S'évader à casablanca

Casablanca, ville du xxe siècle de Lyautey, à la fois ancrée dans le présent et tournée vers l'avenir, connaît la plus grande expansion démographique, spatiale, économique du pays et la plus grande mutation ethnique et sociale. Ville tout en contrastes où le grand luxe coexiste avec la précarité, ville de la finance où tous les espoirs sont permis et où les rêves peuvent se briser, c'est aussi celle où se manifeste une vitalité inventive.

Sur le trottoir d'une longue avenue, deux hommes assis à même le sol jouent aux dames avec des bouchons de bouteille; à côté d'eux, agité de personnes; sur l'asvive allure; nos deux personont oublié le monde qui les un va et vient phalte, des voitures filent à nages, modestement vêtus, entoure.

Sur le boulevard d'Anfa, un cheval blanc s'emballe entre les voitures qui crachent leurs fumées noires, un cheval sans harnachement, il continue son galop, son maître tente en vain de la rattraper.

Le long de la corniche, entre les villas cossues, de jeunes bourgeois, au volant d'une voiture de luxe, rejouent « la fureur de vivre », vitesse, défi, arrogance.

Un jeune homme hirsute titube entre des voitures à l'arrêt au feu rouge, il tend la main, frappe aux vitres, quémande une pièce. On devine un beau visage sous la misère.

On circule à Casablanca avec des images plein la tête, celles des films et celles de textes littéraires, et à ces images se superposent ou se mêlent celles que notre regard surprend, ici et là. Casablanca, toute tendue vers la modernité, incarne l'avant-garde urbanistique et architecturale du siècle dernier. Mais Casablanca et sa fièvre spéculatrice, ses maisons de rêves et ses bidonvilles qui s'accrochent aux périphéries et s'asphyxient entre deux quartiers luxuriants, incarne aussi la ville de tous les attraits et de toutes les perditions. Elle est la grande ville économique du pays qui attire depuis des décennies les populations de toutes les régions du Maroc. Elle est le lieu où s'édifient des richesses incommensurables et où se créent des no man's land qui broient les dernières espérances. Elle est la ville rebelle, la ville des revendications sociales et des émeutes. Dynamique et opulente, elle offre à des individus des possibilités de croissance, donne des illusions de liberté. Si Casablanca peut incarner une mémoire historique - sa fondation est ancienne - sa grande caractéristique est son ancrage dans le présent. On ne vit pas dans la nostalgie d'une tradition, dans le souci de la préservation d'un patrimoine et d'une fidélité à un héritage. On marque son appartenance à une société métissée venue dans la ville portuaire pour participer au rêve de la construction économique. Casablanca réalise le dessein qui lui a été octroyé. Le gain est son moteur. Et dans cette course au gain, les inégalités se creusent, deviennent criantes. La misère est la plaie saillante de Casablanca. Les classes aisées vivent de plus en plus dans la peur des agressions. On construit d'immenses demeures dans les quartiers qui perpétuent les ségrégations créées du temps du protectorat, on y consolide des systèmes de sécurité. Si les femmes faisant leur jogging sur la corniche exhibent de moins en moins des objets de valeur à leur cou ou à leur poignet, la richesse des uns et la pauvreté des autres restent ostentatoires. Mais l'argent n'est pas le seul élément qui contraste dans la population de Casablanca. Pour qui débarque dans la ville et prend le temps d'observer la population à une terrasse de café, ce sont les contrastes vestimentaires qui le frapperont. La jeune femme voilée croisera la jeune fille en mini-jupe. Une autre portera un voile avec un jean serré et des hauts talons. Une autre encore, avec une élégance ostentatoire, portera un voile en harmonie avec sac et chaussures. C'est sans doute dans ces images de femmes que l'on perçoit le mieux le mélange de populations aux aspirations et aux revendications identitaires différentes inventant sans le vouloir de nouveaux looks culturels.

Le flot ininterrompu de personnes et de voitures à Casablanca rappelle constamment la démographie impressionnante de la métropole et l'attraction migratoire qu'elle n'a cessé d'exercer. Quatrième ville d'Afrique, elle compte aujourd'hui près de quatre millions d'habitants représentant toutes les régions, toutes les campagnes et les villes du Maroc. C'est ce qui fait son originalité et sa curiosité pour qui sait distinguer le caractère composite de son peuplement.

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