Modifications structurelles et architecturales

La tour de l'horloge, construite en 1910, est détruite en 1948, puis reconstruite en 1993, mais pas sur son emplacement initial. La partie nord du rempart est démolie en 1922, puis la partie sud. Les boulevards des Forces Armées Royales et Houphouët-Boigny sont percés. Juste à côté, la place des Nations Unies remplace un jardin et l'hôtel Excelsior s'y élève en 1917. Les travaux d'aménagement du port font reculer la barre de rochers qui le rendait difficilement accessible, et éloignent la médina de la proximité marine. Les jardins environnants sont remplacés par les inévitables rues et boulevards qui vont de pair avec l'urbanisation. On assiste ainsi à une ouverture structurelle de la médina sur l'extérieur, puisqu'elle est le point de développement de la métropole, et qu'elle en est le centre névralgique, tant économique que lieu de passage obligé. Elle s'inclut ainsi dans une perspective dynamique et moderne. À l'intérieur, cependant, le lacis de ruelles perdure, et à part des changements d'enseignes ou de destination, beaucoup de constructions restent les mêmes, parfois réhabilitées, ou bien laissées en l'état, se dégradant le plus souvent.

La Médina aujourd'hui

Extrêmement vivante, active et commerçante, la Médina reste toujours la Médina. Son tracé perdure, et l'on peut toujours s'y promener sans être importuné. Les noms des rues principales ont changé, ainsi que les commerces. Les petits souks intérieurs ont disparu, alors que subsistent des artisans, maroquiniers... Les fondouks et les dépôts de marchandises ont été remplacés par de grands ateliers, de menuiserie, par exemple. Le premier consulat d'Allemagne, devenu première banque d'Etat du Maroc est maintenant l'Hôtel des Amis. Les Grands Magasins du Louvre sont l'hôtel Candide. L'ancien consulat de France abrite la Goutte de Lait. Bab el-Marsa, la porte de la

Marine, qui donnait directement sur l'océan, nous fait déboucher sur le boulevard des Almohades, près du port. La Sqala, construite sous le règne de Mohamed Ben Abdallah, abrite un café-restaurant très tendance et une galerie d'art et d'expositions. Plus loin, une belle maison a réinventé le Rick's Café, du film mythique « Casablanca », avec Humphrey Bogart et Lauren Bacall. En soirée, les amateurs peuvent y écouter des airs de jazz.

Une bien jolie promenade

J'éprouve toujours un intense plaisir à parcourir les ruelles de l'ancienne Médina, ses places bruyantes d'activité, ses espaces verts. Le livre de M. Chavagnac, publié aux éditions Senso Unico, de Mohammedia, nous convie à la découverte. Sobre dans sa présentation, bien illustré d'anciens documents et photographies, de cartes postales d'époque, il relate l'histoire de Casablanca, de la vieille Médina et son évolution. Professeur d'éducation physique à la retraite, l'auteur est arrivé au Maroc presque par hasard, en 1963. Tombé amoureux du pays, il y réside toujours et le parcourt du nord au sud et d'est en ouest, été comme hiver. Dans son ouvrage, il nous fait partager son engouement pour la médina, et nous propose une visite guidée très détaillée. « En tournant le dos à la porte de l'horloge, descendez en direction du boulevard Houphouët-Boigny, puis tournez à gauche pour pénétrer dans l'ancienne médina par la rue El-Hansali (ex-commandant Provost) ». Ainsi débute l'invitation à la promenade. Il suffit de lever les yeux pour se projeter dans le passé, ou bien davantage se sentir un maillon de la chaîne qui relie ces étapes successives à notre présent et laisse présager du futur.

Demain...

Il est vital de savoir que rien n'est statique, que tout bouge, évolue. Qu'il n'est pas bon de s'attarder avec nostalgie sur une autrefois qui n'existe plus et ne reviendra jamais. Mais il faut aussi préserver ce patrimoine, le restaurer pour le sauver. La médina est en mauvais état. Les maisons et les bâtiments se dégradent, car non entretenus, faute de moyens ou par simple négligence. Pourtant, la beauté architecturale est bien là, par exemple, dans le quartier décrit au début du xxe siècle comme une petite Andalousie, où une tourelle de style espagnol s'élève toujours, dominant une petite impasse. Des initiatives ont déjà eu lieu, qu'il faut saluer. La Lydec a regroupé les fils électriques, ce qui est bien plus beau sur un plan esthétique; le pavage a été refait; des espaces verts ont été créés à la place de certaines constructions effondrées. Mais l'insalubrité est réelle et préoccupante pour les résidents. Il faut donc réagir. D'autant que la très grande et luxueuse marina va être construite à proximité immédiate, tout près du port, et insufflera demain et sans aucun doute une nouvelle vie à tout l'environnement. L'harmonisation entre ce lointain passé et notre futur si proche peut se réaliser par cette conjonction qui nous est habituelle, l'alliance entre tradition et modernité, dans un monde où la notion de luxe va de pair avec l'histoire et ses vestiges, restaurés et réinterprétés.

Publicité sur le Maroc par Google