Le dattier occupe une place de choix dans les calendriers agricole et festif des populations berbères marocaines. Et la datte est un aliment nutritif de base.

Fête des dattes d'Erfoud

La fête des dattes est de loin la plus spectaculaire. C'est un rituel où se mêlent subtilement profane et religieux. Le profane, à travers toutes les réjouissances et kermesses populaires qui accompagnent la cueillette du fruit. Et le religieux, dans ces gestuelles et incantations d'hommes profondément préoccupés par l'état d'une récolte qu'ils ont attendue patiemment et qui va déterminer tout le cours de l'année suivante. Avec l'argent tiré de la vente des dattes, les familles achèteront dans les souks tous les produits de base. La cagnotte servira également à rembourser l'épicier du douar. Si le bétail arrive à manquer, ce sont des habits modernes, du lait en poudre et de la laine à tisser qui viendront s'ajouter au panier de la ménagère berbère... souvent rempli par les hommes. Ce monde, si clos puisset-il paraître, s'ouvre largement aux bonnes intentions. Mais les guides touristiques les plus réputés méconnaissent encore cet aspect de la société berbère. Et même quand d'éventuels visiteurs, le plus souvent des aventuriers, débarquent dans un de ces coins reculés, ils n'y restent pas jusqu'au début de la cueillette. Comme Alasdair Kennedy, cet instituteur anglais converti dans les voyages organisés les plus fous, qui sillonne le Maroc depuis 1966. Originaire de Liverpool, il est revenu une dernière fois au Maroc en compagnie d'une centaine de jeunes bacheliers britanniques. Oasis et vallées, l'expédition n'a rien raté... sauf la cueillette des dattes. Elle a commencé un mois après le départ des visiteurs qui avaient passé presque tout l'été à l'ombre des palmiers. Ils ont campé durant trois semaines dans le village d'Oued Tlit, dans la province de Tata. Alasdair a promis de revenir encore une fois, au mois d'octobre, afin d'assister à la fameuse cueillette qu'aucune légende locale n'évoque (c'est ce qui a donné à l'aventurier l'idée de publier un journal de voyages).

Une exception toutefois dans ces événements qui rythment la vie berbère : la fête des dattes d'Erfoud, trois jours mémorables et merveilleux.

Dans les oasis, c'est la liesse à l'approche de la cueillette, d'août à octobre. En réalité, dès les premières moissons, chaque douar se transforme et se pare de ses plus beaux atours pour préparer le rendez-vous tant Ahouach ou agoual, tous les genres musicaux du attendu, folklore amazigh sont de la partie. Le son du tambourin se confond aux youyous des femmes qui, pour l'occasion, arborent leurs plus beaux colliers et des fibules étincelantes. Munis chacun d'un seau, les enfants courent ventre à terre pour glaner les dattes qu'aura fait tomber le vent. Cette pré-récolte leur permettra de se faire un peu d'argent de poche au moment de la rentrée scolaire. M'hand, 12 ans, est content. Il a gagné un billet de 50 DH. Mais malheur à celui qui aura été pris la main dans le sac par l'amzouar, l'amende est généralement de 10 DH par infraction et par personne, payable sur le champ. L'amzouar est une sorte de vigile mobile chargé de faire respecter les règles strictes et codifiées du glanage : le ramassage doit commencer après le signal du cor, donné par le chef amzouar, tôt le matin ou en début de soirée. Cet homme commande une cohorte de onze collègues, tous choisis par les chefs de famille ou les représentants des aadem. Un aadem est un groupement de foyers (ou kanouns) d'une même famille. Le village (ou takbilt en tachlheit) est composé d'un certain nombre d'aadems et de kanouns. Chaque aadem dispose d'un serviteur noir, souvent aidé de ses enfants qui deviendront à leur tour métayers des héritiers du maître. Et ainsi de suite. Il faut préciser que les gens de couleur ne peuvent ni prendre part à l'élection des amzouars, ni être de ces derniers. Métayers (khemmassa) rétribués au 1/Se de la récolte, potiers, menuisiers ou forgerons, leurs métiers réservés, ces descendants d'esclaves d'Afrique peuvent tout juste grimper aux palmiers pour en couper les régimes alourdis par le poids des fruits. Pour que les régimes ne cèdent pas, les métayers les soutiennent à l'aide d'une branche en « V » (tassddout) souvent découpée dans un pied de laurier rose, cette plante qui abonde dans les oueds du Sud. Comme l'olivier, le figuier et la vigne, le palmier vit très longtemps. Certains sont deux fois centenaires et atteignent près de trente mètres de haut.

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