VOYAGE MAROC

Plaisirs estivaux

Elle commence à partir du phare El Hank, se poursuit en longeant la Fondation saoudienne Ibn Seoud qui surplombe la mer et rassemble, depuis 1985, une mosquée, un centre d'études supérieures et une bibliothèque moderne, continue jusqu'au parc d'attractions Sindbad (en mauvais état) et finit au Marabout de Sidi Abderrahmane. « Un tour de Corniche? Le bord de mer, là où l'on file droit au vent, c'est le lien qui relie la ville et ses différents quartiers. À Casa, on a la possibilité, à quelques minutes d'intervalle, de choisir le genre de vie que l'on veut vivre », écrit Jean-Michel Zurfluh dans son texte « Casa, objet de mon désir ». La côte était déjà un centre de loisirs à partir des années quarante-cinq. « Une séquence de piscines d'eau de mer est creusée après dynamitage des rochers et remodelage du rivage, jalonné désormais d'enseignes exotiques (...). Les établissements de bains avec plages de sable sont conçus comme de véritables lieux de rencontre et de sociabilité, où le corps sportif est certes mobilisé (...), mais où l'aspect ludique et nonchalant, sinon sensuel, prime », « Casablanca, mythes et figures d'une aventure urbaine ». La Corniche, avec ses boîtes de nuit, ses cabarets, ses spectacles d' « Oriental Girls », ses glaciers, ses cinémas inspire aujourd'hui à la fois quelque chose d'effervescent et de désuet. Le matin, quelques femmes font leur marche, tchatchant avec entrain. À la nuit tombée, aux premiers jours de chaleur, toute une foule arpente la côte. Des voitures roulent lentement. Les conducteurs en chasse regardent les filles à talons qui évaluent la marque de la voiture. Des jeunes hommes sans le sou suivent et sifflent les corps qui se balancent devant eux. On drague. Un léger brassage populaire englobe les habitants de différents quartiers. Mais la ségrégation est maintenue dans la jouissance des plaisirs de l'eau. Un pan de plage est ouvert à la baignade pour les habitants des quartiers populaires. Mais plus on est riche, plus on va loin. Des clubs exclusifs permettent à la jeunesse dorée de Casablanca de profiter de la côte au coeur même de la ville. Tahiti-Plage, créé en 1952, était « l'emblème des joies de la baignade ». Aujourd'hui, pratiquant des prix sélectifs, il est devenu l'emblème d'une classe sociale. Malgré toute cette infrastructure de loisirs, la Corniche n'est pas encore parvenue à construire l'image de Casablanca, ville balnéaire ou estivale, à l'instar de Nice, Cannes ou Rio. Le nouveau projet de port de plaisance modifiera-t-il cette perception ? Verra-t-il affluer un tourisme national et international?

Les Laissés-pour-compte

Le 16 mai 2003, le bidonville de Sidi Moumen, une immense cité de la périphérie de Casablanca, devenait tristement célèbre. C'est d'ici, espace urbain le plus déshérité, que venaient les kamikazes auteurs des attentats qui ont fait ce jour-là 43 morts. Quartier longtemps resté à l'agonie pour des raisons de problèmes fonciers, la construction en maçonnerie légale était réduite. Sa situation l'a mis très tôt à l'abri de toutes sortes de contrôles. Les lotissements clandestins se sont très vite multipliés, le phénomène de « bidonvilisation » s'est développé. Les deux tiers des logements sont de véritables cages à lapin ». La police y pénètre difficilement. Le chômage y bat des records. Une population nombreuse tente de survivre. L'irruption et la frappe des kamikazes bidonvillois dans des lieux symboliques a rappelé à une population casablancaise qui préférait jusqu'alors ignorer la misère périurbaine, la fracture sociale et croire à une version modérée de l'islam politique, l'abandon d'un espace urbain de la ville où les jeunes sans emploi et sans espoir sont la proie de toutes sortes d'endoctrinement. En 2002, Fouad Kerdoudi, un ivrogne qui gagnait sa vie grâce au haschich, fut lapidé dans le bidonville, sur une petite place. Casablanca est une ville marquée par ses révoltes, ses rébellions, ses revendications sociales. Ville d'ouvriers, de syndicalistes, d'étudiants... des dates sont imprimées dans les mémoires. 1950, « les laissés-pour-compte des faubourgs revendiquent leur place au soleil, enflammés par le meurtre d'un leader syndical tunisien, Ferhat Hachad : 1 000 morts », Zakya Daoud. 1965, des lycéens protestent contre une circulaire du ministère de l'Education interdisant le redoublement à certains lycées. Bus incendiés et pavés arrachés. L'émeute est réprimée dans le sang: 1000 morts. 1981, une partie de la population se soulève contre les augmentations des produits de première nécessité. La révolte, violente, entraîne une répression sanglante. Les attentats du 16 mai ont provoqué le réveil d'une partie de la population civile. Des associations, avec à leur tête des femmes, s'investissent dans les quartiers défavorisés. Quelques rares associations, comme Bayti, travaillaient déjà dans les milieux défavorisés. Une course à pied pour la sensibilisation au cancer du sein, organisée par « Coeur de Femmes » a pris son départ à Sidi Moumen. C'est aussi là que la même association construit un centre d'hébergement pour les malades cancéreux. Yasmina Filali, fondatrice du Centre Culturel « Fondation Orient-Occident », dans un quartier populaire de Rabat, vient d'ouvrir, après de patientes et longues négociations, un Centre à Sidi Moumen.

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