Rencontre avec Mohcine Louragli
C'est au détour d'une rue de Chaouen, tout là haut, dans le quartier de l'Ansar, que nous croisons Mohcine Louragli, l'oeil vif et l'invitation chaleureuse, qui nous emmène chez lui, dans sa maison atelier. Les murs du salon sont entièrement recouverts de dizaines de toiles représentant la ville et ses habitants, mais le plus étonnant, c'est une petite porte cachée derriere le téléviseur et qui donne accès à l'atelier de l'artiste...
Mohcine Elouragli est un peintre autodidacte qui travaille de jour comme employé dans un hôtel. Né en 1963, à Chaouen, il passe son enfance à l'Ansar, un quartier situé près de la source Ras El Ma, là où se trouve actuellement cette promenade aux lavoirs que les Espagnols de la Junta Andalucia ont ouvre à réhabiliter. Mohcine grandit dans la demeure familiale, dernière de la ville située tout en haut de la colline et abritant plusieurs familles, A l'âge de 7 ans, il intègre l'école coranique et, armé de ses premiers crayons, montre dès lors sa détennination à créer des formes sur le papier. « Très tôt, je me suis intéressé au dessin. A l'école, j'arrachais les pages de mes cahiers pour les noircir de paysages et de figures ». Ce qui lui vaut de subir régulièrement les coups de l'instituteur, furieux de le voir préférer le dessin à son enseignement. L'été 1977, il profite des vacances scolaires pour effectuer un stage à l'hôtel Parador, auprès de son oncle. Il finit par interrompre ses études et y accepte un travail à plein temps. « À l'époque, je dessinais dès que j'en avais l'occasion, avec un stylo sur un carnet que j'avais en permanence sur moi. Grâce à mes premiers salaires, j'ai pu me procurer des feutres et j'ai commencé alors à introduire des éléments de couleur dans mes dessins ». Le désir de peindre se fait plus précis. Il décide de créer ses propres planches en utilisant des matériaux de récupération. Sa mère, couturière et brodeuse, créait des motifs fleuris sur des coussins de soie. Les tissus qu'elle utilisait étaient enroulés sur des plaques en bois d'un mètre sur trente centimètres. Mohcine les récupère, les découpe et en fait des planches à dessins.
Il dessine alors plus activement et laisse libre cours à ses thèmes de prédilection: Je quartier de son enfance, les toits et les vues de la ville, les silhouettes de Chaounis en djellabah et les femmes en haïks. Ses premières aquarelles datent de cette époque.
Il quitte le Parador pour l'hôtel Asmaa. Il y croise souvent des artistes étrangers de passage, venus travailler sur la ville et ses environs. Mohcine les accompagne et observe leurs techniques. En 1983, arrive Manuel de Gracia, peintre espagnol célèbre dans son pays. Les deux hommes sympathisent immédiatement, Mohcine lui fait un dessin sur un bout de serviette. Manuel repart avec. Deux ans s'écoulent sans nouvelle aucune puis il revient à Chaouen avec un grand carton destiné à Mohcine: un chevalet, des toiles, des pinceaux, des tubes de peinture de toutes les couleurs, ainsi que divers matériels. C'est à partir de là que Mohcine se met véritablement à peindre avec conirne premier objectif de couvrir tous les murs de sa maison avec ses toiles, Son travail commence à être connu dans la ville, son patron et ses collègues de l'hôtel réclament ses peintures, qu'il préfère leur offrir souvent.
Première petite exposition à l'hôtel en 1986 conçue comme une animation.
Puis, en 1989, il rencontre un autre peintre, Mohamed Bakkali, qui le persuade de faire une exposition à deux à la Kasbah. Il se lie ensuite avec Mohamed Hakkoun, un autre peintre de la ville, avec qui il expose en plein air sur les murs du quartier de leur enfance. Suivront d'autres expositions à Rabat et à Mertola, au Portugal.
Aujourd'hui, Mohcine travaille huit heures par jour à l'hôtel et consacre le reste de son temps à la peinture et à sa famille - marié depuis 1990, il est père de 3 enfants. Profondément attaché à sa ville, il continue d'en décliner la couleur bleue à travers ses toiles. Il n'est pas de ceux qui aspirent à s'en aller... « Ce que j'apprécie par dessus tout, à Chaouen, c'est de pouvoir m'y balader, Chaque balade est un pur enchantement. Tout m'inspire dans cette ville: la promenade de Ras El Maa et la Mosquée Bouzaafar, tout comme un simple rayon de soleil sur une porte bleue
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