VOYAGE MAROC

À L'ORIGINE ÉTAIT ANFA

À l'origine était Anfa. C'est ainsi que Léon l'Africain la cite dans son oeuvre, en lui attribuant des origines romaines. Pour d'autres, elle est berbère. La ville de Casablanca a été jusqu'aux années 1900 circonscrite au périmètre de ce que nous nommons aujourd'hui l'ancienne médina. « Casablanca, historique et guide de l'ancienne médina », publié aux éditions Senso Unico, à Mohammedia, nous convie à la visite. Par Abdallah Duboy/Photos Senso Unico

Un peu d'histoire. Dès le xn' siècle, Anfa est décrit par le géographe A1 ldrissi comme un port commercial actif, avant de devenir avec les vicissitudes de l'histoire, un repaire de corsaires. Détruite par les Portugais en 1468, pour cette raison, la ville s'endort pendant trois siècles, jusqu'à l'avènement du Sultan alaouite Sidi Mohamed Ben Abdallah (1757-1790), qui la dote de mosquée, médersa, hammam, et la peuple. En 1794, Anfa devient Dar el-Beida, la Maison Blanche, puis Casablanca en espagnol. Dès le milieu du XIXe siècle, avec l'essor de la ville, qui compte alors huit mille habitants, dont un tiers d'Israélites, les consulats s'installent, ainsi que des marchands de toutes nationalités. La Conférence d'Algésiras va attribuer en 1906 l'aménagement du port de Casablanca à la France, dans le but de favoriser son essor commercial. Puis, en 1912, ce sera le Protectorat, jusqu'à l'Indépendance, en 1956, voilà cinquante ans.

Les années 1900

La ville de Casablanca se confond en 1900 avec ce que l'on nomme aujourd'hui l'ancienne médina. Entourée de remparts, sur un pourtour de quatre kilomètres, dont une partie séubsiste à ce jour, elle recouvre une cinquantaine d'hectares et s'ouvre par quatre portes, Bab el-Kevir, Bab erReha, Bab Marrakech et Bab el-Marsa, qui donne alors directement sur la mer. Trois quartiers la divisent. La Médina proprement dite abrite la bourgeoisie marocaine, musulmane et israélite, de belles constructions, les administrations locales, les consulats de France, d'Angleterre, d'Espagne, quatorze vice-consulats et une grande part de l'activité économique. Les principales mosquées s'y trouvent, des zaouüyas et des sanctuaires, lieux de visites, pèlerinages et moussems. Pour les Chrétiens, l'église des pères franciscains et une chapelle. Autre quartier, le Mellah, à l'habitat plus disparate et moins sophistiqué, est alors très peuplé et comporte de nombreuses synagogues. Enfin, dans le quartier populaire du Tnaker, à l'habitat en pisé ou en roseau, la salubrité n'est pas vraiment de mise. L'ensemble de la population s'élève à 25 000 habitants, toutes religions confondues, cette croissance provenant d'un important exode rural lié aux conditions économiques locales. De riches marchand de Fès et Rabat la complètent, ainsi que les agents du Makhzen. La communauté israélite s'accroît, ainsi que le nombre des étrangers, Espagnols essentiellement, Français, Anglais, et quelques Allemands, Italiens et Portugais: commerçants, employés des consulats, médecins, artisans, maraîchers. À l'époque, la médina est entourée de vergers et de jardins, de l'oued Bouskoura, et des cimetières, musulman, israélite et catholique, c'est à peu près tout!

L'expansion de Casablanca

Avec le Protectorat et l'expansion de la ville, la médina connaît d'importantes modifications, qui ne feront que s'accroître au fil du temps. La construction des installations portuaires accélère le processus, avec l'augmentation de la population, nationale, étrangère, européenne et française surtout. La bourgeoisie, les classes aisées quittent l'ancienne médina pour la ville nouvelle et la nouvelle médina. Loin de disparaître cependant, elle ne fait que se modifier. Elle se paupérise, les maisons sont rehaussées et souvent morcelées, les constructions, faites de bric et de broc. On note surtout une incroyable expansion du nombre des israélites, qui dépasse peu à peu, et de loin, le nombre des musulmans. Ainsi, à la fin des années quarante, les quartiers de la Médina et du Mellah comptaient 7 000 musulmans pour 29 000 israélites. Le quartier du Tnaker, 18 000 musulmans et 16 000 israélites. Cette population va cependant émigrer vers l'Europe, l'Amérique, l'Etat d'Israël à partir de sa création en 1948. Ce flux va s'accentuer au moment de l'Indépendance, en 1956, et suivra les remous du conflit israélo-arabe. Les logements ainsi libérés sont alors occupés par des musulmans, et la population actuelle de l'ancienne Médina s'élève à un peu plus de 50 000 habitants.

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