VOYAGE MAROC

Regards orientalistes :

Jusqu'au XIXe  siècle, le Maroc apparaît aux Occidentaux comme une contrée mythique et inconnue. Ce n'est qu'à partir de 1832 que le comte de Mornay inaugure le « chemin des ambassades », en compagnie du peintre Delacroix. Dès lors, se succéderont des descriptions plus réalistes du Maroc. Parmi les us et coutumes, la magnificence des mariages fascine ces voyageurs.

Delacroix révèle sans conteste la splendeur de l'Afrique du Nord au public français. Chaque jour de son voyage, il réalise de nombreux croquis. À l'époque, pour des raisons religieuses, les musulmans acceptent rarement de poser, particulièrement dans l'intimité des fêtes. Le peintre peint donc des mariages juifs, relevant l'harmonie qui règne entre juifs et musulmans. Parmi ses notes, « Les Maures et les Juifs à l'entrée des deux musiciens. Le violon. Le pouce en l'air. La main. L'archet. Le dessous de la main très ombré... À côté du violon, femme juive jolie. Gilet manches or et amarante. Elle se détache moitié sur la porte, moitié sur le mur. Plus sur le devant, une plus vieille avec beaucoup de blanc qui la cache presque entièrement. Très reflétées, les ombres - blanc dans les ombres - un pilier se détache en sombre sur le devant. Les femmes, à gauche, étagées comme des pots de fleurs. Le blanc et l'or dominent et leurs mouchoirs jaunes. Quant à la mariée, elle « doit avoir constamment les yeux fermés et paraître insensible à tout ce qui se passe autour d'elle, de sorte qu'elle a l'air d'être la seule pour qui les réjouissances ne se fassent ». De 1854 à 1863, Dehodencq fait de même, représentant une « Mariée juive au Maroc » et « La fête juive à Tanger ». C'est la grande vogue, l'une des premières
expositions d'art orientaliste se tient à Paris, au Grand Palais, en 1893. Les écrivains ne sont pas en reste...

Noces à Tanger :

Au cours d'une croisière en Méditerranée, Alexandre Dumas fait halte à Tanger. Invité à un mariage dans une famille juive, il relate, dans son récit publié en 1846: « C'est le plus fantasque spectacle que j'aie jamais vu de ma vie, et toute ma vie, je reverrai ces groupes de blancs fantômes, au milieu desquels brillaient les coiffures de perles et les gilets d'or des femmes juives ». L'écrivain décrit par le menu les détails de la cérémonie: « le jour du hennah... les danses et les chants continuaient, mais à midi, on devait faire lever la mariée, l'asseoir contre le mur et là, lui peindre les ongles des pieds et des mains avec du hennah ». Puis « L'heure était venue pour elle de se rendre à la maison nuptiale. On la prit sur son trône, on la déposa par terre, au milieu des cris, des applaudissements... Le cortège se mit en mouvement... ».

Le grand vizir marie son fils :

 En 1889, Pierre Loti, qui sera le plus jeune académicien français, s'extasie: « Le grand vizir marie son fils et depuis hier tout Fez retentit du bruit de cette noce. Dans les ruelles sombres, d'interminables cortèges vont et viennent, précédés de tam-tams, de musettes déchirantes et de coups de fusil. Nous en avons ce matin rencontré un d'au moins trois cents personnes, qui tiraient à poudre dans l'obscurité des petits passages voûtés, ébranlant tous les vieux murs; les gens qui marchaient les premiers portaient les cadeaux sur leur tête: c'étaient des choses très volumineuses enveloppées dans des étoffes de soie brochée d'or. La maison de ce vizir était parée magnifiquement pour la grande fête. Dans la cour, toute de mosaïques et de dentelles d'arabesques, étaient accrochées d'innombrables girandoles se touchant toutes; on avait rehaussé d'or frais, de bleu, de rose et de vert toutes les fines sculptures enroulées des murailles et de magnifiques tentures de velours rouge, brodées d'or en relief, étaient posées partout, jusqu'à hauteur du premier étage. Dans les appartements ouverts sur cette cour d'honneur, il y avait un étalage, une surprenante profusion de tapis merveilleux, de tentures et de coussins aux couleurs éclatantes ou rares, où s'entrecroisaient, en dessins étranges et presque religieux, des ors jaunes et des ors verts... ».

Autres écrivains célèbres, les frères Jérôme et Jean Tharaud, invités par le Résident général de la République française, Lyautey, à venir au Maroc en 1917, consignent d'une seule voix: « Que de fois j'ai accompagné à travers les rues et les ruelles ces offrandes nuptiales... ». Enfin, « la procession s'engouffre par la porte ouverte. Aussitôt, des youyous éclatent... Du henné, quelques cierges, quelques mètres de soie, et toute la maison délire! J'écoute longtemps les tambourins scander la louange du Prophète... ». Ils notent également les préparatifs du mariage, de la dot: « Chacun suppute par avance l'éclat de la cérémonie... Il n'est question dans les boutiques que du nombre de musiciens engagés, des chirât qu'on a invitées, des jours où elles chanteront. La ville entière est le témoin attentif de ces apprêts de noce... ».

Jamais des écrivains étrangers ne firent de descriptions plus précises que les frères Tharaud, qui consacrèrent au Maroc des centaines de pages. Levant ainsi le voile du mystère pour leurs lecteurs français, ils ne faisaient qu'attiser un intérêt grandissant.

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