Histoire de casbah de Boulaouane

Construite sous le règne de Moulay Ismail (1632-1323), en 1310, la casbah de Boulaouane faisait office de poste de contrôle et de protection commerciale, dominant toutes les voies de communication. Petit détour pour mieux se situer dans le contexte de l'époque.

D'après la documentation cartographique existante, les voies commerciales nordafricaines du XIVe siècle étaient assez couvrant tout le territoire de l'actuel et se prolongeant à l'est au sud jusqu'au Mali.  A cette époque, Fès était au carrefour du négoce de la rive sud de la Méditarranée : des voies principales partaient de cette ville vers Ceuta, Salé, Telemecen et Sijilmassa, ces dernières étant parmi les réseaux de ce système de communication commercial.

 Évidemment, pour les caravaniers, chameliers ou muletiers, ainsi que pour les navigateurs, utilisant des fleuves praticables comme le fleuve Oum Rabia, la présence de relais ou de foundouks s'avérait nécessaire, voire vitale. A cette époque, ce vaste espace commercial n'était que partiellement pacifié, et, en dehors des remparts fortifiés, le brigandage était souvent de règle. Pire : les hors-la-loi (les gens de bled siba) faisaient fi des accords commerciaux et autres droits de passage signés entre autorités souveraines, en s'attaquant aux commerçants ou en fraudant.

Avec le temps, ces voies commerciales liant le Maroc (Maghreb A1 Aqsa) aux autres contrées perdirent peu à peu de leur importance à partir du début du XVIIe siècle, pour totalement s'estomper par la suite. A l'exception de la route du sel qui mène au Mali, laquelle demeura active jusqu'à l'aube de XXe siècle. En même temps, le besoin des souverains ayant régné sur le Maroc, d'explorer d'autres voies moins dangereuses (le péril turc pointait à l'est et le commerce était risqué au début du XVIe siècle en Méditerranée avec les razzias des corsaires) ou de renforcer celles déjà existantes, paraissait de ce fait être une option incontournable.

Nous sommes en plein règne de la dynastie alaouite dont le deuxième souverain est Moulay Ismail. A cette époque, le Maroc découvre sa façade atlantique en même temps qu'une nouvelle page de son histoire politique et commerciale. Le commerce depuis l'Atlantique connaît un essor formidable. D'autant que le déclin portugais sur la façade ouest commence dès 1541 avec la perte notamment d'Agadir (Santa Cruz), de Safi et d'Azemmour, d'Asilah en 1549 et d'El Jadida (Mazagan), en 1769, soit près de soixante-dix ans après la construction de la casbah de Boulaouane. Ce qui indique que celle-ci, sise administrativement dans la province d'El Jadida (région de DoukkalaAbda), « charnièrement » avec la région de ChaouiaOuardigha, a fonctionné et a régulé des flux commerciaux alors que les derniers lusitaniens en terre marocaine étaient encore à quelques kilomètres de là. Excellents navigateurs et commerçants, les Portuguais étaient utiles au pouvoir marocain pour commercer avec les royaumes de Hollande (allié au royaume de Castille), d'Angleterre et de Gênes, entre autres.
Dans l'esprit du Marocain de l'époque - et c'est encore vrai aujourd'hui - le monde avait un seul axe principal : l'axe est-ouest. L'ouest était synonyme d'abondance, de richesse et de paix, tandis que l'est signifiait disette, razzias, occupation, domination, pauvreté. C'est dire l'importance de cette alternative atlantique, lors du déclin des voies commerciales en direction de l'est et des régions sub-sahariennes. Moulay Ismaël, soucieux de pacifier le Maroc, n'a donc pas attendu pour faire construire une série de casbahs le long de la côte atlantique. D'autres, d'égale ou de moindre importance, ont vu le jour sous les règnes des successeurs Moulay Abdellah Ben Ismail (1729-1357) et Sidi Mohammed Ben Abdellah (1757-1790). Ce sont elles qui donneront à la marine chérifienne ses lettres de noblesse. Des casbahs analogues à celle de Boulaouane comme celles de Mohammedia, Médiouna, Témara, Skhirat, Settat, Mansouriah virent alors le jour.

Entre ces différentes structures qui sont des sortes de caravanes-sérail, servant à abriter la garnison locale et parfois des pirates officiels, une distance de 20 miles (environ 33 km) était respectée. « Cet intervalle correspondait à la distance au-delà de laquelle un son de canon devient inaudible. Quand un navire s'approchait de Tanger, cela se savait dans les minutes qui suivaient à Essaouira », souligne M. Ahmed Hariri, architecte membre du groupement d'architectes-urbanistes relatif au projet de restauration de la casbah de Boulaouane (voir encadré).

Mais celle-ci avait aussi une fonction psychologique, en apportant un sentiment de sécurité aux habitants de cette très riche région où le fleuve Oum Rabia fait de nombreux méandres. D'ailleurs, selon une hypothèse séduisante mais non vérifiée, le nom de Boulaouane tirerait son origine de « bilawane », épithète berbère signifiant « boyaux ». Abou A1 Hassan A1 Ouazzan dit Léon l'Africain, dans son excellent traité intitulé « Description de l'Afrique », parle de la région de Boulaouane au XVe siècle comme étant une zone marécageuse à vocation agricole, riche en forêts, et si abondante en poissons que les hommes pouvaient les pêcher à l'aide de leurs vêtements! La région était en quelque sorte, comme aujourd'hui encore avec la Chaouia, le grenier du Maroc. Mieux: le site de la casbah qui bénéficie d'un microclimat exceptionnel, à la fois continental et océanique, forme un ensemble étonnant dans la continuité de la plaine des lloukkala avec celle de la Chaouia. Le site, fondé sur une dorsale entre deux failles géologiques, est également côtoyé par une dense forêt de pin et d'eucalyptus qu'une maladie risque de décimer totalement.

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