Rachid Andaloussi :
C'est la mine espiègle et les yeux rieurs de quelqu'un qui fait des farces qui frappe au premier abord. Et puis, très vite, on se rend compte de la profondeur du regard, de la finesse des gestes, de la classe dans l'attitude, de la grandiloquence dans le verbe, de l'éveil dans l'à-propos, et l'on se dit que cet homme-là est fait pour un long compagnonnage. On pense qu'il faut tout de même trouver quelques repères pour l'aborder, pour ne pas être trop brouillon face à cette boule d'énergie qui donne l'impression d'une grande sérénité malgré la pléthore des centres d'intérêt.
Architecte, il est. On pense un instant qu'on l'a cerné. Et puis, comme lorsqu'on se rend compte au dernier moment que la voie choisie est peut être sans issue, on revient sur votre propos pour préciser qu'il l'est à sa manière, c'est à dire forté, intégrale, pleine, multiforme et surtout artistique. Dans le débat qui partage les adeptes du technique pur, de la syntaxe, d'une part, et ceux du sémantique, du sens, d'autre part, son parti n'est pas celui de la conciliation consensuelle et molle, mais celui de toujours plus d'exigence, de mettre la grammaire, les mots, les matériaux et toute autre forme de technique au service d'une rhétorique quasi transcendantale qui prêche une harmonie puisée au plus profond des sources universelles de la création.
Ses proches, ses nombreux amis, le disent féru de philosophie, celle de Hegel en particulier, histoire d'esthétique sans doute, mais aussi d'arts plastiques, du Bauhaus, de Klee, de Kandinsky ; qu'il est un bon collectionneur d’œuvres marocaines, de Cherkaoui, Saladi, Ghrib, Kacimi, Bellamine ; qu'il est fin connaisseur de musique, avec un petit faible pour Smahane, Abdelouahab, Oum Keltoum, surtout leurs chansons des années quarante à cinquante qu'il fait plus que fredonner.
On l'aura compris : notre homme est très éclectique dans ses goûts et ses centres d'intérêt. Mais sa vraie passion, celle par rapport à laquelle il situe toutes les autres, est certainement Casablanca. Quand il en parle, c'est à peine s'il ne dit pas qu'elle est née avec l'humanité! Il rappelle avec force qu'elle est la modernité même, qu'elle est née avec le cinéma, l'automobile, le concept d'urbanité, et surtout qu'elle fut un grand espace de liberté pour les architectes majeurs de la première moitié du siècle dernier.
Pour lui, les « années de plomb » sont probablement synonymes de gâchis architectural et urbanistique, tant il est convaincu que cet art reflète un état d'esprit, un moral social et un témoin de bien ou de mal-être. Actuellement, il semble entrer dans un stade de plénitude et d'épanouissement. Cela correspond chez lui à une forte tension créative. Alors, si vous le voyez lever les yeux vers le ciel en esquissant un sourire rêveur, ne le dérangez surtout pas, il construit!
Ses amis le disent féru de philosophie, notamment celle de Hegel, histoire d'esthétique sans doute :
Casamémoire, une association pour une ville
Métropole portuaire à l'architecture métissée, Casablanca érige, face à l'océan dans le tumulte de la modernité, les édifices et les ensembles architecturaux uniques d'une aventure urbaine qui se révéla inventive, féconde et toujours judicieusement réfléchie et pragmatique dès le début du siècle dernier jusqu'aux années soixante.
Ce patrimoine est aujourd'hui menacé. Contre la spéculation, le délabrement, l'aveuglement, l'amnésie, le ressentiment. Pour la ré-appropriation de son histoire, la richesse de son héritage, l'exaltation du futur par la reconnaissance des expériences passées, pour le partage de l'aventure de la création architecturale, la naissance d'une association : Casamémoire. Des énergies convergentes, architectes, urbanistes, universitaires et autres citoyens se serrent autour de leur fondateur, l'architecte Rachid Andaloussi, pour relever le défi de sauvegarder un patrimoine architectural moderne dont l'importance innovante, expérimentale et avant-gardiste a été reconnue internationalement mais demeure occultée car liée au Protectorat. Penser sa ville et repenser son passé, c'est voir et voir autrement. C'est lire sa ville et y déceler les différents styles et les audaces esthétiques qui s'y sont succédé, de l'Art Déco au Bauhaus, en passant par le néo-mauresque. Rachid Andaloussi, dynamique président de l'association, souhaiterait orienter l'attention de toutes les instances impliquées dans l'aménagement du territoire, dans la refonte des textes de loi sur l'urbanisme et dans celle des textes sur les monuments historiques. Afin que le bâtiment « puisse devenir objet d'étude et de contemplation », il en appelle à la nécessité de répertorier les bâtiments et les ensembles de bâtiments, de procéder à leur classification, leur restauration et leur protection, de sensibiliser les décideurs mais aussi les adultes et les enfants au patrimoine architectural de la ville, et enfin d'initier les études et d'entamer dès recherches pour une connaissance approfondie du patrimoine.

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