Sahara Marocain : Smara

Comment un lieu sauvage et brûlant perdu au fin fond du Sahara a-t-il pu attirer deux hommes, Michel Vieuchange et Ma El Aïnine, qui ne se sont jamais connus et qui ont consacré toute leur énergie et même sacrifié leur vie à ce « lieu herbeux » (signification du nom Smara) ?

Smara, la ville du Sahara loin de partout et près de nulle part :

Une bibliothèque est constituée avec les propres ouvrages du Cheikh et de nombreux autres. Quelques ruines de ces bâtiments subsistent encore aujourd'hui, mais dans un état de délabrement alarmant ! Il faut dire que la destruction de la ville par les colonnes militaires d'occupation n'a rien épargné, comme toujours dans ces cas là. Et ce que les militaires ont laissé, le feu l'a achevé !

Le Smara : le rêve de Michel Vieuchange

Lorsque que le jeune Michel Vieuchange, déjà épuisé par les difficultés de son voyage, arrive près de Smara, il exige qu'on le libère du Chouari, malgré les craintes du Chibani. Personne, mieux que lui, ne peut décrire l'émotion en voyant enfin la réalisation de son rêve.
Voici ce qu'il écrivit : « L'appareil photo à ]a main, je marche vers ]a ville. En contre bas, dans un désert sans végétation - et c'est impressionnant, cette terrible nudité - je n'aperçois, distinguant mal, qu'une cité de mirage. Comme des terrasses de ]a même couleur que le sol que je foule, et une coupole jaune claire.

Un peu plus loin, la ville apparaît toute entière : les deux kasbas, la mosquée, les maisons à demi détruites et, seule verdure à droite les palmiers le long de ]'Oued. Je commence l'exploration de la ville. Ces rues où allèrent des hommes... Je pense à Caillié
portes, son rnirhab dont le revêtement est plus clair, et devant lui cette chaîne qui pend sans son lustre. Je trouve, en sortant, ]'escalier qui mène au minaret. De ce sommet partait la prière vers les quatre coins du Sahara, vers le désert parsemé de guitounes.

Je me trouve en ce moment sur le front de Smara, faisant face au Sud-Ouest. Une vaste plaine désertique s'étend devant elle en contrebas, car la ville se trouve placée sur une falaise de 6 à 7 mètres de hauteur. A 300 mètres de là, la petite kasba. Je me retourne cependant et la ville s'offre à moi sous son aspect le plus impressionnant : face au désert que je foule, déserte elle-même... »
Michel n'oubliera pas, avant de quitter définitivement « Smara, ]a ville du Sahara loin de partout et près de nulle part », de laisser un souvenir en enterrant un message placé dans un flacon d'alcool de menthe, dans un angle de la cour en ruine, avec ce texte :
« Mon frère, Jean Vieuchange et moi-même, Michel Vieuchange, Français, avons fait en commun ]a reconnaissance de Smara, chacun se chargeant d'une part de ]a mise en oeuvre, mon frère du soin de me secourir au cas où, captif ou blessé, je ]'appellerais, moi-même pénétrant dans l'oasis le premier novembre 1930.»

Et il ajoute au flacon leurs deux cartes de visite, les enterre et met quelques pierres dessus.
Telle est l'histoire des ces deux hommes aux destins si différents, le premier grand Cheikh au rayonnefou du désert » ces moments difficiles.
« Mis dans un couffin de vannerie vers midi. Presque aussitôt, quand on serre les cordes et qu'on les arrime, quand la bête s'étant levée, on donne un coup d'épaule dans celui où je suis pour le remonter - de sorte que le haut en même temps se ferme - je sens que ce ne sera pas drôle. Un épais burnous de laine jeté sur la fête me protège du fort soleil et en même temps m'étouffe. Je suis, là-dedans, replié comme un foetus. Cette coque, cette impuissance absolue à faire le moindre mouvement, pieds ou bras, étreignante, presque angoissante quand, éprouvant le besoin de bouger insensiblement son pied meurtri, on sent l'impossibilité de le faire. II faut rester tel qu'on vous a mis là. Au début, je supporte assez bien, puis chaque muscle de la bête qui remue contre moi, je le sens aller et venir. Insensiblement gênant, puis douloureux. Puis mon épaule coincée. C'est cela le plus dur. Pourtant je ne puis songer à sortir du chouari . »
Tout son voyage se déroule dans une souffrance physique presque permanente et les risques sont de plus en plus présents au fur et à mesure qu'il approche de Smara. But mythique. Sans compter les longues journées d'attente à Tigilit où il reste bloqué par la situation trop risquée pour partir comme prévu. Quand il arrive enfin à Smara, il n'y reste que quelques heures seulement, forcé de quitter au plus vite ce lieu interdit pour ne pas risquer sa vie. Il a à peine le temps de prendre quelques photographies qui ont pratiquement disparu aujourd'hui. (Voir la description de son arrivée au paragraphe suivant)

Puis vint la maladie qui le détruira chaque jour un peu plus. Une dysenterie incroyablement forte, probablement contractée en buvant l'eau croupie des Oueds et des flaques d'eau du désert.
Enfin, après des heures et des jours de souffrance indicible, la mort frôlée à plusieurs reprises, il arrive près de Tiznit où son frère, prévenu par un messager vient à sa rencontre sur la piste. Son état est si délabré qu'il faut le transporter d'urgence en Agadir par avion. Les pilotes de l'Aéropostale, seuls à utiliser des avions dans la région s'en chargent avec dévouement., Mais c'est déjà trop tard pour Michel Vieuchange. Malgré les soins prodigués à l'hôpital de la kasba d'Agadir, il meurt d'épuisement et de dysenterie. Il a juste le temps de discuter avec son frère et dicter un télégramme pour ses parents. Il a acquis, avant de mourir, une sérénité intense et accepte sa mort avec calme, réconcilié avec la religion catholique.

Il a réalisé son rêve ! Il a atteint le bout du désert et Smara, le 30 novembre !

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