Printemps musical des Alizés

La quatrième édition a montré à nouveau les ambitions artistiques de ce festival qui s'est décliné en trois temps, L'Académie des Jeunes, Le choeur de la Fondation des Trois Cultures et la série de concerts avec des solistes de haut niveau. Ce festival, attachant par l'intimité et le charme des lieux de concerts et attractif par les qualités des interprètes, l'est aussi par l'un de ses moments importants, les matinées de l'Académie des jeunes musiciens. La jeune Dina Bensaïd, à peine quatorze ans, interprétant au piano le Scherzo n° 2 de Chopin, avec un tempérament fort, mais discipliné, une technique étonnante et une autorité de soliste déjà expérimentée, affrontant son public avec la grâce de l'adolescence et la maturité de l'adulte, suscita la franche admiration et l'enthousiasme des personnes présentes. En cinquième exécution à l'Ecole Normale de Musique de Paris, Dina Bensaïd est sans conteste l'un des espoirs de la musique classique au Maroc. C'est avec un mélange de timidité et d'assurance désarmante que Dina parle de l'oeuvre choisie présentée aux Alizés:

« C'est d'abord une oeuvre incontournable du programme. Elle est variée, pleine de caractères différents qu'il faut mettre en valeur. On commence par de l'interrogation, puis un tourment. Vient ensuite l'émotion, celle du coeur qui palpite quand on est amoureux. Puis le souvenir... La difficulté de l'oeuvre est de relier tous ces caractères de façon à ce que l'oeuvre ait un sens ». Svetlana Eganian, pianiste enseignant au Conservatoire Supérieur de Musique de Lyon, qui n'en est pas à sa première participation aux Alizés et qui suit avec une attention particulière les jeunes musiciens dont sa propre fille, âgée de quinze ans, qui joue et fait de la composition musicale (édition Delrieu), reconnaît l'existence d'un potentiel remarquable: « Il y a des jeunes très doués comme Amine Belghazi, Reda Benani et Dina Bensaïd qui est une passionnée véritablement engagée dans ce qu'elle fait ». C'est l'existence de ces talents, d'une dynamique musicale, avec le choeur de Péraudin, à Rabat, du Philharmonique du Maroc et du projet de rassembler les voix qui ont intéressé Michel Piquemal, chanteur et chef de Chœur d'un ensemble vocal qu'il a créé en 1978. Invité par Mohamed Ennaji, Directeur des Alizés, à diriger le Choeur de la Fondation des Trois Cultures dans une oeuvre de son choix, Piquemal réalise en quelques jours de répétitions une véritable performance en proposant « La Petite Messe Solennelle », de Rossini. Le succès du travail réalisé en si peu de temps est dû en partie à cette volonté d'apprendre et de pratiquer qu'a noté le chef du chaeur chez les choristes: « Il y a au Maroc une volonté de bien faire et une soif de connaître. C'est dommage qu'il y ait un manque d'encadrement et de suivi par des professeurs de musique et de chant. Il existe un terreau de belles voix au timbre méditerranéen. II y a des talents indéniables parmi les jeunes musiciens; Dina Bensaïd, au piano, a un très beau tempérament, Youssef Madane, à la guitare, est très talentueux ». Ceux qui s'adonnent à la musique classique sont encore rares, même si l'on voit émerger quelques figures. Jalila Benani, chanteuse mezzo-soprano, professeur au CPR, en fait partie en tant que jeune chef de choeur. Elle a assisté Michel Piquemal dans la recherche des jeunes chanteurs marocains et a chanté un solo en arabe dans une composition de Nayer Nagui, compositeur, chef d'orchestre et accompagnateur pianiste dans la troupe d'Opéra du Caire.
Intéressé par ce travail en commun du choeur des Trois Cultures où interviennent plusieurs nationalités, Nagui a présenté des oeuvres qu'il a composées pour grand orchestre au Caire et réarrangées pour piano.

Les journées du Printemps musical ont livré des temps forts avec des musiciens d'exception comme les violonistes Régis Pasquier et Dong-Suk Kang, le violoncelliste Young-Chang Cho, le clarinettiste Romain Guyot, l'altiste Hartmut Rohde, le pianiste Emmanuel Strosser, la chanteuse mezzo-soprano Ariana Vafadari, la chanteuse de répertoire andalou, Françoise Atlan... Ces musiciens, dans des formations différentes, en duo, trio ou avec le quatuor Manderling, ont proposé des interprétations de Chausson, de Brahms, de Kodaly, d'une belle intensité. Une jeune pianiste autrichienne, Ingrid Marsoner, pleine d'une extrême sensibilité romantique, a donné une interprétation touchante de 4 impromptus D. 899 de Schubert, sans exaspérer les sentiments, en laissant la musique « parler » par elle-même. Le son est délicat, la sensibilité contenue.

Le Printemps musical des Alizés est devenu le rendez-vous annuel de nombreux mélomanes. À en juger par la présence et la qualité des ovations, les concerts ont répondu aux attentes informulées du public.

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