêts à tout cela ». Si quelqu'un bouge, ajoutez avec emphase « avant, régnaient l'ordre, les principes, les valeurs, la sécurité. Maintenant, c'est le chaos ». Parlez de votre personnel de maison qui vous répond désormais du tac au tac, de votre chauffeur qui s'arrête à présent au feu rouge et de votre jardinier qui plante les fleurs qu'il aime, sans vous consulter. Sur ce, dites « autrefois, tout ce beau monde filait droit, nous sommes au bord du gouffre ». Personne ne vous contredira et l'optimiste primaire, jardinier de profession, se débinera honteusement sans demander son reste. Il n'a qu'à aller cultiver son jardin ailleurs.

Des articles complémentaires à consulter :
- La fondation ONA, Un mécénat actif
- Traité d'optimisme
- Driss : Ouassini Embarek, deuxième rôle masculin
- Paris Dakar : Nombre de copétiteurs ont laissé leur vie dans le désert
- La mode Marocaine
- Rencontre avec Pierre Lunel
- L'architecte Rachid Andaloussi
- La culture du safran à Taliuine
- Biographie de Théodore Monod
- Rencontre avec Thomas Schuhly
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- L'internet au Maroc
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