Le plus grand mesurait dans les deux mètres. Plusieurs personnes pouvaient fumer en même temps. II m'arrivait d'avoir des commandes de trois cents ou quatre cents shiloms d'un seul coup. Des commandes qui provenaient des Etats-Unis, du Canada, de Katmandou,... J'avais alors plusieurs boutiques desquelles sortaient entre quinze et vingt shiloms par jour. Dans ces boutiques, je formais des enfants à l'artisanat. C'était important pour moi de transmettre mon savoir ».
Hassan nous entraîne à l'étage de l'une de ses anciennes boutiques, dans une maison en état de délabrement, au sol peu stable au travers duquel on aperçoit le rez-de-chaussée. Au fond d'une pièce se trouve un portrait de Jimmy Hendrix peint à l'huile. Hassan explique: « Au plafond, étaient pendus des centaines.de shiloms. Les gens venaient les essayer, ils passaient des heures ici, à fumer, à écouter de la musique. L'étage était toujours plein de monde. Ce portrait, c'est un Belge que j'hébergeais qui l'a fait. Ça a pris six mois. J'ai toujours interdit qu'on le photographie. Vous voyez, à l'entrée, il y a un clou où les appareils photos devaient être déposés. Je ne voulais pas que son image quitte cette pièce. Mais tout ça, c'est du passé... »
Le Living Théâtre :
A cette époque, vers 1968, Hassan a aussi réparé les instruments de musique du Living Theatre. La troupe est restée six mois à Diabet. Six mois que beaucoup ne sont pas prêts d'oublier. A commencer par Paco, figure mythique du groupe Nass el Ghiwane dans les années 70 (voir les deux encadrés). Le Living arrive au Maroc après son expulsion de France suite au scandale qu'il a créé au festival d'Avignon. Jugeant le public trop passif par rapport à sa pièce, il lui urine dessus. Un acte alors peu apprécié... A Diabet, la troupe prépare « Paradise Now! », une critique de la société américaine dans laquelle les acteurs sont nus. Elle aussi fera scandale.
Durant son séjour, la troupe va impliquer les gnaoua dans son travail et dans la préparation d'autres pièces telles « Antigone » ou encore « CEdipe roi ». La musique gnaoui, alors considérée comme sacrée, se voit valorisée en dehors de son aspect religieux. Les non-musulmans jusqu'alors interdits aux lilas sont chaleureusement invités. Ils s'imprègnent de l'esprit hippy et surtout de cette valeur qu'est le partage. Partage qui est ici culturel.
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