Depuis que le groupement d'architectes urbanistes, Ahmed E1 Hariri et Youssef Hani Chikh, a fait son rapport général relatif au projet de restauration de la casbah de Boulaouane, en mars 1995, rien n'a pratiquement évolué sur le terrain. Toujours le statu quo. Le mois dernier, une rencontre a cependant eu lieu avec M. Méchrafi, du ministère de la culture pour essayer de débloquer la situation. Mais plus le temps passe, plus les vestiges se dégradent et la facture se gonfle. Entre temps, les intempéries ont fait tomber la tour de la casbah, auparavant simplement fissurée. L'adage marocain dit « Le minaret est tombé, il faut pendre le barbier! » Fort heureusement, le minaret de la casbah est, lui, toujours debout. Hormis l'usure du temps, il y a aussi le pillage du site. Deux colonnes de marbre blanc faisant partie de la résidence (vraisemblablement italien car la région est pauvre en matériaux nobles) ont curieusement disparu.
Deux raisons à ce blocage. D'une part, les sources de financement tardent à se manifester et le maigre budget du ministère de la culture ne saurait y remédier. D'autre part, il y aurait une querelle souterraine entre les régions des Doukkala-Abda et de Chaouia-Ouradigha qui se disputeraient la possession de la casbah de Boulaouane. En effet, les terres changent de tutelle administrative d'une rive à l'autre du méandre qui jouxte la casbah. Il reste que le travail technique et archéologique effectué respectivement par le groupement d'architectes-urbanistes et par Mme Boujibar-E1 Khatib, archéologue, est énorme.
Espérons que l'actuel débat national sur l'aménagement du territoire, commencé depuis février dernier, et devant aboutir à une charte nationale d'aménagement du territoire, sera l'occasion pour les pouvoirs publics de trouver une solution pour sauvegarder ce site pittoresque. D'autant que, d'après les photos aériennes du site, la répartition régulière de l'habitat près de la casbah laisse présager l'existence de périodes antérieures, très anciennes, d'occupation humaine.
Le rapport des experts préconise la construction de bâtiments administratifs, de détente et de santé autour du site de la casbah qui comprend une entrée principale, la muraille et les borjs (bastions), la résidence, la tour (menzeh), des dépendances, une mosquée, un marabout, l'enclos de 1a résidence et les fameux bris (magasins comparables aux agadirs des casbahs du sud marocain). Ces structures constituent la partie importante de la casbah en terme de volume. Les salles souterraines de ces bris, au nombre de cinq, dont quatre en bon état de conservation, sont d'une hauteur variable entre 5,75 mètres et 7 mètres et sont couvertes de voûtes en plein centre de 1,30 mètres d'épaisseur.
Enfin, il faut le souligner, sans le travail de recherche et de restauration effectué par l'ancien conservateur du protectorat français qui a classé le site monument historique en 1922, l'état de la casbah serait aujourd'hui plus dramatique encore.
