Événement culturel important, le festival des Musiques Sacrées du Monde, qui a lieu chaque année à Fès depuis 1994, a su s'imposer parmi les Festivals internationaux les plus en vue. Ahmed Saâd Zniber, son nouveau directeur, nous livre en exclusivité la teneur et l'esprit du féstival.
Vous êtes architecte, musicien, auteur et compositeur, en quête constante de spiritualité. Au vu de votre parcours personnel, quelle est votre préoccupation du moment ? Actuellement, ma préoccupation essentielle est que la spiritualité puisse se traduire dans le langage d'aujourd'hui. Elle doit être plus accessible à chacun de nous, pour que nous puissions la ressentir dans les choses simples de la vie. Afin que cette spiritualité se reflète au sein de nos sociétés, dans nos foyers et dans nos rapports au monde. Une spiritualité pratique qui puisse nous éclairer sur des solutions qui nous aideraient à résoudre la complexité du monde dans lequel nous vivons; la recherche d'un équilibre où l'interaction des événements ne soit plus destructrice mais génératrice de bien-être.
Il est vrai que pour construire son image, le festival a dû se développer autour d'un concept fort, celui des musiques sacrées du monde. Je rends d'ailleurs hommage à l'association Fès-Saïss, à toute l'équipe et à ses animateurs qui ont su faire du Festival un rendez-vous culturel et artistique incontournable au niveau international. Le festival a su véhiculer les principes de convivialité, d'ouverture et de paix qui sont les qualités intrinsèques des êtres, ayant développé une dimension spirituelle dont le monde a besoin aujourd'hui plus que jamais. Je tiens à saluer les efforts considérables de mon prédécesseur, Faouzi Skali, qui a amené le Festival là où il est aujourd'hui. Aussi le message réel de cet événement est-il un message de sagesse et de paix, et là, nous sommes tous concernés. J'essaierai donc humblement de poursuivre ce travail avec toute l'équipe, les mécènes et les bénévoles afin de donner au festival l'écho qu'il mérite auprès d'un large public interpellé par « le spirituel ». Nous nous efforcerons de rendre le langage spirituel plus accessible pour que ce public puisse découvrir sa part de spiritualité et comprendre la nécessité de la développer.
Il est vrai que les événements récents nous ont tous ébranlés dans l'idée que nous nous sommes faite du monde. Celle-ci a connu des cycles de transformation au travers des millénaires et des siècles pour arriver à ce qu'elle est aujourd'hui. Elle n'est pas encore au bout de sa propre résolution.
Aussi nos enfants sont-ils la clef de voûte de la résolution de notre monde. L'enfant est un être non conditionné, proche de sa nature profonde. C'est cette dimension d'innocence et de pureté que tentent d'atteindre les mystiques. Ceux-ci travaillent en permanence sur le déconditionnement de leur être pour embrasser la liberté de l'âme et de l'esprit.
Nous disons souvent « La vérité sort de la bouche des enfants », alors soyons à leur écoute. C'est pour cela que l'ouverture du Festival par une chorale d'enfants constituera pour nous « un appel des enfants au droit à la vie ». Aujourd'hui, il n'est plus possible de se cacher derrière le masque de l'ignorance. Notre planète est devenue un village par l'interaction des médias, des télécommunications et des autoroutes de l'information. Pouvons-nous être insensibles à la souffrance de nos voisins dans ce nouveau paysage planétaire? Tout ce que nous voyons sur les images peut nous arriver, alors cessons de nous faire violence, éveillons nos consciences à un monde meilleur, de solidarité et de paix. Enseignons à nos enfants un monde d'espoir, espoir en chacun d'eux, afin qu'ils aient le courage et la connaissance pour résoudre les problèmes difficiles que nous leur léguons pour les décennies à venir.
Le Festival des Musiques Sacrées du Monde de Fès s'inscrit dans l'âme de la ville. À travers son ambiance internationale, Fès se reconfirme en tant que capitale spirituelle du Maroc. De ce fait, son rayonnement doit permettre une connaissance plus grande du Maroc, de l'empreinte spirituelle dont il est porteur, à travers ses artistes, ses penseurs et ses intellectuels que nous rencontrerons autour de cercles de réflexion, d'expositions, de films, de cafés littéraires, de concerts de rue...
Le soufisme occupe une place prépondérante dans le Festival de Fès. Mais il s'agit là d'une forme de spiritualité hélas assez mal connue du public marocain, voire étranger. Vous prévoyez justement des veillées de confréries soufies conviviales afin de sensibiliser les participants.
Il est vrai que le soufisme, qui est l'expression de la spiritualité musulmane, fait de Fès, à travers le Festival, une terre d'accueil et de dialogue. Il faut savoir que le Maroc a été l'un des terroirs les plus riches du monde mystique musulman. La modernisation nous a fait oublier nos traditions, nous ne faisons en général que les survoler au lieu de les connaître et de nous en imprégner. Le soufisme et la spiritualité en général suscitent un intérêt grandissant de la part d'un public soucieux et désireux d'atteindre un mieuxêtre qui s'étend au-delà du simple bien-être matériel.
Nous inviterons donc les confréries soufies du Maroc à nous faire partager leurs moments d'intimité dans une grande convivialité afin de nous permettre de ressentir leurs états et leur sérénité. La convivialité est d'ailleurs une qualité intrinsèque des êtres spirituels qui, de par notre héritage ancestral, reste inscrite dans la nature de tous les Marocains.
Nous maintiendrons la programmation des concerts de musique qui a toujours présenté une grande qualité artistique. Nous tâcherons, par l'apport d'idées singulières, de créer une nouvelle dynamique où le bénévolat jouera un rôle important : faire vivre la ville par une animation plus soutenue, accessible à un large public; faire connaître le Maroc à travers ses expressions artistiques, intellectuelles et spirituelles; faire du Festival un terrain fertile favorisant le dialogue entre le point de vue spirituel et différentes thématiques.