Les fleurs originaires du Souss-Massa, encore inconnues sur les marchés internationaux il y a vingt ans, ont pu occuper les marchés internationaux, une place qu'elle ont consolidée par une progression constante de la qualité et le professionnalisme des producteurs. Aujourd'hui, la région est l'une des principales zones de production de fleurs sous serre (39 % de la production nationale). Avec pas moins de 43,4 millions de tiges et un rendement de 549000 tiges à l'hectare, au cours de la campagne 1999-2000, rosiers, oeillets et glaïeuls couvrent une superficie de 90 hectares et dominent les exportations qui battent des records au printemps, notamment sur les marchés allemands, suisses et italiens.
Mais, si la production et la commercialisation florales ont connu un tassement net depuis la chute des prix de la rose sur les marchés européens (1,2 DH la tige en 2001, contre 2,34 en 1991, 1,85 en 1993 et 1,40 en 19961997), le bananier sous abris, introduit à la même époque à Biougra, Massa, Ouled Taïma et Taroudannt, semble avoir encore de beaux jours devant lui. Il prend pied sur 2 360 hectares contre 1770 ha en 1996-1997 et produit 61800 tonnes en 1999-2000.
La plupart de ces spéculations bénéficient d'un investissement important et d'un encadrement intégré qui appréhende l'ensemble des filières production-transformation-commercialisation, allant du travail du sol à l'utilisation des intrants, l'écoulement de la récolte, le suivi de la campagne, notamment dans les secteurs de l'élevage et des cultures sous serre. En témoignent l'augmentation progressive, d'une année à l'autre, des capitaux injectés dans la sphère de production agricole, phénomène perceptible avant et après la sécheresse, et l'amélioration sensible du cadre de vie rural, à travers les petits hameaux qui s'égrènent le long de la route asphaltée en direction de Taroudannt, Aït Melloul, Aït Baha, où l'architecture de style « émigré » semble prendre pied. Un habitat balançant entre l'identité rurale traditionnelle et une représentation de plus en plus citadine de la façon de se loger.

Dans le Souss-Massa, tout se passe comme si la crise économique avait libéré les initiatives du capitalisme agraire et stimulé les capacités d'organisation de cette « société ». En effet, sentant l'incertitude de la disponibilité des ressources naturelles mises à mal par les effets récurrents de la sécheresse locale, plusieurs exploitants contribuent à changer les données habituelles de l'agriculture, jouant sur un avantage comparatif qui met à profit des facteurs comme le capital humain, la recherche-développement, l'organisation et la logistique.
De telles attitudes « entrepreneuriales » n'excluent pas que les personnes concernées par la modernisation de l'agriculture aient recours à la solidarité et aux liens de parenté, dans la mesure où cette population rurale a compris qu'elle devait compter sur ses propres capacités. Elle a pris conscience de son identité, de son rôle local et de l'étendue de ses relations avec l'espace national tout en identifiant ses intérêts et les enjeux posés par une économie de plus en plus ouverte sur des horizons lointains.