Agadir, ville du sud du Maroc

Si une ville, ce sont des murs, plus importants que les murs, ce sont d'abord des hommes. Et Agadir, ce sont des hommes qui vivent dans un espace, s'y fondent, s'y confrontent, trouvent des réponses, posent des interrogations, nous renvoient des questions. Ces questions ont d'autant plus de résonance qu'Agadir est une ville née de plusieurs désirs. D'abord celle d'un Roi. Feu Sa Majesté le Roi Mohamed V déclarait: « Si le destin a décidé de la destruction d'Agadir, sa reconstruction dépendra de notre foi et de notre volonté ». Puis celle d'hommes d'ici et d'ailleurs qui devaient répondre, dans l'urgence et au mieux, à des besoins contemporains. Urbanistes, architectes, ingénieurs, géologues, hydrogéologues, tous de haute compétence et de renom, de nationalités marocaine et étrangères, ont été appelés et sollicités pour le Plan de Reconstruction d'Agadir selon des normes antisismiques.

Sur ces espaces vierges, décalés des lieux du séisme, il fallait ériger une ville moderne et internationale. Si l'on n'omet jamais de citer la participation de Le Corbusier, d'autres noms restent gravés dans les souvenirs. Comme ceux qui sont cités de mémoire par Mustapha Faris, l'un des Ingénieurs des Ponts, appelé au lendemain du séisme pour les opérations d'urgence, déblaiement de la ville et rétablissement des infrastructures de base : « les urbanistes Pierre Mas et Chalet, les architectes Azagury et Benbarek, les géologues comme Jean Soldini, des ingénieurs de l'Habitat sous la conduite d'Arnaud Marin de Montmarin secondé par l'architecte Abdesslam Faraoui, le Haut Commissaire à la Reconstruction d'Agadir, Mohamed Belhaj, le feu Docteur Benhima, Gouverneur de la Province, qui déploya une énergie extraordinaire... ».

Émergèrent des œuvres architecturales de qualité, patrimoine dont peut s'enorgueillir la ville d'Agadir. L'Hôtel de Ville, la grande Poste, la cité administrative témoignent de la présence d'une histoire contemporaine de l'architecture, du parti pris d'une époque de la construction dans la modernité internationale, de mouvements dans l'architecture comme celle des Utopistes qui croyaient au progrès infini susceptible d'apporter paix, sérénité et harmonie, une idéologie qui sous-tendait l'élaboration d'un nouvel habitat par des hommes amoureux des espaces, c'est-à-dire vivant dans une sympathie et une générosité avec les choses. Un quartier de petites villas, né de ce même élan et conçu par le grand Zevaco, a reçu dans les années soixante-dix le prestigieux Prix Aga Khan. Mais cette architecture, inscrite dans certaines valeurs de l'époque au détriment de la spécificité des lieux, n'a pas toujours été ressentie à sa juste valeur, la population cherchant à y lire l'esprit de son héritage culturel sans parvenir à déchiffrer le langage qui avait pris forme dans ces constructions.

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