Saïdia : ville aux frontières de l'Algérie

Juste avant d'entrer à Saïdia, nous regardons la route presque parallèle à la nôtre, sur le territoire algérien. Nous croisons des voitures. Même végétation, mêmes montagnes, même espace géographique. Longue histoire commune avec nos voisins. Des moments de tensions et d'accalmies. Les premiers immigrés algériens vinrent au tout début de la conquête de l'Algérie par les Français. Ils formèrent très vite une classe commerçante aisée. Ils attiraient une clientèle de tradition citadine tlemçanie au goût raffiné. Les Algériens occupèrent aussi des postes d'enseignants. Certains furent  même nommés « Cadis » d'Oujda. Oujda n'était pas seulement un lieu de passage, elle sut aussi être un refuge. Pendant la guerre d'indépendance algérienne, elle a accueilli ceux qui demandaient un abri. Ouverture ou fermeture des frontières, les relations n'ont jamais vraiment cessé après le grand retour des Algériens dans leur pays. Bon nombre d'entre eux avait accédé à la nationalité marocaine. Des familles, comme aux abords de toutes les frontières du monde, vivent déchirées entre les deux pays.

Présentation de la ville de Saidia

Nous finissons notre voyage sur une ouverture, la mer. La mer Méditerranée. Des kilomètres de rivage. Le Sultan Hassan 1er fit bâtir une kasbah en 1883, sur la rive gauche de l'embouchure du Kiss. Saïdia, ville balnéaire, vit le jour sous le protectorat, en 1927, et fut dotée d'un poste de douane. Très vite, elle fut dotée d'infrastructures: hôtel classé, maisons modernes, court de tennis, terrain d'aviation... Marocains et Européens y vivaient. Pendant toute la période du protectorat, les Européens d'Oujda y passaient leurs vacances. Saïdia était leur principale destination. « Nous passions les trois mois de vacances à Saïdia. On n'attendait que ça, se retrouver sur la plage. Dès que nous avions des vacances, nous partions là-bas. C'était magnifique, raconte Nicole Niel. Toute la région venait se dorer au soleil sur ses plages s. « En 1960, après le départ d'une partie de la colonie européenne, Saïdia comptait un demi-millier d'étrangers, soit 45 % de ses habitants. Seulement, ce chiffre comprenait à la fois les Européens et les Algériens », note Abdelkader Guitouni. Saïdia a accueilli beaucoup d'Algériens lors de la guerre d'Algérie. Même si la plupart de ces derniers retournèrent vivre en Algérie dès les premières années de l'indépendance, beaucoup revinrent en tant que touristes. Tant que la frontière était ouverte. La population étrangère diminua fortement, mais le nombre d'habitants s'accrut pendant quelques années pour se stabiliser. Saïdia connaît une affluence extraordinaire durant deux mois, en été, au mois d'août surtout. Il s'agit essentiellement d'un tourisme régional, de Taza, de Fès, mais aussi du retour des RME (résidents marocains à l'étranger). Ces derniers apportent avec eux un mode de vie et de se vêtir, différents.

Saïdia s'est fait connaître avec le Festival de musique gharnatie. Le concept est actuellement repensé, afin d'éviter que la manifestation ne se sclérose.

Avant de quitter Saïdia, nous jetons un dernier regard vers l'Algérie. Si L'Oriental est plus que jamais résolu à penser le développement de la région en trouvant, d'abord, en ses potentialités des solutions, il est aussi conduit à devenir, demain, le point privilégié de rencontres et d'échanges d'un futur Maghreb uni. Comme l'a souligné le wali, Larbi Sebbari-Hassani: « Oujda occupe une position principale au niveau du Maghreb, car le Maghreb se fera bien un jour ».

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