Les fleures du Maroc : Région Dadès

La région de Ouarzazate est composée de deux vallées. Le Dadès et le Drâa où se trouve le fleuve le plus long du Maroc : 1 200 km. La mise en service du barrage Ahmed El Mansour Dahbi en 1973, a totalement transformé le paysage de cette région très riche en minerais. Le sous-sol antiatlasique recèle entre autres d'argent, de fer et de manganèse.

L'édifice hydraulique a induit une véritable révolution agricole. De nouvelles cultures ont été introduites comme le pistachier et le pommier, venus côtoyer l'amandier et l'olivier. Celles déjà existantes comme le palmier dattier ou le henné, ont vu aussi leur production considérablement augmenter. Mais cette prouesse agricole ne s'est pas faite sans mal. La construction du barrage a nécessité la destruction d'une bonne partie de la palmeraie, et a contraint des centaines de foyers locaux à se déplacer. L'écosystème en a été également bouleversé. La région, jadis très peuplée de plusieurs gibiers comme la gazelle, le lièvre, l'écureuil, le mouflon, l'outarde, a perdu aujourd'hui l'essentiel de sa faune et de sa flore. En outre, les eaux du barrage ne semblent profiter qu'à la vallée du Drâa, notamment aux cultures des palmiers dattier et du henné de la région de Zagora.

Quant à la vallée du Dadès, dont les hauteurs sont défavorables à la culture du palmier, elle semble s'accommoder bon an mal an de cette situation tout en perpétuant une ancienne tradition qui lui vaut sa notoriété : la culture du rosier.
A une centaine de kilomètres environ au nord-est de Ouarzazate, commence la vallée du Dadès. Première ville: Kelâat Mgouna. C'est ici, sur une surface d'une dizaine de kilomètres, large de quelque 500 mètres, que le rosier est cultivé, soit en haies alternées avec d'autres cultures, soit en alternance avec des oliviers.

Sa culture s'étend sur 4 200 kilomètres environ. Sa production, selon les saisons et la gravité des gelées printanières, s'élève entre 3000 et 4000 tonnes par an. Une partie est exportée, sous forme d'huiles essentielles, par les deux principales distilleries d'Yves Saint Laurent. Le reste est commercialisé sur le marché intérieur sous forme de fleurs séchées (Ijddout'n en berbère tachelheit) ou d'eau de rose. Les usines locales, qui ne fonctionnent que quelques semaines par an, produisent aussi des pains de savon parfumés d'une couleur rose très prononcée. Nombreux autres ateliers plus ou moins artisanaux et clandestins peuplent la région.

La récolte se déroule aux mois d'avril et mai et dure une vingtaine de jours. Des femmes et des fillettes, principalement, parcourent les rangs des rosiers en chantant à l'unisson des hymnes ou en déclamant des odes de joie. On est à la fin du printemps. Bientôt arrivera l'été et la période des moissons. La vie dans ces régions est étroitement liée au rythme des saisons. La récolte des céréales et autres produits alimentaires s'effectue presque à la même époque avec une exception pour les dattes qui, elles, sont cueillies vers le mois d'octobre.

La rose, outre ses qualités parfumantes, est aussi utilisée sous forme de bouillon comme remède traditionnel. Mais la culture rosière n'est pas due à ce seul souci pharmaceutique. Les vertus cosmétiques de la plante ont joué pour sa pérennité dans une zone semi-aride où les peuplades environnantes se sont révélées friandes du produit. Elle fait partie, avec le henné et le khôl, de la panoplie de produits de beauté des femmes appartenant - ou ayant accédé - à un certain rang social. Il y a encore une vingtaine d'années, le coffret des articles de beauté des femmes de petite condition, souvent des esclaves, ne connaissait pas de tels cosmétiques.

Publicité sur le Maroc par Google

Cupidon et psyché

La rose intervient également dans la préparation vestimentaire et psychologique de la future mariée. Les pétales sont séchés et réduits en poudre, puis mélangés au henné. Cette pâte ainsi obtenue sert d'enduit à la chevelure de la futur mariée. La poudre de la rose est utilisée aussi pour parfumer l'eau du bain, de bouche, etc.

Autres fonctions de la rose, dont la couleur est éminemment féminine : la sacralisation de l'espace, l'érotisme et l'hospitalité. Selon certaines croyances anciennes, le parfum est le propre du paradis. L'enfer, synonyme de mauvaises odeurs, est l'attribut du démon. Parfumer un endroit ou le parsemer de roses pour en chasser les mauvais esprits ou les jnouns, n'est pas une coutume innocente. Comme ne l'est pas non plus l'utilisation par les jeunes filles, en âge de se marier, du parfum notamment de la rose et de ses guirlandes pour attirer l'attention des jeunes garçons. « La vue d'une rose et l'odeur de son parfum sont à elles seules de silencieux poèmes d'amour que les filles adressent aux garçons de leur âge à diverses occasions, fêtes, mariages ou moussems » explique un raïss (troubadour berbère).

Cette relation de la rose avec la beauté et l'amour trouve ses origines très loin dans les civilisations grécoromaine, puis orientale. Apulée de Madaure, auteur latin de l'Africa romana (IIe siècle après J.-C.), dans son célèbre conte de Cupidon et Psyché, relate l'histoire de ces deux divinités mineures du panthéon romain. La plus ravissante des trois filles d'un roi, Psyché, s'attira les foudres de Vénus, déesse de la beauté et de l'amour, en se déclarant plus belle qu'elle. Pour la punir, Venus ordonna à son fils Cupidon de la séduire, lui dont les flèches sont irrésistibles, et de l'ignorer ensuite, pour la pousser au suicide. Une tradition courante en Orient ancien, surtout en Syrie hellénistique. Mais l'histoire finira à l'opposé du dessein de Vénus... C'est le cupide Eros qui tomba amoureux, au grand dam de sa mère. Très apprécié en Afrique romaine, ce conte trouva un substrat idéal pour s'y enraciner. On le retrouve représenté dans l'iconographie antique et dans de très belles mosaïques romaines, notamment en Tunisie. On y voit Psyché, sous forme de papillon, et le fils de Vénus s'apprêtant à tirer à l'arc à côté de filles parées de guirlandes, cueillant toutes des fleurs... comme à Kelâat des Mgouna