Aménagement de maisons, objets de décoration traditionnels ou insolites, zen ou baroques, les maâlems de la dinanderie ont du travail en perspective. Surtout que les produits de cette. activité sont à la mode, tant au Maroc qu'à l'étranger.
Bronze, cuivre, laiton ont été depuis fort longtemps les signes distinctifs de l'aisance et de l'opulence, les répliques luxueuses d'objets que les ferronniers réalisent avec le fer. Ainsi, dans les riches demeures, la porte d'entrée s'orne d'un heurtoir de bronze, d'éléments de décor et de gros clous en cuivre, alors que les maisons plus humbles ont leurs répliques en simple métal. On voit aussi des verrous en bronze fermer les doubles portes intérieures, ainsi que des serrures délicatement ouvragées. Le travail du bronze se fait par la fonte, suivant une technique ancestrale que les décennies n'ont guère vu évoluer et qui se pratique aujourd'hui encore dans les forges.
Le moulage de la fonte se fait dans de la terre solidifiée, sorte d'argile. Après triage, malaxage, on pose la préparation dans un cadre de bois, première partie du futur moule. Une fois l'argile tassée, elle est recouverte d'une couche de poudre de charbon. Un second cadre en bois s'ajuste sur le premier, est rempli de terre que l'on tasse. Les deux parties du moule sont alors reliées. Une ouverture ayant été pratiquée, l'artisan y coule le métal en fusion. Très souvent, l'homme maintient simplement son moule en position verticale avec une pierre d'un côté et... son pied de l'autre. Lorsque le tout a refroidi, il sépare les deux moules et découvre alors l'objet désiré. Des apprentis liment la pièce et y apportent les dernières finitions.
C'est dans les mosquées que l'on trouve de somptueux lustres en bronze, pièces d'art gigantesques et étonnantes. Les dynasties qui se sont succédé sur le territoire du royaume chérifien ont laissé des exemples de ce travail d'une finesse extrême. Ainsi, les Almohades, pour la mosquée Qaraouiyine, les Mérinides, pour la mosquée de Fès Jdid ou la médersa Attarine à Fès.,. Contemporain, l'immense luminaire du patio du Musée de Marrakech est la fierté d'Omar Benjelloun, Président de la Fondation.
Délicates, les veilleuses servent pour les fêtes religieuses, dont la vingt-septième nuit du Ramadan, dite « nuit du destin », consacrée à la prière.
On trouve des ustensiles de cuivre et d'innombrables objets décoratifs en cuivre et en laiton, dans toutes les demeures et dans toutes les familles, des plus modestes aux plus riches.
Les mesures légales d'aumône, de la fin du mois de Ramadan, sont en cuivre ou en laiton. Le musée Dar Batha, à Fès, en possède de très beaux modèles.
Le matériel de cuisine, chaudrons et marmites, en cuivre rouge ou jaune, se trouve dans tout intérieur traditionnel.
Les lave-mains, que l'on présente aux convives, tout comme les lance-parfums, brûle-parfums et encens, plats à pain, tajines, pichets à eau, kanoun, tous élément sophistiqués et de goût sont indispensables pour un repas recherché.
Plateaux à thé, boîtes à thé et à sucre, petits marteaux pour casser le sucre doivent être présents pour honorer les hôtes. Les théières ont une place fondamentale, en cuivre, argent, métal damasquiné.

Dans les souks animés des villes, dans les quartiers plus excentrés et périphériques, dans les zones industrielles, l'activité est intense. Que ceux qui ont les oreffles fragiles, ou la migraine proche, fuient! Bruit de marteaux tapant sur les burins, pour découper, ciseler, décorer... Des jeunes découpent des « crotales », ces instruments métalliques sonores des Gnaouas. Artisans et apprentis donnent leur forme à des chaudrons de cuivre, des marmites, des lavabos. Chacun se concentre sur sa tâche dans un grand tintamarre. L'un façonnera un plateau alors qu'un autre en formera les bords, un troisième exécutera la soudure. De véritables artistes sont à l'oeuvre, suivant un immuable dessin, ou laissant libre cours à leur imagination fertile et leur fantaisie, c'est selon. Malgré la difficulté du travail, les rires et les plaisanteries fusent. À l'autre bout de cette chaîne se trouve le polissage, fait à partir de chiffons, sciure, sable et machines. Ensuite, il ne restera plus qu'à bien présenter la marchandise et à la vendre.
Nombreux sont ceux qui sont concernés, de près ou de loin, par l'activité de la dinanderie. Jeunes et vieux, apprentis et maâlems, vendeurs de matières premières, plaques de cuivre, éléments de décor, os et nacre, baguettes de soudure, verre blanc ou coloré. Les objets seront ensuite revendus par les bazaristes du souk ou à la criée, ou bien entassés dans des containers à destination de l'Europe ou des EtatsUnis. Bénéficiant d'une législation fiscale favorable, l'activité des dinandiers et ferblantiers, artisans par excellence, s'exporte bien et a un réel poids économique. Beaucoup de sociétés d'export proposent à leurs clients étrangers un choix très étendu de tout ce qui fait la richesse de cette spécialité, aussi bien dans des modèles traditionnels que d'autres, revus et corrigés, modernisés. L'artisan marocain sait si bien s'adapter à la demande, sinon l'anticiper. C'est sa grande force. Il suffit d'avoir l'idée de poser un col en cuivre sur un vase en tadlakt ou d'en orner un miroir new style pour créer de nouveaux produits qui mélangent tradition et modernité, Orient et Occident. Pour un artisanat marocain à la mesure du monde.