La communauté juive du Maroc :
La communauté juive du Maroc s'est disloquée au lendemain de l'indépendance, abandonnant derrière elle mobiliers et matériels de culte judaïque ainsi que de la vie de tous les jours. Mais elle se distingue par l'attachement à ses valeurs nationales et ancestrales. Le musée juif de Casablanca, dirigé par l'infatigable Simon Lévy - qui s'est fait un sacerdoce de rassembler et de préserver ce patrimoine pour les générations futures -, en est une preuve tangible.
La communauté juive marocaine est l'une des plus importantes du monde arabe. De nombreux témoignages archéologiques, dont des lampes à huile ou des pierres tombales, attestent de la présence des juifs au Maroc bien avant l'occupation romaine. Avant l'indépendance, en 1956, ils étaient quelque 300000 à vivre dans toutes les régions du Royaume. Partis pour la plupart au Canada, en France, aux Etats-Unis ou en Israël, ils ne sont plus que 4 000 environ, à être restés au pays dont une majorité à Casablanca.
En plus de cette vraie hémorragie qui a vidé le Maroc d'une de ses composantes ethniques les plus actives, un autre drame s'est produit. Boiseries, mobiliers cultuels, costumes traditionnels, divers outillages ont été abandonnés dans des synagogues en dur ou en pisé, mais que des gens sans scrupules ont profanées en les pillant. Le trésor a pris les chemins sinueux des marchés noirs et ce commerce a fait le bonheur des touristes. Pire, un marché du faux est apparu et s'est vite développé. Ce qui a compliqué le travail du linguiste, M. Simon Lévy, qui, depuis le milieu des années quatrevingt-dix a eu l'idée de sillonner le Maroc à la recherche de tout objet ayant une relation fonctionnelle ou décorative avec la vie quotidienne du culte judéo-marocain. M. Lévy, aujourd'hui en retraite après une carrière de professeur à l'université de Rabat, n'hésite point à payer rubis sur l'ongle toute pièce du patrimoine hébraïque marocain pour la conserver au musée de Casablanca, sis rue Le Chasseur Jules Gros (Abou Dahabi) dans le paisible quartier de l'Oasis. Lequel musée a été discrètement aménagé dans l'ancien orphelinat Um Habanim (la mère des enfants) ou Um El Banin, si l'on veut trouver à cette dénomination un équivalent musulman.
Le musée est bien entretenu, impeccablement organisé et assez approvisionné en divers objets allant des rouleaux de la Torah (sefer Torah) ou de splendides hanoukka à des chaises ou des lames utilisées pour la circoncision en passant par de très beaux caftans (el kassawi el Kbira ou les grandes robes) portés par des poupées grandeur nature ou en miniature, sans oublier les magnifiques teba en bois richement ornées (l'estrade centrale sur laquelle officie le rabbin en lisant la Torah) ou encore de pittoresques bijoux et autres parures.
Le visiteur peut aussi découvrir une salle audiovisuelle pour écouter de la musique ou regarder des films documentaires ayant trait au patrimoine judéo-marocain. Il peut aussi consulter ou acheter divers livres ou écrits sur des thèmes similaires.
MI", Zhor Rhihil, conservatrice du musée, qui y travaille depuis la fin des années quatre-vingt-dix, en parfaite concertation avec M. Lévy, lequel s'occupe de plus en plus de la Fondation du patrimoine judéo-marocain (reconnue d'utilité publique) dont le musée est une émanation, se fait un plaisir de servir de guide à tout visiteur qui en fait la demande. Lauréate de l'Institut national d'Archéologie et du patrimoine (INSAP) de Rabat, M'°'= Rhihil, qui a fait plusieurs stages à l'étranger, dont New York, est devenue aujourd'hui une spécialiste de la culture juédo-marocaine. En 1996, quand le musée a été créé, « il était l'unique à Casablanca », explique M. Lévy. En dix ans, la Fondation peut s'enorgueillir d'avoir un fonds plus qu'honorable:sept synagogues ont été restaurées, dont celle de Ben Danan, à Fès, Nation, à Tanger Ben Gualid (Ben Walid), à Tétouan, et d'autres à Oufrane, dans l'Anti-Atlas (en pisé), à Kmiss Arazan (Taroudant, en pisé) et à Ighil n'ogho, dans le Souss (pisé). La plupart des objets présentés au musée datent du début du siècle. En fait, le pillage et la destruction des biens juifs étaient moins fréquents sous le protectorat, même si ce dernier n'était pas vraiment favorable à la présence juive au Maroc.
Le musée ne fait pas uniquement dans la conservation d'objets juifs ou l'exposition de photos ou de céramique en relation avec la culture hébraïque, il se charge aussi de la restauration. Ainsi, certaines synagogues, comme celle d'Oufrane, ont-elle été restaurées avec la l'aide financière de fondations internationales et surtout la collaboration de l'architecte marocain Abderrahim Kassou.
L'une des attractions du musée, ce sont deux synagogues reconstituées, l'une datant du XVIIe siècle (la synagogue verte de Meknès), l'autre de 1935 (Pariente, de Larache). « Le mobilier des deux synagogues est originel. Le récupérer était la seule solution pour le sauver. Le style de Pariente ne peut pas être hispano-mauresque car les colons espagnols chassaient les juifs », souligne Mme Zhor Rhihil.

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