La citadelle du soufisme

Incontestablement, Fès a été une citadelle du soufisme. Certes, elle fut aussi une cité de l'art et du savoir et les Fassis aiment à dire : « si la science est née à Médine, a été entretenue à La Mecque et moulue en Égypte, c'est à Fès qu'elle a été tamisée ». Mais ni les docteurs de la loi, ni les médecins et autres scientifiques, ni les artisans, n'ont réussi à fédérer autant de fidèles et à forger autant de disciples que les grands maîtres soufis (lesquels d'ailleurs pouvaient être aussi savants enmaintes matières doublés d'artistes aguerris). Humbles comme riches, gens du peuple comme l'élite, tous étaient rattachés à ces confréries, plus ou moins orthodoxes et Fès n'était qu'une kyrielle de zaouïas.

Cette allégeance au ministère spirituel est particulièrement perceptible lors du pèlerinage (ziyâra) aux sanctuaires des saints patrons.
Là encore, ils sont au nombre de sept et il est important de rappeler cette tradition royale qui veut que le Souverain visite sept sanctuaires selon un ordre précis. Il s'agit des mausolées de Moulay Idriss, de Sidi Ahmed Tijâni, Moulay Ahmed Skalli, Sidi Ali Jamal, Sidi Ali Bughalib, Sidi Ali Ibn Hizihim et enfin Sidi Ibri Arabi al Ma'afiri.

Mais pourquoi une telle influence sur une cité et ses habitants, sans distinction de classe ou d'ethnie? La réponse peut paraître simpliste : c'est parce que ces maîtres soufis enseignent la voie de la sagesse, laquelle remonte de maillon en maillon, jusqu'au Prophète. Le soufisme, voie mystique musulmane, n'est autre que le coeur de l'islam. Alors que certains ne retiennent que la lettre de la Loi Révélée et les doctrines juridiques qui l'ont accompagnée au cours des siècles, les Soufis qui adhérent également et forcément à l'exotérisme islamique, le complètent par son esprit, son aspect caché, son ésotérisme. Quête inlassable du Bien Aimé, le soufisme permet la réalisation spirituelle de l'individu sans pour autant que ce dernier transgresse la Loi (charria), laquelle est plutôt comme un bouclier sur le chemin ardu de la voie.

Paroles de sagesse, les enseignements soufis s'adressent à l'âme et au coeur. Véritable viatique à l'usage de l'homme de foi, dimension plénière de l'islam, le soufisme est perceptible partout. Ainsi, on peut affirmer sans craindre d'exagérer, que la médina de Fès, dans son bâti comme dans son tissu social est illuminée par cet enseignement.

Qu'il s'agisse des grands centres du savoir, telles la mosquée université Qarawiyyîn, la medersa Abû Amâniya, les multiples zaouïas ou bien encore d'institutions pieuses (biens Habous) comme les maristanes (hospices) pour neurasthéniques (Sidi Fraj) qu'on soignait au son des noubas andalouses, ou ceux pour oiseaux blessés, ou bien des fontaines spécialement réservées aux animaux, ou encore des mutualités embryonnaires, sortes de caisses de crédit qui prêtaient sans intérêt et sans contrepartie, sauf aux insolvables astreints à produire une caution garantissant le remboursement... La vie sociale de Fès, collective ou individuelle, ne faisait que refléter la générosité d'âme et les sentiments cordiaux d'un islam harmonieux.

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