AUTOUR DE CHEFCHAOUEN
On l'appelait autrefois « al-chêm es-segbir» (la petite Syrie), pays considéré par les poètes arabes comme le plus verdoyant des pays du monde. Si, à l'ouest de Chaouen, le lUI septentrional laisse encore les traces de son ancienne splendeur, la nature y subit les affres de la surpopulation et de la déforestation. Voyage dans un splendide site naturel, à préserver. Par Keltoum GhazalilPhotos Lotfi Rachidi
Surprenante, pittoresque à souhait, attachante par son ineffable charme, Chaouen ne laisse personne indifférent. Quelques jours passés à ses côtés, et la petite cité rifaine aux ruelles bleu indigo, sans doute la mieux ancrée dans l'identité culturelle de la région, suscite l'envie de s'y laisser vivre et d'y retourner souvent. Autour de ce petit joyau urbain rayonne en outre un site naturel parmi les plus prodigieux du Maroc.
Notre itinéraire nous mènera, en boucle, de Chefchaouen à Oued Laou, puis au petit port de Jebha, pour revenir vers Chaouen après un petit crochet par Kettama, petite bourgade sans intérêt mais néanmoins capitale « hippie » du cannabis qui a longtemps alimenté bien des mythes. L'itinéraire vaut le détour. Les sommets verdoyants que l'on y découvre, même en juillet, nous font agréablement oublier les plaines brillées du centre et du sud. Et si les montagnes rifaines ne sont pas sans rappeler parfois celles du Moyen et du Haut Atlas, le dépaysement est total, les couleurs et les lumières différentes, l'atmosphère particulière.
Parsemées à flanc de montagne, les anciennes maisons de pierres et de terre se fondent harmonieusement dans le paysage. En revanche, les nouvelles constructions en ciment, avec leur toit en zinc, considérées comme un net progrès par les habitants, constituent la seule fausse note au tableau.
Tout le long, la route fleurera bon le laurier-rose en fleur, avec ses fines feuilles, très prolifique dans le creux des nombreuses vallées, l'eucalyptus, le pin d'Alep, l'olivier vert amande très pâle, presque argenté, le caroubier, le chêne-liège, dont on a déshabillé le bas du tronc, le cèdre enfin. Tout l'environnement alentour donne l'impression d'une flore extrêmement riche et diversifiée. En effet, dans le parc national de Talasmetane, sapinière unique au Maroc, à laquelle n'accèdent que les randonneurs téméraires, sont préservées, outre le sapin et le cèdre, une soixantaine d'espèces endémiques, très rares ou assez rares.
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