En 1980, la participation du secteur artisanal à la formation de production intérieure brute était estimée à 4%, ce qui permet d'évaluer la production artisanale à 2,6 milliards de dirhams, sur lesquels 70% représentent la valeur des matières premières utilisées et 20% la valeur ajoutée par le travail des artisans. Cet ordre de grandeur correspond à plus de la moitié de l'apport du BTP, aux trois quarts de celui de l'industrie extractive et au quart de la production des industries de transformation.
Depuis 1952, aucun recensement complet n'a été fait pour cerner les effectifs de l'artisanat. Mais si l'on admet qu'il existe près de 220.000 artisans producteurs, les indicateurs de la production soulignent la faiblesse de la productivité et la pauvreté de ce secteur. La contribution des différentes activités artisanales à la production d'ensemble du secteur est fort inégale. La fabrication des tapis occupe la première place. Les quantités estampillées sont passées de 800.000 mètres carrés en 1972 à 1,6 million en 1984 (soit près de 585.000 tapis, dont 124.000 modernes). En second rang, vient la maroquinerie, qui est sujette à une plus vive concurrence des produits livrés par l'industrie. La production des babouches demeure vivace (trois millions de paires annuellement). Enfin, les activités de transformation de métaux et de matériaux (céramique, bois, etc.) sont plus difficiles à évaluer.
Les exportations de produits artisanaux sont passées de 9,5 millions de dirhams en 1956 à 597 millions en 1984, soit une progression plus importante que la moyenne des autres secteurs d'activité. D'où l'amélioration de la position des articles artisanaux dans la structure des exportations totales.
La structure des exportations s'est profondément modifiée au cours de cette période: si, en 1960, les produits de la maroquinerie représentaient presque la moitié des ventes extérieures (45%) et le tapis seulement 15,6%, en 1984, le tapis devient prépondérant avec presque 65% des expéditions alors que la maroquinerie n'en constitue plus que 3%.
La structure des exportations s'est également concentrée: trois produits (tapis, maroquinerie et vêtements) interviennent pour près de 90% de la valeur globale des recettes; mais la pénétration des tapis dans les marchés traditionnels (notamment l'Allemagne) s'est ralentie ces dernières années en raison de la concurrence des produits similaires provenant d'autres régions du monde (Turquie, Népal), mais aussi de la baisse de qualité des produits locaux.
En ce qui concerne les investissements, les entreprises artisanales ont, en général, un faible degré de capitalisation. Comme le coût de rénovation des ateliers freine la progression de la production, les pouvoirs publics ont cherché à stimuler les investissements artisanaux par un code spécifique à ce secteur. Durant la période 1973 1985, les investissements agréés ont représenté 182 millions de dirhams, soit à peine 0,1% de l'investissement réalisé au niveau national pendant la même période. Les activités relevant des textiles (tapis, teinturerie, filature et vêtements) et du cuir (tannerie, maroquinerie, chaussures) ont monopolisé respectivement 50% et 28% du total des investissements; les entreprises artisanales situées dans les villes traditionnelles (Fès, Rabat, Salé, Marrakech) ou importantes par leurs marchés (Casablanca, Kénitra) ont drainé la presque totalité des investissements.

Les activités artisanales recensées employaient en 1980 presque 312.000 personnes, soit 6,5% des effectifs de main d'oeuvre occupée au niveau national, ce qui place l'artisanat en troisième position derrière l'agriculture et les services dans l'offre d'emploi total. Ce sont les activités de tissage, de tapis et de maroquinerie qui contribuent le plus à l'emploi artisanal. L'activité de travail est moins segmentée que dans l'industrie, mais elle demeure hiérarchisée en trois catégories qui définissent le statut des artisans dans chaque métier: le maître artisan, l'ouvrier artisan et l'apprenti.
Le poids relatif de telle catégorie ou de telle autre varie selon la prédominance du travail indépendant ou des patrons employeurs dans les divers corps de métiers. Aussi dans la tannerie, une plus grande proportion de la main d'oeuvre employée est formée d'ouvriers artisans. Par contre, le nombre d'apprentis est nettement plus élevé dans la poterie, le tissage et le tapis.
Le secteur artisanal souffre d'un sous emploi chronique. Le taux d'utilisation des capacités de production est faible en raison de la précarité des commandes et des défaillances dans l'organisation du processus de fabrication. Les conditions de travail dans l'artisanat sont pénibles et échappent à l'application de la législation sociale. Les salaires moyens des ouvriers artisans sont non seulement faibles mais subissent les effets des variations de la production et de la commercialisation. La rétribution à la tâche, et le salaire journalier ou hebdomadaire sont les modes de rémunération qui prévalent dans ces activités. Bien que les revenus des travailleurs indépendants soient en moyenne deux à trois fois plus élevés que ceux des ouvriers artisans, ils demeurent modestes. Les conditions de travail et de rémunération reflètent la précarité de l'emploi et des revenus dans ce secteur.