Andalou, Soufi ... Chants et musiques de Chaouen

La musique est sans conteste une des richesses de Chefchaouen et de sa région. Musique rurale et citadine, berbère et arabe. Les expressions sont multiples et fortes. Mais c'est vers la musique andalouse et la musique soufie, qui battent la mesure de la vie des Chefchaounis, que nous orientons cette fois-ci notre écoute.

La musique andalouse, fruit d'un métissage entre la musique arabe d'orient, celle afro-berbère du Maghreb et celle de la péninsule ibérique avant l'année 711, a développé son génie propre en Andalousie et a été incarnée par plusieurs maîtres praticiens. Elle s'est répandue au Maroc lors de l'expulsion des Morisques chassés d'Espagne. L'exode a été massif. Les réfugiés andalous s'installent dans différentes villes, transportant avec eux leurs connaissances ét leurs traditions culturelles. Un autre âge d'or de la musique andalouse va s'ouvrir. À côté de l'école de Fès vont émerger d'autres styles. La dynastie des Alaouites, en 1660, encouragera particulièrement l'essor de la musique andalouse. Des érudits, comme al-Hâik ou al-Jâmi, vont travailler à la sauvegarde du patrimoine musical. Mais beaucoup d'autres musiciens, véritables piliers et transmetteurs de la tradition orale, vont faire passer la lumière de l'esprit d'al-Andalus. A. Alami, de Chefchaouen, décédé en 1959, en est un. Si chaque maître est reconnaissable par les initiés à son style, si l'on peut distinguer différentes écoles, dont les plus célèbres, celle de Fès de celle du Nord, une certaine uniformisation de la musique andalouse a gagné tout le territoire marocain avec les voyages des grands maîtres qui intégrèrent les caractéristiques des différentes écoles. Mais les régions et les villes revendiquent encore la spécificité de l'interprétation du répertoire. À Chefchaouen, la musique andalouse a une place particulière. La ville, fondée en 1471 par le chérif Moulay Ah Ben Rachid, fut peuplée dès le XVe siècle par une première vague de réfugiés andalous, puis au XVIIe par une seconde vague. La musique andalouse touche à l'identité des chefchaounis.

Hayachi al-Fassi, un continuateur

Hayachi al-Fassi, professeur de musique andalouse au Conservatoire de Chefchaouen, comme tous ceux qui pratiquent al-Ala, fait partie des personnes qui contribuent à faire du Maroc le défenseur et le continuateur de cette musique.

Hayachi n'est pas né au sein d'une famille de musiciens. Baignant malgré tout dans un environnement qui accorde une place fondamentale à la musique dans les événements qui rythment l'existence, naissance, mariage, fête, mort, Hayachi, attiré par le ud (luth) décide, à l'âge de 16 ans, de s'inscrire au conservatoire. Nous sommes en 1977, Hayachi abandonne les études et se consacre désormais à ce qui deviendra sa passion, la musique andalouse. Son instrument sera le violon. II acquiert un diplôme en solfège, un autre en musique andalouse et obtient sa huitième année de violon dassique arabe. II étudiera aux conservatoires de Rabat et de Tétouan. II enseigne le solfège et le violon. Quand Chefchaouen organise la première édition du Festival de musique andalouse en 1982, il n'est alors qu'étudiant. Aujourd'hui, cela va faire quatre ans qu'il est président de l'orchestre « Andalus », le groupe de musique andalouse de Chefchaouen. Comme tout musicien du répertoire traditionnel, Hayachi a ses maîtres qu'il vénère ou admire: Abdelkrim Raïs, Moulay Ahmed Loukili, Muhammed Ben L-Harbi Temsamani qui sont de véritables écoles de musique andalouse. Hayachi ne manque pas aussi de citer les figures de Chefchaouen, Si Mohamed M'Rini, Bokouma, S'Fiani, Harazem... Selon lui, il y aurait aussi une école chefchaounie de la musique andalouse.

 II y a des types de chants qui n'ont été préservés qu'à Chefchaouen, certains " sana'' sont propres à celle ville. Nous avons une façon de prononcer différente. II y a une originalité propre à Chefchaouen », précise-t-il.

Chefchaouen rassemble plus d'une vingtaine de mosquées et de zaouïas. Les confréries religieuses ont été souvent des lieux de refuge et de tolérance qui incitaient à la préservation et au développement du chant soufi. « Dans le Nord du Maroc, par exemple, les tarîqa (voies mystiques) font preuve d'un esprit d'ouverture. Elles tolèrent la pénétration des instruments de musique dans les lieux de cuite et encouragent leurs adeptes à la pratique musicale. L'une des confréries les plus célèbres est la zawya al-Harrâqiyya, Son chef spirituel, sîdi Muhaimned al-Harrâq (mort en 1844), est né à Chefchaouen. Son arbre généalogique remonte à Mfflây Abdessalam Ibn Mashîsh (mort en 1226), le grand pôle de l'Occident musulman et le maître du célèbre Abû l-Hassan Shâdilî (mort en 1256) », note Ornas Metioui dans son article « Histoire de la Musique arabo-andalouse ».

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