Cinéma au Maroc :
La diversité des paysages naturels et urbanistiques et le pluralisme ethnique font du Maroc une terre de prédilection pour les productions cinématographiques étrangères.
Le cinéma est 1 ' u n e des premières industries à avoir fait et réussi très tôt sa globalisation. Une mondialisation rendue nécessaire par le besoin pressant des « superproducteurs » de compenser les frais exorbitants engendrés par les cachets des stars sans lesquelles aucun film, quelle que soit l'importance de son budget, ne pourra faire exploser le boxoffice comme le souhaite tout industriel cinématographique qui se respecte, dans un monde où la rentabilité est érigée en credo.
Compenser les charges sans toucher à la qualité de l’œuvre, c'est l'équation que doit résoudre tout investisseur du 7e art. Après la Seconde Guerre mondiale (1), le Maroc est apparu comme une solution à cette équation dont les cinq paramètres sont la lumière, le paysage, la disponibilité des autorités et des habitants, la législation en vigueur, et le coût et la qualification de la main-d’œuvre. En effet, le royaume chérifien est tout cela. Et bien plus. Bref, le Maroc est le paradis du cinéma. La lumière, la bonne, celle qui fait rêver les maîtres de la photo, y est généreuse partout. Parfois toute l'année. Les paysages sont d'une pluralité déconcertante. En quelques minutes de marche, on passe d'un spectacle naturel de dunes à celui d'une superbe plage en traversant des montagnes arides ou enneigées et des plaines vertes bordées de palmiers! Les autorités locales ou centrales accueillent toujours favorablement les demandes de tournage de films étrangers au Maroc, aussi bien en ville qu'en campagne, et ce même quand certains synopsis ne sont pas de leur goût (2). En fait, les pouvoirs publics, soucieux de tirer profit de ces délocalisations temporaires d'une industrie cinématographique occidentale opulente par ses moyens, ont officialisé par l'habitude une manière de voir les choses qui les met à l'abri d'éventuelles retombées négatives sur le plan médiatique - voire politique - d'un tournage de film étranger. Cette vision des choses se résume en un mot « l'extraterritorialité de l’œuvre ». En d'autres termes, le territoire - ou les territoires - de tournage des séquences, précisé dans la demande faite au Centre cinématographique marocain (CCM), dépendant du Ministère de la Communication, bénéficierait des mêmes avantages qu'une représentation diplomatique étrangère, dans la limite de la durée du tournage fixée d'un commun accord entre le producteur et le CCM. Cette très large marge de manœuvre consentie par les autorités marocaines aux producteurs étrangers, unique en son genre dans le monde arabe, va dans certains cas jusqu'à tolérer l'usage de vraies armes à feu dans les studios de tournage, voire d'hélicoptères de combat dépêchés par l'US Navy, comme ce fut le cas pour le tournage du film « Black Hawk Down » de l'Américain Ridley Scott, qui raconte l'intervention américaine dans la guerre civile somalienne en 1993.
Une lumière généreuse
Quand les armes militaires ne proviennent pas directement des États-Unis, les Forces Armées Royales acceptent d'en prêter aux producteurs, s'ils en font la demande. Ce fut le cas avec le film « Spy Game » de l'Américain Tony Scott, tourné à Casablanca en février dernier : deux vieux chars, peints aux insignes de l'armée libanaise, ont été mis à la disposition du réalisateur pour reproduire l'ambiance de Beyrouth lors des années noires de la guerre civile et des attentats anti-américains. Certains quartiers de Casablanca ont pris des allures de zones bombardées et l'immeuble dit Lincoln (face au Marché central) a été « dynamité ». Les figurants, recrutés pour la circonstance, ont été payés environ 400 DH par jour, soit huit fois le Smic local...
Pour ce qui est du cadre juridique en vigueur, il remonte à 1966, avec la création du CCM dahir du 8 janvier 1944 et dahirs du 15 mars 1945 et du 29 novembre 1949 qui l'ont complété) et du Service du Cinéma (arrêté viziriel du 3 février 1944). Cette création s'est inspirée du droit administratif français connu pour son orientation socialiste et dont le but est de veiller à la sauvegarde des intérêts des petits producteurs et distributeurs vis-à-vis des géants.
Ce qui a permis au cinéma français de survivre au rouleau compresseur des superproductions américaines est le système de solidarité compensatoire qui fait que les taxes perçues par l'État sur les tickets vendus dans les salles de projection sont collectées par le Centre National de Cinématographie (CNC, l'équivalent du CCM marocain) et ensuite redistribuées sous forme d'aides à la création à petit budget. Mais ce système est actuellement en train de s'effriter avec l'apparition des multiplexes et des cartes d'abonnement donnant accès à de nombreux films dans plusieurs salles. En même temps, au Maroc, où ce genre de salles n'a pas encore fait son apparition, on discute de la réforme de la loi régissant l'industrie cinématographique. Examiné par le Conseil des ministres de septembre 1999 à Marrakech, ce projet de loi introduit, entre autres mesures radicales, l'obligation faite aux sociétés de production marocaines, traditionnellement - et comme le stipule l'actuelle loi - partenaires des producteurs étrangers en tournage dans le royaume de disposer d'un capital minimum de 300 000 DH pour pouvoir exercer. Ce volet a provoqué une levée de boucliers générale chez les petits producteurs dont la quasi-majorité vit de la publicité, c'està-dire des commandes des agences de communication. Pour ces derniers, ce projet de loi n'est ni plus ni moins qu'une mise à mort déguisée des petites sociétés au grand bénéfice des mastodontes qui auront ainsi le terrain à eux seuls. Alors que l'argument avancé par les pouvoirs publics pour justifier une telle mesure est le souci de sauvegarder les intérêts des employés de ces sociétés de production, sous-capitalisées, et de l'État qui aura ainsi des administrés solvables et « fiscalisables ». De même, cette intervention de l'État dans le domaine de la cinématographie se justifie pleinement : la production cinématographique nationale n'existant pas ou presque, il a fallu l'encourager et lui donner les moyens nécessaires.
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