Au pied des montagnes du Moyen Atlas, dans les environs de Fès, la ville de Sefrou offre l'occasion de redécouvrir une cité considérée jadis comme un « paradis terrestre ».
Paisible et accueillante, Sefrou éblouissait les voyageurs. Dans ses Notes Marocaines (Edition Rencontre - 1958), Colette raconte notamment la visite de cette ville pittoresque, dans les années vingt. L'écrivain français parle de « paradis terrestre, à peu près tel que nous l'imaginons » et décrit une « flaque de terre fertile, juteuse, toute frémissante du rire de l'eau. La grenaderaie flambe, la cerise enfle, le figuier sent le lait, l'herbe livre son suc dès qu'on la froisse. La rose du Bengale maîtrise la vigne ». Elle évoque un lieu si doux qu'il « fait l'homme aimable les garçons sont beaux, les jeunes juives lisses, étincelantes... ».
Si rien ne filtre sur la création de la ville, celle-ci aurait été bâtie avant Fès, selon les Sefriouis qui se plaisent à raconter qu' «on allait de la ville de Sefrou au village de Fès». Réalité ou légende ? Idriss 1er, lorsqu'il lança le chantier de Fès, se serait établi deux années dans cette ville de Piemont (807) et aurait résidé au dechar situé à présent au sud de la médina qu'il aurait baptisé « habbouna » (le village de ceux qui nous ont aimés), en signe de reconnaissance pour l'accueil chaleureux des habitants de la ville pendant sa campagne d'islamisation.
Surnommée également a la petite Jérusalem », Sefrou abritait la plus importante communauté juive du Maroc, avant qu'elle ne rejoigne massivement Israël à partir de 1948. Les juifs y étaient plus nombreux que les Berbères et les Arabes et l'on raconte que tout le monde vivait en parfaite harmonie.
Au fur et à mesure que l'agitation de Fès s'égrène et que les champs d'oliviers se succèdent, Sefrou se révèle de plus en plus proche Une vingtaine de minutes plus tard, ses premières habitations apparaissent, puis c'est au tour de sa médina et de ses habitants. Une sérénité et une douceur de vivre se dégagent rapidement. Bienvenue à Sefrou. Nous sommes à trente kilomètres de Fès, perchés à 850 mètres d'altitude. D'emblée l'envie de sentir et de définir ses contours se ressent. Et pourquoi ne pas chercher les indices qui lui ont valu d'être comparée à un paradis terrestre ? La médina s'impose devant nous avec ses vieux remparts ocres, datant du XVIIIe - début XIXe siècle. L'une de ses portes se présente, nous nous faufilons à travers elle. Elle débouche sur une ruelle animée et bruyante avec son lot de marchands de disques et DVD en tout genre. Vêtements fil à coudre et boutons, coiffeurs, barbiers et autres joyeux bazars défilent également. Nous marchons tout droit, en longeant la blancheur des murs et un cours d'eau, l'Oued aggai sur notre droite. L'eau est bien connu des habitants de Sefrou pour ses crues dévastatrices dont la plus marquante remonte à l'année 1950. En levant les yeux on aperçoit même une marque, à environ trois mètres de hauteur, indiquant le niveau atteint. Les ruelles transversales se multiplient. C'est le début d'une aventure labyrinthique avec ses impasses, ses cours, ses galeries, ses portes closes et colorées qui semblent conserver des secrets centenaires. Il y a aussi des passages aux plafonds étonnamment bas où nous devrons nous baisser pour poursuivre notre chemin.
Des places apparaissent ici et là, des petites, des plus grandes, mais toutes reproduisent les mêmes scènes: des enfants jouant ou s'éclaboussant près des fontaines, des anciens palabrant inlassablement. Il est bientôt l'heure du déjeuner et les odeurs qui châtouillent nos narines indiquent que les femmes sont en train de cuisiner.
