Tiznit, une ville au sud du Maroc

Nous sommes à l'affût de l'image. Deux sensibilités, deux regards en quête de la scène, du visage, du paysage. De l'image qui révèle, montre, cache, étonne, n'étonne pas, dit, ne dit pas. Deux visions qui se croisent et se rejoignent.
Il y a le spectaculaire, l'évident. L'image que chacun aurait pu faire, a déjà fait. Puis il y a le point de vue. Le détail. Nous arrêtons la voiture, quatre femmes en melhafa, chacune sur un âne qui trottine au bord de la route. Pittoresque? Il faut être vigilant pour ne pas être tenté. La circulation des camions de transport de marchandises et de voitures est intense.

L'entrée de l'ancienne ville de garnison déroule son long paravent de remparts en pisé. Tiznit, longtemps enceinte dans ses belles murailles, s'étend extra‑muros. Des arbres taillés ornent l'avenue. Nous sirotons un thé. La menthe, dans les régions sèches, a une tout autre saveur. Tiznit tirerait son nom de celui d'une sainte femme, Lalla Zninia, qui, selon la légende, se serait repentie de ses péchés. Dieu, en signe de reconnaissance, aurait fait jaillir une source à ses pieds, la source bleue, AIn et kdim. La femme et l'eau, deux sources de vie. La ville actuelle date principalement de la fin du XIXe siècle et du début du XXe. Les remparts s'étendent sur cinq kilomètres de longueur et sont entrecoupés par trente‑six tours de garde et neuf portes. Cet ouvrage colossal dont la ville peut s'enorgueillir, achevé en 1885, a été érigé par Moulay Hassan Icr. Tiznit fut un temps la ville qui permettait de contrôler les Berbères de la région, les Chleuhs, puis elle fut le foyer de la résistance contre le protectorat français à travers le personnage d'El Hiba. En réaction contre le traité de Fès, El Hiba se fit proclamer Sultan et dressa, avec les tribus de l'Anti‑Atlas, la rébellion.

Tiznit tenait son importance de contrôle du passage vers le Draa. L'agglomération se réveillera vraiment au cours des années quatre‑vingt, grâce à l'émigration vers l'étranger. Les investissements des émigrés de l'antiAtlas ont permis le développement de la ville. « Située assez à l'écart du cour dynamique du Souss Massa, elle a peu profité de la modernisation de l'agriculture. Promue chef‑lieu de la Province, confrontée à l'arrivée massive d'émigrés de la région qui la choisissent comme point de chute de leurs investissements ou pour y installer leurs familles ainsi qu'à l'augmentation du trafic routier vers les Provinces Sahariennes, elle connaît une certaine relance » “ Maroc, régions, pays, territoires », sous la direction de jean‑François Troin).

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Le royaume des anisons orfèvres

Pas un bijoutier dans les villes du Maroc où l'on se hasarde à demander la provenance d'un beau bijou en argent que l'on admire qui ne vous réponde « Tiznit ». La ville du Souss Massa Draâ, au sud d'Agadir, devient le lieu de pèlerinage pour tous ceux qui vouent une véritable passion au travail de l'argent par les héritiers d'un savoir‑faire juif‑ origine de l'art de l'argent de Tiznit ‑' les maîtres bijoutiers et tous les artisans impliqués dans la fabrication d'un bijou: fibule, bracelet, pendentif, anneau de cheville, collier... Tiznit n'est pas seulement une ville qui abrite un souk aux bijoux, elle est la ville qui vit pour et par le travail de l'argent. Quatre mille maâlems vivent du travail du métal blanc qui constitue l'essentiel des apparats de tradition berbère. Deux cents boutiquiers en vendent. Il faut prendre le temps de visiter une coopérative ou simplement des artisans pour les voir à l'oeuvre et prendre la mesure du travail minutieux qui est nécessaire. La matière première devient de plus en plus chère. « L'argent pur se négocie aujourd'hui à plus de 4 dirhams le gramme. Certains bijoux et objets nécessitent l'emploi d'un argent pur! », explique Naser Mohamed qui tient une boutique à la Kissariat Nour, dans la place du Méchouar qui tient lieu de centre ville. Les artisans ont de plus en plus de difficultés pour s'approvisionner en métal blanc. Coût de l'argent, mais aussi rareté de la matière. Pourtant, le Maroc possède des mines, essentiellement à Ouarzazate, mais leur production est destinée à l'exportation. Certains fondent d'anciens bijoux ‑ un riche patrimoine qui se perd ‑, pour récupérer le métal, d'autres ne peuvent tout simplement plus exercer leur art. Le ministère du Travail a encouragé le regroupement en coopératives.

Il en existe deux importantes actuellement L'une d'elles, la coopérative Essafa, regroupe huit personnes dans un atelier où tout visiteur peut s'étonner de la modestie du lieu et de moyens mis à la disposition des artisan Cinquante artisans travaillent dans la coopérative, chacun avec cinq ou six personnes. La coopérative n'est pas une réponse suffisant L'organisation du marché de l'argent se révèle urgente. D'autant plus qu'il semblerait que la mode actuelle soit au métal jaune. De nom breuses boutiques se sont spécialisées dans la vente de bijoux en or. Le ministère du Tourisme a tenté de revaloriser l'activité du métal blanc. Le styliste Karim Tassi a proposé aux artisans de Tiznit de choisir le symbole de la main de Fatima et de créer une collection de bijoux liant l'argent et le cuir. Mains ciselées, gravées, filigranées... Le bijou était le fruit d'une imagination alliée à un désir d'innovation et à la maîtrise d'une technique. La précision, la finesse et le savoir‑faire de certains bijoutiers de Tiznit ont séduit au‑delà des frontières à l'occasion de concours internationaux ou d'expositions internationales. Dans un cadre splendide, celui des villages du Haut et de l'Anti‑Atlas, des artisans, regroupés en fratrie, se consacrent au travail de l'argent. Les joyaux fabriqués sont vendus lors des grands souks des villages avoisinants.