L'état s'emploie à atténuer ou à contrecarrer les effets néfastes de la sécheresse sur le plan humain :
Ne pensez-vous pas que la logique économique, contre tout raison, l’emportera sur la sécurité même de la planète ?
Je dois convenir que l'humanité, dans sa longue histoire, n'a jamais été aussi proche d'une catastrophe écologique universelle qu'elle ne l'est aujourd'hui. Elle est en train de payer à la nature un lourd tribut pour toutes les atteintes qu'elle lui a fait subir des siècles durant. Les cataclysmes de toutes sortes qui frappent la terre ces derniers temps ne sont, en définitive, que les conséquences d'actes inconsidérés ayant amené l'équilibre naturel au bord de la rupture.
Il ne faut cependant pas dramatiser outre mesure. Des erreurs ont certes été commises et continuent de l'être, peut êêtre qu'ici et là persiste encore une vision unilatérale ou une conception de la prospérité qui sacrifie l'avenir aux intérêts immédiats, mais je suis convaincu que le bon sens et la bonne volonté finiront par l'emporter.
L'éveil de la conscience de la majeure partie de la communauté internationale et l'évolution qui est en train de s'opérer dans sa façon d'appréhender certains dossiers - celui des changements climatiques par exemple - laissent la porte ouverte à tous les espoirs.
Vous avez la charge d’un département complexe et lourd. N’est-ce pas trop pour un seul home ? Quelle est la place de l’environnement dans ce département ?
Les quatre départements qui forment le ministère se complètent et leurs missions s'intègrent harmonieusement dans une stratégie commune dont le but ultime est d'assurer au citoyen un habitat décent dans un espace intelligemment organisé et un environnement salubre.
La complexité n'est donc qu'apparente et n'affecte en rien la synergie qui prévaut entre les différentes structures tant au niveau central qu'au niveau régional ou local. Cela a été possible grâce à la mise en place d'un système de pilotage de l'ensemble du ministère où je suis secondé par le Secrétaire d'État à l'Habitat et une équipe de cadres responsables et compétents.
La place que l'environnement occupe dans cette architecture est prépondérante. II a été récemment au centre des discussions de toutes les étapes du débat national sur l'aménagement du territoire et bientôt aucun projet d'urbanisme, aucune opération d'habitat ne pourront être validés sans une préalable étude d'impact sur l'environnement.
Quels sont les obstacles ou les problèmes que vous rencontrez ?
Les obstacles et les problèmes que je rencontre dans ce domaine sont d'une part des obstacles objectifs, c'est-à-dire que le degré de pollution, la déforestation, la dégradation de nos côtes et l'urbanisation rapide demandent des efforts financiers, techniques et humains gigantesques pour protéger notre environnement. Par ailleurs, notre pays doit se développer. Or, quelquefois se développer, c'est polluer et c'est cette équation que le Maroc a décidé de résoudre, c'est-à-dire assurer à notre pays un développement durable.
Quel bilan pouvez-vous dresser en metière d’ménagement du territoire ?
Le constat est lourd. Les accumulations de trois décennies de gâchis ont engendré des problèmes et des dysfonctionnements qui pèsent considérablement sur le présent et l'avenir du pays. On peut résumer ces problématiques spatiales en trois points: au niveau de l'urbain, au niveau du rural et sur le plan environnemental. Sur ce dernier point, la dilapidation de nos ressources naturelles est alarmante. À ce sujet, l'exemple de la ressource en eau est le plus significatif. Son exploitation anarchique couplée aux aléas climatiques place le Maroc en situation de stress hydrique et hypothèque d'une manière grave le développement du pays. Les autres problèmes ne sont pas de moins importance et ne font qu'aggraver le constat écologique : déforestation, érosion des sols, dégradation des nappes, pollutions... Pour les trois composantes : urbaine, rurale et environnementale, le facteur « croissance démographique » ne fera qu'accentuer cette situation en lançant à l'État des défis auxquels il n'est pas facile de remédier: chômage, déficit en équipements et infrastructures, pauvreté, exclusion... et qui auront des incidences inévitables en termes d'intégration et de cohésion sociales.
Quelles sont les grandes lignes du plan d’Aménagement ?
Le Schéma National d'Aménagement du Territoire (SNAT) en préparation, et qui sera présenté en 2002, a dégagé, sur la base d'investigations et d'analyses approfondies, des problématiques spatiales qui se déclinent en termes de questions fondamentales et décisives qui interpellent tous les acteurs, État, collectivités locales, privé et société civile, sur la nécessité de mettre en oeuvre une stratégie nationale d'aménagement et de développement durable du pays. Pour les questions fondamentales et les actions de base, elles s'articulent autour des axes suivants : gestion de l'eau par l'économie et la valorisation de la ressource, promotion des femmes et en particulier en milieu rural, intégration sociofonctionnelle des villes, formation et qualification du potentiel humain. Pour les questions décisives, on en retiendra cinq : la solution du problème foncier, la décentralisation et en particulier la régionalisation, le désenclavement rural, la promotion des métropoles, et la compétitivité industrielle. Pour les unes comme pour les autres, le SNAT apportera des propositions concrètes qui seront concertées et discutées avec tous les acteurs afin de retenir, ensemble, les solutions les mieux appropriées au développement soutenu de notre pays.
