Agadir n'a pas l'évidence des autres villes, la séduction de la patine des siècles passés. Pourtant, quand on se promène le long de ses grands axes, ou empruntant des rues qui les relient, ou marquant une halte dans le quartier du Talborjt, une sensation de bien-être nous étreint. Qu'est-ce qui éveille cette sensation, ce désir d'y aller, de s'y arrêter, d'y revenir? Qu'est-ce qui donne vie et forme à une ville? Qu'est-ce qui donne du sens? Et il faut parfois des rencontres pour donner des mots à des sentiments que l'on porte de manière confuse sans pouvoir en définir la cause. C'est l'architecte Patrice Le Tixerant, habitant et travaillant depuis plus de trente ans dans la ville du Sud, qui a su définir avec précision et justesse l'origine de cette sensation heureuse : « Agadir est une ville à échelle humaine avec une très forte vivance ». Ce sont les mots-clés pour comprendre ce qui séduit immanquablement le touriste dans la ville un temps baptisé « la Nice marocaine ».
La vocation touristique de la ville existait déjà avant le tremblement de terre et attirait alors les voyageurs. À peine Agadir était-elle reconstruite que le premier Club Méditerranée s'y installait. C'était en 1967. Depuis lors, le tourisme ne cessa pas sa progression, créant un phénomène de migration rurale qu'aucune étude statistique ne permit de prévoir. L'affluence et la présence des hommes déclenchèrent des créations d'emplois et l'éclosion de multiples activités liées au tourisme. Mais cette puissante pression urbaine amène aujourd'hui la ville à se penser à nouveau et à penser les formes prises par l'urbanisation rapide. Agadir s'étend. Des lotissements se construisent d'une part. Des ensembles hôteliers d'autre part. Les banlieues se juxtaposent. Si cette expansion traduit une croissance économique et assure une qualité de vie, elle pose aussi des problèmes de différentes natures. La jeunesse des banlieues se répand comme une marée montante sur les plages et l'occupe en improvisant des espaces de football réduisant considérablement l'espace pour le tourisme balnéaire. La conception de lieux pour les jeunes dans un projet de promotion sociale à travers des activités sportives peut être une forme de réponse à l'un des problèmes que pose la pression urbaine. La question n'étant pas seulement l'éventuelle maîtrise spatiale de la croissance urbaine et le contrôle rigoureux des projets d'extension, c'est aussi la recherche d'équilibres satisfaisants entre cette urbanité croissante et le tourisme.

Recherche d'équilibres et de circulations entre les différents secteurs permettant la mixité urbaine et la rencontre entre les habitants d'Agadir et les touristes : « une ville de cette taille doit avoir plusieurs centres, créer des pôles urbains et des axes de centralité urbaine » soutient Patrice Le Tixerant qui déroule ses cartes en parcourant du doigt l'un des axes transversaux possibles entre le quartier du Talborjt, aujourd'hui au cœur de la ville, et le secteur touristique. « Cet axe, qui descendrait jusqu'à la mer, réhabiliterait et ferait revivre un quartier déserté par la jeunesse. Il pourrait recevoir sur son axe toutes sortes d'activités, commerces, bureaux, agences, hôtels, cinémas, clubs de sport... À la suite de cet ensemble, on trouverait la place Al Amal qui peut être le support et le lieu d'une véritable scénographie urbaine, mobile et temporaire pouvant accueillir toute l'année toutes sortes de festivals ».
Si on lit les traces d'un plan d'urbanisme et si on adhère entièrement à l'idée du « tourisme comme vecteur de développement économique et social, voire de démocratisation », comme le souligne M. Zakri, il est plus que nécessaire d'inscrire ce développement dans un processus durable, idée sur laquelle s'exprime Patrice Le Tixerant : « le concept de développement durable est une réponse au capitalisme sauvage. Pour être effective, cette durabilité doit prendre en compte tous les paramètres: la vie des habitants d'ici et de la région, l'avenir des enfants, l'activité et la vitalité clandestine. L'investissement brutal est contraire au développement. Il faut avoir une vision dans le temps jusqu'à effacer même cette notion du temps pour oeuvrer dans une espèce de permanence et non dans l'action ponctuelle qui ne prend pas en compte la globalité ».
Commencer à préparer le futur. Agadir qui vit son destin de station balnéaire est appelé dans cet objectif de développement durable à désenclaver l'arrière-pays. C'est le facteur-clé pour le développement rural, pour freiner la migration, pour élargir les propositions touristiques. Agadir, foyer de convergences des richesses et des hommes, « la qualité humaine est le trésor de ce pays » affirme l'architecte, qui plonge ses racines au coeur d'une campagne offrant tous les éléments d'une nature contrastée et magique, cherche à créer les bases d'une synergie entre le tourisme et le rural. M. Lahcen Zakri, Directeur de l'aéroport A1 Massira d'Agadir, membre du Grit (Groupement Régional d'Intérêt Touristique), cellule de bénévoles dont la première fut conçue à Agadir et qui, aujourd'hui,. est également implantée à Marrakech, Tanger, Meknès, Fès... tient un discours lucide sur l'état des choses : « le touriste ne veut plus rester sur les plages. Nous sommes conscients de la nécessité d'axer l'offre touristique sur le culturel et la nature. Le créneau, c'est satisfaire la clientèle et être bénéfique pour le rural. Tout en préservant la nature, en créant des infrastructures, en mettant en place de petites unités hôtelières ou des auberges et en proposant au touriste de l'intégrer dans la communauté en le faisant participer aux activités quotidiennes des populations des différents villages ».