Les vins du Maroc sont réputés pour leur qualité

La vigne est un arbrisseau robuste qui a le grand mérite de produire une baie sucrée nommée « raisin » dont le suc fermenté donne du vin. Les Grecs y virent une intervention divine qu'ils attribuèrent à Dionysos, fils de Zeus, le Bacchus des Romains. Le pied ligneux de vigne, ou cep, porte des rameaux feuillés qui se lignifient et deviennent des sarments (asarmo en berbère). En dehors d'un climat chaud et assez sec, la vigne est une plante peu exigeante qui préfère même un sol pauvre, meilleur garant de la préservation de ses arômes. La qualité future d'un vin dépend de trois facteurs naturels déterminants: le climat (chaleur, hydrométrie et lumière), le sol ou terroir et l'orientation du vignoble.

On reproduit la vigne par greffage. Une souche peut vivre 80 ans. Lorsqu'elle atteint 3 ans, on est en mesure de faire les premières vendanges, mais ce n'est que quand elle atteint 20 ou 30 ans que l'on obtient le meilleur vin.

Le plant de vigne, dont il existe plusieurs variétés, est appelé « cépage ». Chaque cépage produit un vin aux caractéristiques particulières. Les conditions de culture de la vigne ont une incidence décisive sur la qualité du vin. On peut modifier considérablement son rendement en agissant sur la fertilisation et sur la taille. Au fil des siècles, les vignerons ont mis au point des techniques de culture qui optimisent les récoltes et la qualité des vins, mais qui réclament cependant des soins incessants. La plupart des vins bon marché sont des mélanges de diverses origines et certains sont renforcés artificiellement en alcool; d'où l'existence d'appellations d'origines contrôlées (AOC) qui garantissent la qualité d'un vin.

Des vins de plaisir

Les vins d'Afrique du Nord sont des vins de plaisir dont l'équilibre et la complexité sont les témoins d'un profond respect de la vigne dans son terroir et d'une vinification soignée. Le Maroc produit des millésimes de renommée mondiale.

Ce sont les Romains qui, au W siècle après J.-C., ont introduit la vigne au Maroc. Une partie de la production est acheminée vers Rome via le port d'Ostie comme cela est représenté dans des mosaïques antiques. Mais la viticulture et la viniculture, au sens industriel du terme, n'ont même pas un siècle au Maroc où l'on produit quatre sortes de vins: le gris, le blanc, le rouge et le rosé. Avec l'invasion arabe et la prohibition islamique de toute boisson alcoolique, on cessa d'y cultiver de la vigne à vin pour ne plus produire que du raisin de table. Tout changea après l'établissement du protectorat français, en 1912. Les vignobles produisirent dès 1919, mais c'est seulement entre 1929 et 1935 que la viticulture marocaine connut, sous l'impulsion des colons français, une remarquable expansion, si bien que la vigne couvrait plus de 45000 hectares, passant à 100000 hectares en 1955. L'Indépendance n'a pas amélioré la situation. Au contraire, des décisions d'arrachage de vignes ayant été prises dans les années 1967-1968.

Les 100000 hectares de vignes de 1955 rétrécirent comme une peau de chagrin, pour avoisiner les 12 000 hectares en 1996. La production chuta vertigineusement, passant de 3 millions d'hectolitres à 400 000 hl les meilleures années. La moitié de la superficie cultivée revient à la Sodea (société d'Etat) associée à des partenaires français: la Société des vins français et des maisons bordelaises, essentiellement.

Les agriculteurs français ont entrepris de développer cette vigne à fort taux d'alcoolémie dans un premier temps en Algérie puis, par la suite, au Maroc pour couper les vins de France, notamment ceux du Languedoc à faible taux d'alcoolémie pour tirer bénéfice de ce vin généreux: ce qui leur vaut le surnom de vin médecin.

François Chabert, l'œnologue du Maroc

L'intérêt de la viticulture marocaine est souligné dans une importante et volumineuse archive constituée par François Chabert entre les années 1925 et 1943, alors qu'il était secrétaire général de la fédération des vignerons du Maroc. Cette dernière comporte des centaines de lettres, manuscrites et dactylographiées, carnets, notes, rapports, études, etc., la plupart rédigés dans le cadre de ses fonctions à la Compagnie Chérifienne de Colonisation. Chabert, chimiste et oenologue, s'est voué, pendant toute sa période marocaine, au développement de la viticulture et à l'amélioration de la qualité des vins marocains.

Le Maroc compte traditionnellement sept régions géo-viticoles. Casablanca et sa région, avec les vignobles des Zénatas et du plateau de Ben-Slimane, où sont produits tous les raisins qui entrent dans l'élaboration de nos vins: Médaillon, Sémillant, Siroua, Clos du Pacha. La région des Zaërs, autour de Tifflet et de Romani, où sont produits tous les raisins qui entrent dans l'élaboration des « S » de Siroua. La région du Gharb, avec les villes de Sidi-Slimane et Souk-El-Arba. La région de Meknès, de loin la plus importante au point de vue production, avec son immense vignoble sur le plateau de Tifrit où sont produits les raisins qui entrent dans l'élaboration du vin de Guerrouane. La région sablonneuse des Doukkala avec le Gris de Boulaouane, qui bénéficie d'un large succès et d'une estime internationale, et qui demeure le compagnon idéal du bon couscous marocain. Le Maroc se distingue par la production de vins casher (visés par le grand rabbin du Maroc). À ce titre, les réputés Rabbi Jacob et Guerrouane casher.., sont commercialisés en Europe et aux Amériques. Berkane et Beni Iznassen produisent aussi de bons vins, ainsi que Taza et Essaouira. Cette dernière est réputée pour son fameux Mogador (blanc) ou le rouge Val d'Argan dont l'aura a dépassé les frontières. Un vin puissant et complet, doté de grands effluves de fruits rouges et noirs très mûrs, qui se montre gras et puissant, remplissant le palais de nuances entraînant une magnifique persistance gustative. C'est un vin de très longue garde.

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Vignes sur les bords de la méditerranée

La Méditerranée est le bereceau de la vigne. Au Maroc, on en tire un vin à l'image de son soleil : généreux. La plante est inséparable de son histoire. Breuvage des dieux grecs, enivrant les empereurs de Rome, chanté par la Perse d'Omar Khayyam ou loué à Baghdad au temps de sa splendeur, le vin est couleur de la Méditerranée.
Au Maroc, ce sont les Romains qui l'introduisent, au IIe siècle de notre ère. Sur les contreforts d'un Rif plus boisé qu'aujourd'hui, dans les plaines, ils plantent des vignes et en tirent un vin pour les besoins de la Maurétanie Tingitane d'alors. Si la production fait un bond considérable, les empereurs romains, redoutant l'extension des vignobles, ne cherchent pas à la favoriser.
Ce ne sera pas le cas des agriculteurs français, quinze siècles plus tard. Lorsqu'ils entreprennent de développer la vigne au Maroc, les pieds plantés par les soldats de César ne sont plus, alors, que des lianes folles qui courent sur les pentes rifaines.
Les nouveaux viticulteurs introduisent dans le pays un savoir-faire qui se nourrit à une tradition séculaire. Mais une tradition qui s'est dans un premier temps acclimatée en Algérie, tirant bénéfice d'un soleil bien plus généreux qu'en métropole. Les vins du sud de la Méditerranée ont une générosité, une exubérance que leur envient ceux du nord. Pour couper les vins de France, notamment du Languedoc, au taux d'alcoolémie trop faible, on fait appel aux vins du Maroc. Un secours qui leur vaut le surnom de vins médecins. Le vignoble se développe dans tout le pays. La plante est peu exigeante. Elle se contente des sols les plus ingrats, les plus caillouteux. Elle prospère sur les pentes les plus rudes. Sa racine pivotante, vigoureuse, plonge profondément dans le sol et le cep de vigne s'accroche à sa terre comme un clou dans un bois dur. Mais les viticulteurs ne lui réserveront pas les terres les plus ingrates. Dans la région de Meknès, le sol argilo-calcaire rappelle à s'y méprendre celui du Médoc, d'où l'on tire certains des meilleurs crus du bordelais. Le soleil en plus. On retrouve la vigne dans l'oriental, du côté de Berkane, près d'Oujda ; sur le littoral, de Rabat jusqu'à ElJadida ; dans les Doukkalas, d'où l'on tire le gris de Boulaouane.

Rançon de ce rôle de vin médecin : les vignerons plantent leurs domaines avec des cépages courants, sans grande valeur oenologique. Mais là n'est pas la question. En ces temps, les colons font « pisser la vigne » : jusqu'à 3,5 millions d'hectolitres à la fin des années cinquante, pour 55 000 hectares plantés. Sur chaque grande ferme, on crée des caves. Pour d'autres des coopératives. La capacité de vinification atteint jusqu'à 4,5 millions d'hectolitres.
L'expansion ne durera pas. De l'autre côté de la Méditerranée, le marché commun s'organise et en 1967, il interdit l'importation des vins médecins. Privée de son débouché à l'exportation, la viticulture ne peut se rabattre sur un marché intérieur en perte de vitesse qui n'absorbe que 500 000 hectolitres par an. Les autorités ne tarderont pas à lui porter un coup fatal : en 1979, le ministère des Finances multiplie par cinq la taxe sur les vins. L'augmentation du prix qui en découle brise la consommation qui chute brutalement. La nature s'y met également : les pluies se font de plus en plus rares, et l'irrigation devient nécessaire.

Depuis 1967, le reflux a donc commencé. Les viticulteurs sans perspectives arrachent leur vigne. Au début des années 1990, le vignoble s'est réduit de trois-quarts. Il n'en subsiste plus que 14 000 hectares. Mais certains ont refusé cette fatalité. Brahim Zniber, vigneron depuis les années cinquante, a tenté en vain, dans les années soixante-dix, de dissuader ses confrères d'abandonner leurs vignobles. Il porte le sien à bout de bras.

A la tête de l'État, on s'émeut de ce recul. Le roi Hassan II veut réagir, redonner au vignoble marocain sa vocation exportatrice. Avec l'aide de son ami bordelais, Jacques Chaban-Delmas, il convainc trois sociétés viticoles de venir investir au Maroc. En 1992, Clauzel, William Pitters et un an plus tard Castel réhabilitent des domaines de la Société de Développement Agricole (Sodéa), qui entretient la presque totalité du vignoble et des 22 cuves du pays. En sept ans, quelques 3 000 hectares de vignes sont soit plantés, soit remis en état, deux caves réhabilitées et deux autres construites. Les vignes entrent aujourd'hui progressivement à maturité et la production redémarre.
Parallèlement, les Celliers de Meknès et Thalvin-Ebertec, deux grands producteurs et distributeurs locaux, se sont patiemment déployés, tant sur le marché local qu'à l'exportation. Pour la première fois, ils mènent un travail de recherche et de qualité, encouragé par l'émergence d'une demande. Elle a mis le vin marocain sur la route des sens.

Un concurrent pour l'Europe

L'Europe, soucieuse de protéger ses viticulteurs en colère, multiplie les obstacles devant les vins marocains très demandés par les consommateurs pour leur bon rapport qualité/prix. Résultat: les viticulteurs nationaux sont découragés et ont de moins en mois de visibilité quant à l'avenir. À tel point que la production marocaine en constante diminution n'arrive plus à couvrir le quota d'exportation imparti au Maroc qui n'est pourtant que de 135 000 hl par an.

Quelques sociétés se partagent la plus grande part du marché. Sincomar (rachetée par Les Celliers) qui regroupe ParlierFermaud, les Domaines de Chaudsoleil et les Caves des Roches Noires; Les Celliers de Meknès, une entreprise familiale, et Thalvin dont la production est commercialisée par Ebertec. Depuis sa création, la société Thalvin (domaine viticole des Ouled Thaleb à Ben Slimane), avec le dynamisme et l'amour du travail des vignerons, une poignée d'hommes s'efforce d'élaborer des vins de qualité comme le traditionnel « Clos du Pacha » (connu au Maroc sous le nom de cuvée du Président), «S de Siroua», l'incontournable « Médaillon » ou « Les couteaux de l'Atlas » qui reste en rouge le plus prestigieux des vins du Maroc.

Nombre de vins marocains sont primés dans différentes manifestations internationales. On cite, à titre d'exemple, le blanc Sauvignon + Mayorquin, médaillé d'argent au Challenge International du vin en France, en 2001. Mais la palme revient au Mogador qui s'est hissé en quelques années au rang des grands vins en Espagne. Le millésime 2001 a même été classé 4e meilleur vin du monde en 2004 par la très sérieuse revue « Wine Spectator ». Les Celliers de Meknès, le plus grand viticulteur privé du Maroc, exportent en France près de 650 000 bouteilles. Située au nord-est du Maroc, à proximité de la cité impériale de Meknès, sur les contreforts des montagnes de l'Atlas, la vigne bénéficie de sols argilo-calcaires, d'une altitude allant de 550 à 300 mètres, et d'un climat sec et ensoleillé propice à la viticulture. Les Celliers de Meknès produisent de grandes marques. Dans le rayon des blancs, le Aït Souala, spécial coquillages et le Guerrouane. Pour les rouges Ksar, le Domaine Sahari et Amazir... Autant de bons crus qui ont témoigné, ces dernières années, d'une nouvelle génération de vins marocains, régulièrement enrichie, bien packagée, pour le plus grand plaisir des fins palais.