Pour ceux qui sont épris de voyages, il y a dans chaque pays des villes qui sont comme des rites de passage : Essaouira au Maroc en est un. Et il y a dans chaque ville des lieux d'élection: le riad en est un. Depuis quelques années, les voyageurs subissent sans résistance l'attraction de ces maisons d'hôtes. Venant des quatre coins du monde, ils recherchent un lieu à l'abri de l'agitation, un îlot imprégné de quiétude, un espace incitant tantôt au retrait, tantôt au partage d'un moment privilégié, un lieu qui réussit à donner le sentiment à la fois d'être chez soi et en dehors de chez soi. C'est un état d'esprit qui s'exprime dans un riad, dans l'agencement de ses espaces, la distribution de ses pièces autour d'un centre, d'un coeur, la cour ou le patio à ciel ouvert. Si le voyageur qui emprunte les rues sinueuses de la médina hâte le pas sans lever les yeux sur les enseignes, il manque l'entrée du riad, sa porte bleue ressemblant à une autre porte bleue. Le riad A1 Madina séduit immédiatement par sa cour entourée d'une galerie et de belles arcades, sa fontaine où nagent des pétales de roses, ses plantes grimpantes, ses tables en zellige.
Là, le matin au petit déjeuner, le regard se plaît à glisser d'une plante à une arabesque de fer forgée, de la courbe d'une poterie au carré d'un motif de bois sculpté. Mais poussée par sa curiosité, l'errance du voyageur continue. À l'intérieur des remparts, une enseigne : Villa Maroc. Une autre porte bleue, puis des escaliers. Et c'est le ravissement, le coup de coeur, cette certitude d'avoir trouvé le lieu longtemps recherché. Pour sentir le temps, la ville, la maison. Pour repasser en esprit toutes les impressions fortes qui nous ont saisis depuis l'arrivée dans la ville. Villa Maroc : trois maisons du XVIIIe siècle reliées par des passages, des escaliers, des petits patios, une harmonie dans le décor, un sens du détail, des coins aménagés auprès d'une cheminée, sept petits salons, l'un plus accueillant que l'autre et chacun préservant une douce intimité. Ici pas de télévision, pas de téléphone, un personnel sans uniforme. Cette douceur des lieux, on la retrouve dans l'accueil des propriétaires, Cornelia Hendry et Abderrahim Ezzaher (un couple marocosuisse) qui, eux aussi, se sont retrouvés captifs du charme d'Essaouira et ont acheté ce riad qui ne comprenait alors que deux maisons. Cornélia raconte « quand je venais ici, je me disais que j'avais trouvé l'hôtel de mes rêves » et Abderrahim de poursuivre « Villa Maroc reflète Essaouira, c'est un lieu à vivre, un espace pour se remplir soi-même ». Avant de regagner sa chambre, le voyageur monte sur la terrasse pour, encore une fois, embrasser du regard la mer et sentir le vent.
