ARTS ÉQUESTRES
Symbole d'une civilisation ancestrale distinguée par la bravoure et l'héroïsme, la fantasia, tradition équestre séculaire, évoque la place de choix que le cheval a toujours occupée dans le cour des Marocains et l'image de marque du Maroc à l'échelon mondial. Un attribut que le temps et la modernisation ont hélas confiné à des festivités folkloriques qu'on ne retrouve plus que lors des moussems.
Au crépuscule du XIXe siècle, deux puissances mondiales manifestaient encore la grandeur et la puissance légendaire qu'elles avaient acquises tout au long du Moyen Âge: le Royaume d'Angleterre, en tant que puissance maritime, et le Royaume du Maroc, grande puissance cavalière, qui avait maintenu intact ses frontières et sa civilisation au Maghreb, en luttant face aux géants mondiaux de l'époque: le Portugal explorateur, l'Espagne conquistador et l'Empire ottoman voisin.
La réputation de la cavalerie marocaine est attestée par l'intérêt que portaient les puissances européennes et orientales au cheval marocain, De nos jours, le Roi du Maroc, Mohammed VI, est le seul dirigeant d'Etat qui monte encore à cheval dans les festivités officielles.
Les experts internationaux de l'histoire équestre reconnaissent à la civilisation arabo‑musulmane d'avoir contribué de manière prépondérante (du Ve au xir siècle), à l'évolution de l'équitation par l'amélioration de la médecine vétérinaire, de l'élevage et du dressage, ainsi que par le biais de la chasse (fauconnerie à cheval), du nomadisme, des caravanes commerciales et du Jihad. Tous les visiteurs au Maroc, que ce soit les hommes de lettres (Eugène Delacroix, Pierre Loti, Potocki, Edith Warthon...) ou hommes d'Etat (l'Eniir Abdeilcader d'Algérie, le Général Lyautey...) avaient été éblouis par les pratiques équestres (fantasia, acrobatie, voltige...) et la dextérité des cavaliers marocains. La foi en Allah, le cavalier, le cheval et le territoire, sont les piliers principaux qui ont forgé l'un des illustres peuples cavaliers que connut l'humanité: celui du Royaume du Maroc.
La foi
Avec l'avènement de l'islam et sachant le rang élevé accordé au cheval (relaté par le Coran et étayé par les hadiths du Prophète Mohammed) la société marocaine avait dès lors valorisé tous les préceptes fondamentaux de l'élevage du cheval et de son noble usage: le Jihad.
Comparativement aux autres peuples cavaliers (Mongols, ibères, Arabes d'Orient, cow‑boy, Indiens...), les Marocains appréciaient et aimaient le cheval jusque presque le vénérer. Pour preuve, le cheval n'était jamais exploité pour sa viande, le lait de jument, ses crins, son cuir, ou pour les usages courants (transport de marchandises, trait...) réservés aux mulets et aux ânes, En outre, ce fut l'unique nation où seuls les étalons étaient montés, les juments étant destinées à la reproduction (d'après un hadith).
Un peuple cavalier
Tout au long de l'histoire du Maroc, les souverains successif s de toutes les dynasties étaient des cavaliers chevronnés, recevant l'allégeance de leurs sujets, se rendant le jour des fêtes religieuses, le vendredi à la mosquée, réception d'ambassadeurs, usaient de leur autorité et maintenaient l'ordre dans leur empire à la tête de leurs Mhalas (Harkas)... à cheval. C'est dire l'étroite relation qui lie le Sultan et le cheval. Il n'est pour s'en convaincre que de se rappeler le Sultan Moulay Ismaïl qui avait aménagé des écuries pouvant abriter plus de dix mille chevaux.
La population aussi était en perpétuelle mobilité: nomadisme, chasse, luttes tribales, parades militaires (simulation de combat), voyage des caravanes, les Marocains étaient des cavaliers accomplis poussant la complicité avec leur monture jusque dans leurs foyers et lors des fêtes familiales (circoncision, mariage...). Après un pèlerinage à La Mecque, le cheval n'était plus jamais monté à son retour tant il était vénéré.
Les tenues et harnachements, qui fascinaient par leur beauté, étaient confectionnés par les grands artisans des vifies impériales (Fès, Marrakech, Meknès...) avec le plus grand soin et de nobles matières.
Riche en chefs‑d'oeuvre de bois, de tissage, de cuir ou de soie (brodée en fil d'or ou argent), la sellerie illustre la diversité d'un artisanat haut de gamme.
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