VOYAGE MAROC


chechaouen : Les fleurs du mal

Car bien entendu, ce n'est pas aux agriculteurs rifains que profite le crime, Certes, le Maroc s'est bel et bien avéré le super producteur mondial de cannabis, selon une enquête récente rondement menée conjointement par l'ONUDC et l'Agence du Nord. Mais les 134 000 hectares flashés et calibrés scientifiquement par satellite au cours de l'été 2003 ne leur rapportent que 214 millions de dollars sur un chiffre d'affaires global de 12 milliards de dollars sur le marché mondial, Fermement décidé à combattre le mal, le Maroc promet de réduire à néant cette culture illicite et ravageuse d'ici une sing tame d'années. Mais la nature de la région, montagneuse, enclavée et surpeuplée n'est pas pour faciliter la tâche.

En dehors du cannabis, dont les Rifains tirent environ 20000 DH par an et par famille, la montagne, hostile et pauvre, n'offre guère de ressources pour nourrir ses nombreux enfants,

L'agriculture et le pastoralisme de montagne n'ont que de très faibles rendements. Toute « l'économie » de la région est basée sur cette agriculture purement vivrière (céréales, légumineuses et légumes destinés à l'autoconsommation), sur l'élevage et sur une arboriculture ne prodiguant que de maigres ressources.

La tentation est donc grande d'accroître les surfaces arables en détnaisant la forêt. Or, la culture du cannabis n'est pas seulement illicite. C'est surtout une activité prédatrice extrêmement dangereuse pour l'environnement. Un véritable massacre écologique. Après les deux ou trois premières années de culture de cannabis ou de céréales, la terre perd de sa fertilité, en dépit de l'adjonction massive d'engrais non adaptés. Saturée de ces engrais minéraux, que l'on trouve ici chez l'épicier du coin, la terre s'épuise à force de monoculture et le sol s'érode d'année en année. Lorsque les terres ont été épuisées, la progression des cultures se fait au détriment de la forêt, puis gagne les périmètres irrigués de montagne et le bord des oueds. Prélèvements excessifs de bois de chauffe, surpâturage, culture sur pente, la pauvreté entame ici son cercle vicieux sans grande échappatoire.

Après Kettama, direction Bab Taza, pour regagner Chaouen, La splendide cédraie que nous traversons, encore relativement dense, et la sapinière vers Bab Taxa ne doivent pas nous faire oublier que jadis, ici, la forêt était infiniment plus riche et plus belle, Dans les années cinquante, des étendues considérables du RU étaient encore plantées de pins maritimes, de thuyas, de chênes liège et de cèdres, De 1967 à 1987,40 % de la superficie couverte par les forêts a disparu, victime de défrichements. Selon le service de protection et gestion participative des écosystèmes forestiers du Rit (GEFRIF), le cannabis est responsable de la disparition de 1000 ha de forêt par an.

L'Europe peut bien légaliser la consommation de nos fleurs du mal, si elle le souhaite. Nous, nous avons tout intérêt à vite les arracher. Pour sortir le peuple rifain de sa misère. Ou ne serait-ce que pour sauver la forêt.

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