VOYAGE MAROC

A.R. EL BACHA, PIANISTE LA VIRTUOSITE ET LE POUVOIR D'EMOTION

Interprète d'un répertoire allant de Bach à Prokofiev, le pianiste franco-libanais Abdel Rahman E1 Bacha allie virtuosité, pureté du jeu et pouvoir d'émotion. Il mène une carrière de concertiste dans le monde entier. Rencontre avec El Bacha, invité par l'Orchestre Philharmonique du Maroc, lors de la troisième édition du Concours International de Piano. Propos recueillis par Yas ine Belrnahi/Photos Jean-Michel André

Médina. Vous avez grandi dans un milieu propice au développement et à la formation musicale, votre mère était chanteuse, votre père musicien et compositeur. Pourquoi avoir choisi le piano? Qu'est-ce qui vous a attiré dans cet instrument?

Abdel Rahman El Bacha. C'est la musique que j'aimais avant tout. Le piano était facile d'accès, nous en avions un à la maison. C'est un instrument qui possède tous les tons. J'ai d'abord recherché l'intonation dans le violon, mais j'étais attaché au piano à travers le répertoire qu'il offrait. Au fur et à mesure que je découvrais ces magnifiques musiques, je m'attachai à l'instrument lui-même. Mais c'est la musique que je cherche d'abord. Ce qui est beau dans le piano, c'est qu'il peut être indépendant. Il est rare qu'on puisse être seul. Le violon n'a que quelques pièces solo. Le piano peut se suffire. On n'a pas besoin d'accompagnement. Les oeuvres les plus belles, les plus profondes, ont été confiées au piano.

Votre répertoire est vaste, Bach, Mozart, Chopin, Beethoven, Ravel, Rachmaninov, Prokofiev... À quels compositeurs vont vos préférences et pourquoi?

J'aime que la musique soit une élévation, quelle qu'elle soit. Je n'aime pas le « terre à terre ». La musique doit élever l'âme. Chopin et Beethoven révèlent ce qu'il y a de plus noble dans l'être humain. La musique de Beethoven est tellement généreuse, émouvante. Elle est de la même exigence humaine que celle d'un prophète qui exige la vérité. Chopin, c'est le grand raffinement de l'âme qu'on puisse atteindre avec la noblesse de caractère. Chez ces deux compositeurs, le yin et le yang sont complémentaires plutôt qu'opposés. Le pouvoir de révolte, qui est l'esprit d'adolescence, habite un artiste tout au long de sa vie. Cette capacité de révolte est une sorte d'idéalisme qui me paraît très saine. La compromission est quelque chose de contraire à la noblesse d'esprit. Mais il n'y a pas qu'une dimension morale et éthique dans mon approche de la musique. Il n'y a jamais chez ces compositeurs de défauts d'oreille comme on ne peut en trouver chez Bach ou Mozart dans leur choix harmonique, dans leur choix mélodique. Ce que j'aime chez Bach, c'est cette recherche d'équilibre entre la divinité de l'esprit humain et son humilité. Chez Mozart, c'est l'esprit de l'enfance qui nous est cher et qui nous relie à notre propre enfance. Mozart sait pleurer, mais il pleure comme un enfant, avec une totale pureté. Il y a du dramatique aussi chez Mozart. Chez Schubert, j'aime sa proximité et sa dimension d'être humain. Il n'enfle rien. Il nous parle comme un ami. Chez Schumann, sa musique devient déclaration d'amour la plus sincère même si elle a parfois quelques côtés fantasques qui peuvent être charmants ou agaçants. Chez Ravel, c'est la féerie, ce que ça comporte de merveilleux de l'enfance et de la magie des couleurs. Rachmaninov révèle tous les abîmes du coeur et de la souffrance, le lyrisme chaleureux de l'âme slave. Prokofiev est le compositeur le plus complet du XXe siècle. Il a excellé dans tous les genres. Il a incarné un style très original, un langage personnel fait de forces, de nouvelles formes et d'un esprit de jeunesse. Une sorte de symbole du nouveau siècle.

Suite >>

Publicité sur le Maroc par Google

Des articles complémentaires à consulter :