De la profondeur de cette assimilation, rien ne porte plus authentique témoignage que la poésie. A quel point ne faut il pas avoir fait sienne une langue étrangère pour lui confier ce chant des profondeurs!
Parmi les poètes marocains de langue française, on trouve encore Mohamed Aziz Lahbabi (Chants d'Espérance, 1952, Misères et Lumières, 1959) et Ahmed Séfrioui un berbère, Mahjoubi Ahardane : ancien officier et ancien ministre; Kamel Zebdi, bien d'autres encore.
Dans le genre romanesque, deux noms se détachent, Ahmed Séfrioui et Driss Chraïbi. Les deux tempéraments n'ont à peu près rien de commun. Le premier, chez qui l'influence de François Bonjean est sensible, a fait ses gammes avec le Chapelet d'ambre (Paris, 1949), un recueil de nouvelles où les souvenirs d'une enfance pauvre, à Fès, servent de support à un symbolisme mystique. La boîte à merveilles (Paris 1954) a la même inspiration, le symbolisme en moins. La poésie se dégage de la vie quotidienne, transfigurée par le recul du temps et par la magie de l'enfance.
C'est aussi un excellent tableau de ce qu'était la vie à Fès entre les deux guerres dans la petite bourgeoisie musulmane.
Séfrioui apparaît comme tourné vers le passé, pour en approfondir de langue française les richesses authentiques, ce que Bonjean appelait la tradition vivante.
Driss Chraïbi est un insurgé, en révolte contre ce même passé, qu'il dénonce et bafoue avec une rage d'iconoclaste. Son premier roman, Le passé simple, fit scandale parmi ses compatriotes. Il est vrai que la date de sa publication, 1954, était inopportune et que certains Européens lui donnèrent de ce fait une signification qu'il n'avait pas.
Ce n'est en aucune façon un roman réaliste. C'est à la fois un pamphlet et un cauchemar; il illustre les traumatismes psychiques des jeunes évolués en révolte contre une paterfamilias d'autant plus despotique que sa tyrannie n'est plus incontestée. «Le Seigneur», comme l'appelle Chraibi, n'a rien d'un Goriot ni d'un Grandet; nous y verrions plutôt l'Ubu Roi de l'ère patriarcale à son déclin. Le passé simple est un document sur la violence des commotions qui peuvent ébranler la personnalité des jeunes, quand ils vivent à la fois l'agonie d'un monde millénaire et le douloureux enfantement d'un neuf.
• Tahar Benjelloun, Prix Goncourt "La prière de l'absent"
• Soumaya Guessous
• Fatima Mernissi
• Docteur Lahbabi
• Nina Banon, "Boustinai"
• Mohamed El Haddaoui "Symbiose Judéo Arabe du Maroc"
• Ali Scahi, "Regards" (réalités et songes) préface Maurice Rheims
• Salah Cherqui, Compositeur.
