L'agriculture bénéficie de la priorité dans les différents plans de développement pour plusieurs raisons:
• sur le plan économique, elle contribue en moyenne pour près de 20% à la formation du produit intérieur brut et pour environ 28% au volume des échanges commerciaux extérieurs;
• sur le plan social, elle fait vivre 57% de la population totale et concerne 42% environ de la population active occupée.
L'importance particulière accordée à l'agriculture découle également du fait qu'elle doit assurer la nourriture à une population s'accroissant à un rythme très rapide. Les résultats obtenus en ce domaine sont variables et inégaux. Ainsi, la production des denrées alimentaires de base (céréales et huiles) reste insuffisante tandis que, pour le sucre et le lait, des progrès très sensibles sont enregistrés. Le taux d'auto suffisance en sucre, nul au début des années soixante, atteint actuellement plus de 60% et la satisfaction des besoins en lait et produits laitiers demeure stable, autour de 55%. Quant aux viandes, le recours à des sources extérieures d'approvisionnement est très limité et ne porte que sur des quantités infimes.
Le déficit alimentaire que connaît encore le Maroc ne peut s'expliquer uniquement par les sécheresses fréquentes observées ces dernières années. D'autres raisons fondamentales, d'ordre technico économique, sont à prendre en considération.
En effet, les potentialités naturelles de production agricole sont largement supérieures aux volumes des productions réalisées et peuvent être estimées à 10 millions de tonnes pour les céréales, 370.000 tonnes pour les huiles, 1,5 million de tonnes pour le sucre et 3 milliards de litres pour le lait. La politique de l'irrigation, dont le caractère positif réside dans la maîtrise, même partielle, de l'eau, n'a pas bénéficié, dans les mêmes proportions, aux principaux secteurs alimentaires. Ainsi son impact sur les céréales et les oléagineux, qui se situent essentiellement dans les régions d'agriculture pluviale, a été relativement faible. Pour plus de détails sur ce sujet, se référer à l’état des terres:Â
• inadéquation des structures agraires (morcellement excessif des terres, exploitations exiguës, persistance de statuts juridiques de terres peu propices...);
• insuffisance de l'utilisation des facteurs de production par rapport aux besoins d'une agriculture moderne; à titre d'exemple: le parc de tracteurs représente moins du tiers du nombre requis pour une mécanisation appropriée de l'activité agricole, l'utilisation de semences sélectionnées et des engrais ne couvre que le cinquième des besoins en la matière; développement limité des interventions de la Caisse nationale de crédit agricole, dont le nombre de bénéficiaires ne dépasse pas actuellement 300.000 alors que le nombre des exploitants agricoles est de 1,5 million;
• faible développement de la recherche et de la vulgarisation, qui jouent un rôle moteur dans la conception de technologies adaptées au contexte agricole et à leur diffusion;
• absence d'une véritable organisation des marchés agricoles pouvant assurer des conditions d'écoulement des productions profitables aux agriculteurs (circuits de commercialisation, stockage...).
Au vu de cette situation, un réajustement de la politique agricole s'est opéré avec, pour objectif, la réalisation progressive de l'auto suffisance alimentaire. Ce réajustement revêt différentes formes: Â
• mise sur pied de plans céréaliers et oléagineux en vue de compléter les actions déjà engagées pour le développement des zones boar (pluviales), notamment l'extension des projets de développement agricole intégré; exécution du projet de développement forestier; Â
• dans le domaine de l'élevage, poursuite des actions menées pour sauvegarder et reconstituer le cheptel, affecté par la sécheresse des dernières années; poursuite de l'effort déjà entrepris dans le domaine de l'équipement hydro agricole en vue de l'exploitation totale des ressources en eau mobilisables à des fins agricoles; une attention particulière sera accordée, plus que par le passé, à la petite hydraulique (notamment à la réhabilitation des périmètres traditionnels); Â
• accroissement de l'incitation à l'investissement privé en agriculture par l'extension des mesures d'encouragement à l'ensemble des facteurs de production agricole, et par la création envisagée d'un "Fonds de développement agricole" destiné à appuyer les efforts d'équipement et d'aménagement des exploitations agricoles.
