Atmosphères Marocaines, Maison d'ici

Je suis une demeure, une somptueuse demeure bâtie sur un terrain immense sur la Route de Zaër à Rabat. La succession de mes pièces, toutes différentes les unes des autres, se décline en un fil conducteur témoignant du passé prestigieux de la famille qui m'a élue pour domicile. Et comme un lierre je me suis développée avec mes occupants, m'adaptant aux personnes, aux goûts et aux coups de cœur.

La demeure de la famille Balafrej est un mélange réussi d'architecture arabo-musulmane, d'architecture mauresque et de style occidental des années quarante. Ce parfait mélange offre une résidence pleine de charme, une maison unique qui ne ressemble à autre. La maison originale est d'une architecture aucune d'époque. Les murs sont tapissés de boiserie et décorés de somptueux tableaux de maîtres.
L'entrée principale, relativement petite pour les dimensions de la demeure, est de style anglais. Elle est généreusement éclairée par des abat-jours et lampadaires. Elle se termine par un boudoir meublé d'un canapé d'époque. Sur le mur est accroché un somptueux tableau daté du XVIIIe siècle, le tout offrant un esprit des années quarante. Dans cette première étape de la maison, la salle de séjour est « very British ». Elle est composée d'objets à la fois pratiques et esthétiques : boiseries en acajou, canapé en cuir classique d'époque victorienne, table de bridge et parquet ciré.

En quittant cette pièce à la ligne classique, nous arrivons à un immense salon marocain meublé de sofas et de coussins en soie satinée aux tons roses, créant un contraste avec la rigidité de la pièce précédente. Mais cette nouvelle étape n'est pas sans surprise : sur le mur du salon, est exposée une époustouflante et imposante collection de bijoux berbères anciens en argent.

Et la maison qui parle nous conte l'amour de sa maîtresse pour l'argent, métal aux multiples vertus. Amour du bijou ancien, bijou aux formes simples et parfois frustes. Son amour pour l'espace sans limite, à l'horizon lointain qu'est le désert. Son amour, enfin, pour ce qui est vrai et authentique. Pendant que notre esprit vagabonde à dos de chameau dans le désert, nos pas nous mènent vers le coin cheminée. Pièce stylée et raffinée de l'époque Renaissance, jouissant d'une ambiance très cosy, cet espace aux formes géométriques parfaitement carrées est dans sa partie inférieure un jardin d'hiver, s'ouvrant par une baie vitrée sur une piscine azur.

Et la maison qui parle nous conte les réunions animées par des débats politiques, culturels ou artistiques devant un feu de bois crépitant dans la cheminée. Par une porte discrète, nous accédons à la salle à manger faite en bois massif et agrémentée uniquement de pièces d'argenterie. La touche de couleur nécessaire à cet espace est apportée par une belle nature morte.
La porte-fenêtre de la salle à manger s'ouvre sur un magnifique patio mi-cour, mi-jardin.

Le plafond généreusement décoré, le moucharabieh des fenêtres, l'espace meublé en sofas et coussins en velours vert olive, avec une touche ocre dans les rideaux et sur quelques coussins, rappellent le style arabo-musulman choisi pour la deuxième étape de la maison.
En empruntant un dédale de couloirs aux murs en tadellakt, tapissés d'innombrables tableaux, nous arrivons à la troisième et la plus insolite partie de la maison, demeure sortie des contes des Mille et Une Nuits, de style mauresque. Quatre salons identiques, meublés de sofas et de coussins, entourent un patio fait d'une mosaïque en zelliges. Au centre, murmure une fontaine éclairée par un lustre en bronze baroque.

Et la maison qui parle nous conte la sensation de paix et d'heureuse quiétude qui se dégage de cet espace presque mythique. Le temps y est aboli. Shéhérazade surgit de nulle part. Sur ses frêles pieds ornés de « khalkal » elle entame, au son du luth, une danse gracieuse en totale harmonie avec la convivialité du lieu qui ne cesse d'accueillir famille et amis.

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