Culture Marocaine :
Des pistes enneigées de la Sierra Nevada aux routes de l'Andalousie, Jeronimo Paez est l'homme qui sut faire prendre conscience aux uns et aux autres la force active de l'héritage andalou en créant la Fondation « El Legado Andalusi » et en proposant de parcourir des Itinéraires Culturels reliant villages, villes et Etats. Une belle façon de tisser de nouveaux liens entre les cultures.
La vue dégagée sur l'un des sites les plus symboliques de l'héritage d'A1 Andalus, l'Alhambra, ne pouvait mieux convenir à l'un des hommes clé de la vie grenadine, Jeronimo Paez Lopez. Nous sommes sur la terrasse de son appartement et nous nous disons qu'il doit sans doute puiser une part de son énergie inépuisable et de son inspiration à la beauté des montagnes et aux monuments qui l'environnent. Pour un passionné de culture qui oeuvre sans relâche pour le rapprochement des peuples, Grenade, sa ville natale, porte en elle une grande part de la richesse des créations artistiques d'une période de l'histoire qui fut une des expériences les plus intéressantes de rencontres des cultures.
Jeronimo Paez fait partie de ces êtres qui ont la chance d'échapper à l'étiquette qui épingle dans une profession unique et fait prendre l'être pour sa profession. Avocat spécialisé en droit fiscal, éditeur, il est aussi l'homme de deux grandes réalisations. La première remonte à 1985. Grand skieur, Jeronimo Paez ne s'est pas contenté de contempler le versant enneigé des montagnes de la Sierra Nevada qui abreuve depuis toujours la plaine fertile de Grenade. Il monte la station de ski de la Sierra Nevada et s'occupe de toute l'infrastructure et de l'équipement. II s'est impliqué dans les différentes sociétés dédiées à l'exploitation et à la gestion de la station jusqu'en 1996. Un an auparavant, en 1995, il organisait les Championnats du monde de ski alpin. C'est la facette sportive et nature du personnage.
L'autre facette, celle de l'homme de culture et d'histoire, a conçu la Fondation d'« El Legado Andalusi » (L'héritage andalou) en 1995. Juan Carlos Ier, Roi d'Espagne, en est le Président d'honneur et Manuel Chavez Gonzales, Président de la Junta de Andalucia, le Président exécutif. Une idée forte, canalisée par un sens stratégique et par la capacité de rationaliser, a forgé la réussite du projet culturel et touristique de mise en valeur du patrimoine musulman et andalou en Espagne. Héritage connu, il était jusqu'alors mal valorisé. Et très souvent ignoré. « Loin de l'héritage orientaliste, nous avons dit qu'il y avait un héritage réel dans la vie quotidienne, dans les monuments, dans l'agriculture, dans le système d'irrigation... II est nécessaire de connaître cet héritage afin de l'apprécier et d'en être fier sans le magnifier. Si la tolérance est un mythe, le métissage est là, physique, culturel et social », précise Jeronimo Paez. Cet héritage commun est le pont qui permettra des échanges entre le monde arabe et l'Espagne. « Si nous pouvons faire connaître cet héritage, nous pouvons changer la perception de l'Autre. C'est très important pour développer des liens de coopération ». Cette idée généreuse n'en a pas moins rencontré des résistances qui ne se sont pas toutes épuisées. Certains ne veulent pas de cette mise en valeur trop importante de l'héritage musulman. Il a fallu faire face aux sceptiques et aux différents groupes intégristes, catholiques ou musulmans. Mettre en place un discours cohérent sur cet héritage et l'ancrer dans une perspective d'avenir. Cette réappropriation et la diffusion de cet héritage doivent d'abord mettre l'accent sur le fait que nous « sommes la résultante d'un héritage multiple et métissé ». Comprendre cette assertion, c'est faire un immense pas vers l'Autre. C'est dépasser les conflits et les antagonismes Nord/Sud, Orient/Occident. C'est aller plus loin encore, c'est enseigner l'histoire autrement. Les manuels d'histoire forment en grande partie notre perception du monde.
Jeronimo Paez, qui s'applique à tisser des liens et à convaincre de la cohérence de ce partage, a fait vivre l'idée de l'héritage andalou commun en imaginant un projet touristique et culturel: les Itinéraires Culturels. Un de leurs objectifs est de structurer la coopération et le dialogue interculturel dans la Méditerranée. En 1998, Le Legado Andalusi obtient la classification d'Itinéraire Culturel Européen par le Conseil de l'Europe. Ces routes sont une porte tant vers l'Europe que vers le Maghreb. Routes qui relient, rendent les frontières plus mouvantes, enrichissent notre géographie personnelle. C'est d'une manière vivante que Jeronimo a choisi de faire vivre l'héritage andalou. Plusieurs routes ont déjà été créées et balisées, des routes références: « La Route du Califat », « La Route des Nasrides », « La Route de Washington hving ». De magnifiques guides de ces routes sont publiés par la fondation du Legado Andalusi qui mettent en valeur tant la faune, la flore, les paysages, que l'histoire, les traditions, les fêtes et la gastronomie des villes et des villages d'Andalousie. Beaucoup de sites ont été revalorisés par ces guides. Aujourd'hui, des voyageurs découvrent des lieux où ils ne se seraient jamais arrêtés s'ils n'avaient été vivement conseillés. Car si l'Andalousie c'est, pour tous, les noms phares de Cordoue, Grenade, Séville..., c'est aussi tous ces villages qu'on appelle « les villages blancs » d'Andalousie qui étalent leurs maisons le long d'un piton rocheux ou dominant des collines d'oliveraies. Aller dans ces villages, c'est découvrir les paysages d'une Andalousie plurielle. C'est développer le tourisme rural, idée fondamentale du projet de la fondation. Le Legado Andalusi a dépassé le détroit en concevant « la Route des Almoravides et des Almohades » qui devrait se prolonger au Maroc. Le projet avait été présenté à Marrakech à Sa Majesté le Roi Mohammed VI - alors Prince Héritier, en compagnie de M. Manuel Chaves. Ce serait tout à l'avantage du Maroc d'aider à matérialiser une telle route, pour qu'elle puisse exister concrètement et ne pas s'arrêter à l'imposant guide rouge. Quelle belle idée de rapprochement culturel entre le Maroc et l'Espagne que cette route d'un héritage partagé qui mettrait en valeur, des deux côtés, les spécificités du patrimoine. Les villes du Maroc verraient alors se dresser à leur entrée les panneaux de signalisation de l'Itinéraire du Legado Andalusi dont le travail immense et profond reste encore largement méconnu chez nous.
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