VOYAGE MAROC

Restaurant gastronomique : Kosybar

Place des Ferblantiers, à deux pas du Palais Badü, le Kosybar, ce restaurant gastronomique qui offre l'intimité et le charme d'une maison privée, recèle un mélange harmonieux de styles, le must de la tendance en décoration.

Située au cœur de l'ancien quartier juif du Mellah, cette demeure du XIXe siècle avait appartenu à un rabbin. Merveilleusement restaurée, elle a retrouvé son éclat d'antan. Les somptueuses boiseries en cèdre des plafonds, les huisseries, les carreaux de céramique, les zelliges sont d'origine. On peut observer ici les ressemblances, mais également les différences architecturales entre l'habitat traditionnel juif et musulman. Ainsi, les fenêtres ouvragées donnentelles sur l'extérieur. Ce qui permet de profiter de la place plantée de palmiers et de voir les hautes murailles des remparts tout proches. Dès l'entrée, le Kosybar est chaleureux, accueillant. Un tapis vous mène à la grande porte de bois aux battants ouverts. L'ambiance est à l'orientalisme, dans un esprit retour d'Asie. En témoignent l'immense tableau dans son cadre doré et la console en bois sculpté peint en noir et or qui fait office de comptoir. Zelliges beige et grenat au sol, murs en tadelakt ocre, le ton est donné pour une alliance réussie de simplicité et d'exubérance. Dans les niches murales, des poteries anciennes. On dirait le trésor de l'impératrice Tseu-Hi.

Écartez le grand drapé vert bronze et vous pénétrez dans l'ancien patio de la demeure, devenu aujourd'hui un bar très cosy. La grande réussite du lieu est de tisser des liens subtils entre le dépaysement géographique et temporel. Le grand retour des années cinquante est célébré par les suspensions en tissu plissé, entourées d'un galon doré au-dessus du bar. Cave à vins très fournie, cave à cigares... le raffinement n'est pas un vain mot. Sur le piano à queue, un vase à pharmacopée en cuivre. Le tapis zèbre donne un cachet exotique. Vous assiérez-vous pour siroter un verre sur l'une des hautes chaises en bois gris capitonnées de tissu vert pâle ou sur ce large et confortable fauteuil bas chinois? Dans les multiples vitrines, chaque objet a trouvé sa place, rien ne dépare. L'osmose est totale, les références nombreuses, tel ce portrait en noir et blanc d'un Noir cubain, hommage à la multiplicité des racines culturelles de notre époque. La grande salle du bas est réchauffée par une cheminée en briques et tadelakt chocolat. Les confortables banquettes en bois sculpté semblent ressusciter l'ambiance du Shangaï des années 1900. Le sol, en dess clair, à base de chaux naturelle à peine rehaussée d'un léger pigment, a volontairement gardé sa patine. Masqué par une tenture chinoise noire piquetée de fleurs, un petit salon VIP, intime, rappelle l'architecture classique d'un hammam, avec ses voûtes en arcade. L'encadrement de la fenêtre montre les poutres d'eucalyptus, tandis qu'une frise de bois ajourée a été ajoutée. Ici encore, une cheminée en briques et tadelakt beige, pour de belles flambées, quand, l'hiver, les nuits se font fraîches. Heureuse harmonie des détails marocains et des apports exotiques, rencontre fructueuse entre l'artisanat marrakchi et l'art de vivre le plus lointain.

Très sobre, l'escalier aux marches de briquettes et aux murs couleur chocolat, ponctué de niches éclairées par le rouge vif des petits pots de cactées, mène au premier étage. Des photographies du Maroc en noir et blanc alternent avec des calligraphies marocaines contemporaines. Le regard ne sait où se poser! Sur ces spectaculaires éléphants en bronze? Sur l'immense lustre à godets en fer forgé où est suspendue, comme un porte-bonheur, une passementerie en fil d'or? Le Kosybar a gardé le cachet d'une véritable maison, avec son intimité et cette sensation de poser ses valises, après un long voyage, un périple vers tous les horizons, dont on aurait ramené mille trésors. Autour de la coursive se distribuent les pièces. Le jour, la lumière pénètre à flots. La nuit, l'atmosphère se fait plus intime: on allume les bougies sur les grandes torchères de bois tourné. Qui aurait pu songer que ces meubles asiatiques se marieraient si bien avec cette maison imprégnée de son passé? Dans ce salon, les longues banquettes en velours noir et vert sont agrémentées de coussins rectangulaires chinois à motifs de fleurs, paons et dragons. Elles semblent être là de toute éternité. Tout comme les grilles ouvragées des fenêtres, encadrées de plâtre ciselé, d'origine. Le grand tableau orientaliste, une femme à l'éventail, a lui aussi
trouvé sa place. Des notes de musique s'égrènent au fil des heures. Et si le piano se tait, c'est pour laisser la place à un violoniste, ou bien aux accents d'une flûte traversière.

Dans l'autre pièce, les influences sont plus tibétaines avec des alcôves de bois ajouré comme de la dentelle, mais les miniatures délicates sont persanes, le grand miroir indien. Les appliques en fer noir tendu de tissu blanc donnent une touche japonisante, avec leurs passementeries de cuivre. Au plafond tournent doucement les pales d'un ventilateur. Ultime raffinement, sur le dossier des fauteuils est dessiné le K de Kosybar, élégante signature, très graphique. Recouvert de velours noir, gansé de galons dorés, le canapé disparaît sous une profusion de coussins chinois. Une allusion à la Chine impériale que l'on retrouve avec le vase en céramique vert céladon, mais aussi avec ces tables basses et ces consoles, laquées d'un noir profond, égayées par les notes, vert acidulé, des photophores en cire. Chaque salon est intime et possède son charme propre. L'un d'eux ressuscite, dans un ton à nouveau très cinquante, la grandeur du passé de cette demeure: les plafonds aux caissons de cèdre sont impeccables, les murs pistache mettent en valeur l'impressionnant et précis travail des plâtres. Comme dans le bar, les abat-jour en tissu plissé évoquent une croisière sur le Nil et les romans d'Agatha Christie. Mais, honneur au Maroc, les tableaux contemporains sont les oeuvres d'artistes du Royaume et les nombreuses photographies, en noir et blanc toujours, dans un encadrement de cuivre plat, très contemporain, montrent la diversité du pays. Ici encore, les plinthes sont traditionnelles: une discrète frise de zelliges.

Le Kosybar dispose également d'une grande terrasse, avec une vue dégagée sur la Place des Ferblantiers. Ici, le ton est volontairement zen: de simples carreaux rosés sur le sol, des arcades en briques rythment les murs d'enceinte, toujours en tadelakt chocolat. De larges fauteuils carrés, style cinquante, en skaï ivoire, aux accoudoirs acajou, incitent au farniente. Moderne, la cheminée d'extérieur, avec son foyer en verre transparent puis dépoli, son tadelakt chocolat et ses briquettes. Côté bar, un comptoir recouvert de cuivre, sur une assise en bois façon bambou. Le plafond en tataoui, bois de laurier peint en rose, est berbère. L'influence asiatique persiste cependant, au gré des luminaires suspendus à des portiques en fer. La réaliste sculpture d'une cigogne sur le dos d'une tortue rappelle qu'à quelques mètres seulement, sur les remparts, nichent ces oiseaux migrateurs. Le midi, des parasols vert sombre protègent de l'ardeur du soleil et des brumisateurs diffusent une fraicheur d'autant plus agréable qu'elle est parfumée aux essences naturelles de lavandè, de fleurs d'orangers ou de rose. L'été, de grandes bâches en lin, coton et soie offrent une ombre salvatrice.

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