Au fin fond d'une vallée du Haut Atlas, à cent kilomètres de Marrakech, un paysage minéral abrite un splendide joyau de l'architecture musulmane: la Mosquée de Tinmel. Les chemins escarpés des montagnes furent les chemins de conquête du savoir et de la foi de la dynastie almohade. Impressions de voyage.
Nous venons de quitter Marrakech et ses jardins luxuriants qui embaument d'une infinité de sortes de roses. Les oreilles encore bourdonnantes des bruits de la ville, nous allons vers le calme profond des montagnes. Derrière nous, l'éphémère agitation des hommes, devant nous, les fronts enneigés de l'Atlas, immuable, qui domine de sa masse la plaine du Haouz et repousse le désert vers le Sud. Cette année, les pluies ont été généreuses. Ces conditions exceptionnelles déroulent des paysages d'une douceur pastorale à la veille du printemps. Champs d'oliviers et de céréales, allées d'eucalyptus, hameaux de maisons en pisé, troupeaux de moutons ponctuent des étendues désertiques. Plus on approche de la montagne, plus la parure verte se fait dense. Nous faisons une petite halte à Tahannaoute. Ancienne propriété agricole traditionnelle, elle devint un village plus important dès la construction de la route de Tizi n'Test. Ne cessant de s'accroître, elle acquit un statut urbain. Si la route dans Tahannaoute est large et belle, à peine sortons-nous de la localité que la route devient étroite et sinueuse. Le rouge de certaines montagnes évoque les rem parts couleur ocre de Marrakech qui furent construits contre la menace que faisaient peser sur la ville les tribus du Haut Atlas. Commence le règne du minéral, la montée vers Asni, un village à 1150 mètres d'altitude, au centre du cirque de Tamaraout, dominé par le plus haut sommet du Maghreb, le Toubkal. Un panneau de signalisation indique 12 kilomètres de virages. La montée est assez abrupte. Les graffitis des voyageurs, en langue arabe et française, sur les parois rocheuses, adoucissent la dureté primitive et essentielle de la nature. Un sentiment d'austérité et de puissance émane toujours de la montagne. Érosion et travail de la matière. Crispations et convulsions du temps. La nature, en plissements, reliefs et ravins, versants et vallées. Le silence absolu des montagnes et la solitude des cimes éveille en nous un sentiment de divin. Rien d'étonnant à ce que pèlerins et saints cherchent refuge au cœur des vallées ou sur les cimes des montagnes. Après le col d'Asni, avant de pénétrer dans la ville, se dresse, sur des hauteurs rocheuses, la zaouïa de Moulay Brahim. Dégagement céleste, il faut lever les yeux au ciel. Nous nous arrêtons un court instant. Un bourdonnement d'insecte. Le chant d'un coq. Le moment paisible est interrompu par un bruit soudain de moteur. Alors que nous nous apprêtons à gravir les trois kilomètres censés nous élever jusqu'au lieu saint, une série de voitures tout terrain nous dépasse en trombe, avalant les virages serrés sans la moindre appréhension, frôlant les montagnards, sur leurs mulets, qui se dirigent au trot vers le souk d'Asni. La modernité et le transport ancestral. Deux temps qui coexistent. Comme une évidence. « Le centre de Moulay Brahim est signalé depuis le XVII siècle, après l'installation du saint éponyme venu de Tamesloht (...). Sa position particulière, en bordure d'une dépression aux terres riches, lui confère un rôle agricole. Mais c'est la fonction religieuse qui prime, du fait des pèlerinages et du tourisme populaire, et qui explique l'accroissement démographique et la diversité des commerces », Maroc, Régions, pays; territoires, Tarik Editions. Chaque année, au moment du Mouloud, date anniversaire de la naissance du Prophète, la zaouïa organise un moussem et rassemble différentes confréries avec leurs chefs. Elle attire une foule hétérogène qui se rend au sanctuaire. « Des hommes, des femmes, des enfants, des dévots, appuyés sur leur bâton de saint, courent d'un groupe à l'autre, attirés par le roulement des tambours et le spectacle des danses. Les auberges et les pensions modestes proches de la zawiya sont combles: les étrangers qui n'ont pas trouvé de toit se voient obligés de s'enrouler dans leur burnous pour dormir à la belle étoile. Comme à Mawlây Abdellâh Amghar, près d'El Jadida, les jeunes filles vont et viennent dans la nuit, avec naturel et désinvolture. « L'enceinte sacrée de Mawlây Brâhîm est l'espace de la liberté », a écrit l'écrivain espagnol, Juan Goytisolo, lors d'un pèlerinage à Moulay Brahim. II s'était joint, lors de ce rassemblement, à ses amis gnâwa pour assister avec eux à la cérémonie de transe. Les membres de la petite confrérie se réunissaient de nuit sur l'une des terrasses du village.
